• Romain Ntamack a été l’un des grands artisans de la victoire française à Cardiff. L’ouvreur toulousain a même été élu homme du match.
    Romain Ntamack a été l’un des grands artisans de la victoire française à Cardiff. L’ouvreur toulousain a même été élu homme du match. Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
Publié le / Modifié le
Entretiens

Ntamack : « Biggar ? J’avais à cœur de lui montrer que j’avais grandi »

Auteur de dix-sept points, d’un essai et d’un 100 % au pied, le Toulousain a été élu homme du match. Il revient sur cette soirée spéciale, sur ce qu’elle signigie à ses yeux, pour lui comme pour les siens.

Avant tout, prenons de vos nouvelles : comment allez-vous au lendemain de ce match que vous avez quitté prématurément, touché au ventre ?

Ce n’est rien de grave. Ce n’était qu’un petit coup sur la ceinture abdominale. J’ai ressenti une petite décharge. Je n’arrivais pas trop à me redresser et à courir. Je devais donc sortir. C’était un moment critique et il fallait laisser la place à quelqu’un de frais.

Vous avez aussi dû souffrir mentalement, depuis le bord du terrain…

Oui, quand tu n’as plus le contrôle, c’est dur à vivre. Ça a été trois minutes assez longues jusqu’au coup de sifflet final. Mais il n’y a eu que du bonheur à la fin.

Avec le recul de la nuit, est-ce que vous prenez conscience de ce que vous avez réalisé, samedi, à Cardiff ?

Avec un peu de réflexion, on se dit que nous avons quand même réalisé quelque chose de grand en équipe. Après le match, personne ne réalisait trop ce qui venait de se passer et tout l’impact que ça pouvait avoir sur l’ensemble du rugby français. Quand nous voyons tous les messages de félicitations et l’engouement qu’il y a eu à notre arrivée à l’aéroport à Cardiff, on se rend compte que ça a fait du bien aux gens et surtout au rugby français.

Est-ce une page d’histoire que vous avez écrite, à vos yeux ?

Je pense que pour moi et tout le monde, c’est un moment qui restera gravé dans l’histoire du rugby français. Après une période délicate pour la sélection, ces trois victoires de rang et ce succès à Cardiff permettent de sortir la tête de l’eau. Ça remet la France où elle doit être. Il faut en profiter avant de se reconcentrer.

Le groupe était-il convaincu de pouvoir réaliser une telle performance ?

Après sa grosse prestation face à l’Angleterre, l’équipe savait qu’elle était capable de battre des équipes de haut niveau. Mais il y avait ce cap à passer de la rencontre à l’extérieur. Le contexte, en plus, était particulier. Tout le monde connaissait la réputation de ce stade et nous ne savions pas trop comment l’appréhender. Le groupe l’a parfaitement géré. Nous avons profité de l’hymne et de l’échauffement pour apprécier l’ambiance autour. Mais une fois le coup d’envoi donné, on leur a sauté à la gorge. Cette équipe sait faire abstraction de l’événement et se recentrer sur elle-même.

Qu’a représenté pour vous cette première dans cette arène devenue mythique ?

Quand l’on est petit, s’il y a bien un stade qui nous fait envie, c’est le Millennium. Ça faisait bizarre et ça faisait plaisir, aussi, d’y être. J’ai vraiment savouré le moment. Tout le monde a fait de même et en a retiré un supplément d’âme. C’était vraiment un moment exceptionnel qui va tous nous marquer. J’espère que nous en vivrons d’autres.

Parlons de votre prestation : dix-sept points, un essai, 100 % dans les tirs. Avez-vous conscience d’être un des grands artisans de la victoire ?

Encore une fois, c’est une performance collective avant tout. Si les avants ne récupèrent pas les pénalités ou si les mecs ne me parlent pas derrière, je ne peux pas faire des matchs comme ça. Les copains facilitent le boulot d’Antoine (Dupont) et le mien pour que nous puissions mener le jeu.

D’entrée, on vous a senti l’aise, très fluide…

Je me sentais bien, oui. Comme l’ensemble de l’équipe. Il n’y avait pas d’affolement dans nos rangs. En tournant la tête à droite et à gauche, je voyais des mecs sereins et sûrs de leur force. Je n’avais pas de raison de paniquer. Il n’y a que de la sérénité qui ressort de ce groupe. À partir de là, il n’y a plus qu’à jouer comme on sait le faire. C’est mon poste, aussi, qui m’incite à rester calme. Car si la charnière commence à perdre ses moyens, ça complique tout.

Votre interception est un des tournants du match…

C’est vrai que c’est un moment idéal pour mettre un coup de massue sur la tête des Gallois. C’est du 50-50 sur cette action. Je l’ai tenté et ça m’a réussi cette fois. Peut-être que ça ne passera pas à l’avenir… Mais je suis content que ça ait marché sur le coup. Ça a permis à l’équipe de souffler un coup et de tenir le score jusqu’à la fin.

Il y avait un match dans le match entre vous et Dan Biggar et vous avez finalement eu le dernier mot. Retire-t-on de la fierté personnelle d’avoir pris le meilleur sur un joueur d’un tel calibre ?

Oui, ça compte. Je l’avais affronté en quart de la Coupe du monde et ça ne nous avait pas réussis. J’avais à cœur de lui montrer que j’avais grandi. Même s’il a fait un très bon match et a été très important pour son équipe. À la fin du match, nous avons échangé quelques mots. Il est très humble. C’est toujours aussi impressionnant qu’un joueur de sa trempe vienne te voir et te dise : "Félicitations." J’étais très fier car c’est un joueur que j’admire.

Nous avons appris que vous aviez été déçu au sortir du match contre l’Italie. Pourquoi ?

J’étais un peu frustré individuellement. J’avais raté quelques points au pied qui m’avaient agacé et ça n’avait pas été comme je voulais dans le jeu. Mais j’ai su passer outre…

En avez-vous parlé avec l’encadrement ?

J’ai discuté avec Laurent (Labit) et Fabien (Galthié). Ils m’ont dit que les points au pied étaient anecdotiques vu le score. Qu’ils savaient très bien ce dont j’étais capable et qu’ils avaient une entière confiance en moi. Ils m’ont rassuré. Ils m’ont dit de jouer comme je savais le faire et qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

Le fait d’être maintenu au poste depuis près d’un an doit être d’une grande aide.

Ça me permet d’avoir des repères, oui. Quand tu es ballotté d’un poste à l’autre, c’est dur d’avoir de la confiance. Là, j’enchaîne et je suis sûr de moi. Le staff et les joueurs me facilitent le travail.

Votre confiance se ressent aussi dans les tirs…

Ça fait quelque temps que je bute avec l’équipe de France. J’étais très content de mon jeu au pied contre l’Angleterre. Moins contre l’Italie avec un vent tourbillonnant qui m’a mis en difficulté. Mais samedi, j’étais calme, serein. J’ai pris mon temps pour passer les points.

Dans un coin de la tête, vous autorisez-vous à rêver d’un Grand Chelem, maintenant que vous les êtes seuls en mesure de le décrocher ?

Personnellement, je n’y pense pas. Pas grand monde n’y pense dans le groupe, à mon avis. On s’autorisera à rêver de grand chelem en cas de victoire en Écosse. C’est le seul objectif pour l’instant.

Voir les commentaires
Réagir