Mignoni : « Si le joueur est frustré de n’être "que" remplaçant, il n’apportera pas grand-chose »

  • Pierre Mignoni - Manager de Lyon
    Pierre Mignoni - Manager de Lyon Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Au-delà du glissement sémantique qui a transformé en "finisseurs" les remplaçants des Bleus, il loue le travail du staff qui commence à faire accepter aux joueurs leur statut.

Le nouveau staff du XV de France a popularisé le terme de "finisseur " au détriment de celui traditionnel de "remplaçant ". Faut-il y voir une simple coquetterie sémantique, ou bien un signe selon lequel les joueurs amenés à entrer en jeu ont pris encore plus d’importance que par le passé ?

Chacun les appelle comme il veut, les finisseurs, les impactants, les renforts, les déterminants… Ce dont je suis convaincu, c’est que ces joueurs-là sont plus importants que jamais. On le voit bien tous les week-ends, avec des physionomies de match toujours plus serrées, qui se jouent sur un détail, dans les dernières secondes. Le truc, c’est qu’un joueur qui entre en jeu ne peut être performant que s’il est bien conditionné pour cela, s’il a accepté sa mission. En revanche, si le joueur est frustré de n’être "que " remplaçant, il n’apportera pas grand-chose. C’est pour cela qu’aujourd’hui les managers cherchent à valoriser ce rôle, notamment en en modifiant l’intitulé.

Parce que le mot de "remplaçant" peut être considéré comme démotivant, voire péjoratif ?

Oui, c’est un peu ça. À Lyon, je parle de "top finishers " ou de "déterminants " parce que j’attends d’eux qu’ils terminent de la meilleure façon le travail des autres, et soient déterminés à bien jouer ce rôle, qu’ils ne le vivent pas comme une frustration.

Le concept du "rugby qui se joue désormais à 23 " n’est pourtant pas nouveau…

Déjà, la gestion des changements n’est pas la même en Top 14 qu’en Coupe d’Europe ou au niveau international (en plus des 8 changements traditionnels et des changements temporaires, saignement ou protocole commotion, les staffs disposent de 4 changements tactiques, soit 12 possibilités de rotation au total, N.D.L.R.). Dans la règle de World Rugby, un joueur qui sort n’a pas possibilité de revenir sur le terrain, et cela change la manière d’aborder le coaching. Et puis, en toute humilité, il faut bien admettre qu’il y a parfois une part de chance. Parfois on nous félicite d’avoir réalisé un bon coaching, parfois on nous le reproche, alors qu’au départ on ne savait pas vraiment ce qui allait se passer.

Quand vous dites cela, on pense immédiatement à Demba Bamba, qui n’est manifestement entré en jeu au pays de Galles qu’en raison du carton jaune de Mohamed Haouas, et s’est malgré tout avéré déterminant sur sa première mêlée…

Oui, il y a une part de chance ! Seulement, ce qui est intéressant dans le cas précis de Demba Bamba, c’est qu’on s’est retrouvé avec un joueur auprès duquel le staff avait manifestement réalisé un travail de fond, après deux entrées en jeu moyennes. C’est exactement ce que je vous disais au début de l’entretien. Alors qu’il avait peut-être été déçu d’être remplaçant lors des deux premières journées, il avait probablement mieux accepté son statut, et ressenti la confiance du staff qui l’avait maintenu dans son rôle. Tous les joueurs ont besoin de se sentir valorisés, même lorsqu’ils ne sont pas titulaires. Et on a tous vu ce qu’il a fait sur une mêlée ultra-importante, à 7 contre 8…

On connaît votre côté compétiteur. Honnêtement, en tant que joueur, comment auriez-vous réagi si un coach vous avait expliqué que vous n’étiez pas un remplaçant, mais un finisseur ?

Il n’y a pas si longtemps, quand je jouais encore, et les remplaçants étaient tout aussi importants que maintenant… (sourire) En fait, tout dépend de la façon dont on te l’explique. La force d’un joueur de banc, c’est de bien comprendre son rôle, et la force de son entraîneur, c’est de bien lui expliquer. C’est là où le staff du XV de France a été performant, il me semble. Ils ont su dire aux joueurs : sur ce Tournoi 2020, ton rôle sera celui-là, il faut que tu le comprennes et que tu l’acceptes. Puis il sera susceptible d’évoluer à l’avenir… Et les mecs jouent le jeu, il me semble.

Est-il vraiment possible de sélectionner des joueurs sur le seul critère de leur capacité à amener quelque chose en cours de match ?

C’est possible, mais il ne faut pas tomber dans la stigmatisation du joueur et se dire : "lui, il est meilleur comme remplaçant que comme titulaire ". Bien sûr que certains joueurs dont le profil est un peu plus explosif, avec un peu moins de caisse que d’autres, vont apporter plus que certains titulaires sur une période courte de dix minutes. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne peuvent pas être performants en démarrant une rencontre. Tout dépend du contexte, de la stratégie, du profil de l’équipe, de l’adversaire…

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