Roumieu : de la cage au ring

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    David Roumieu va monter sur un ring Inconsport / Inconsport
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L’ancien talonneur, David Roumieu, est passé du terrain aux fourneaux dans son restaurant à Biarritz et s’apprête à monter sur un ring. Récit d’un parcours qui n’en finit pas.

David Roumieu a raccroché les crampons le 13 mai 2018, remisé son dernier maillot du Stade toulousain, tiré un trait sur un parcours professionnel long comme le bras et puis, il est passé à autre chose. Enfin pas tout de suite… Petit retour en arrière sur l’exercice de l’après-carrière, souvent douloureux pour les joueurs professionnels qui n’ont pas trop eu le temps d’assurer leurs lendemains et qui fut, pour le talonneur, pour le moins mouvementé. David Roumieu vient de finir sa saison 2017 avec le Biarritz olympique.

Une vie rugbystique entamée au Grenade Sports entre les mains de Michel Tortelli et de Philippe Gordo qui bascule chez les pros en 2003 exactement, du côté de Montauban, où il signe son premier contrat espoirs sous la houlette de… « Xavier Péméja, mon second père. Je lui dois toute ma carrière. C’est bien simple : si Xavier me donne un conseil, je l’écoute les yeux fermés. D’ailleurs, j’ai fixé la date de mon jubilé (le 27 juin 2020, N.D.L.R.) par rapport à sa présence. » Plus de 300 matchs après avoir enfilé son premier maillot pro, être passé par Montauban, Castres, l’Aviron bayonnais, La Rochelle ou Biarritz, ce talonneur au caractère bien trempé et à la droiture chevillée au corps se rend à Aguilera pour assister à un match de début de saison du BO.

Spectateur pour un match

Un coup de fil, un coup du sort, un coup de trafalgar va le sortir d’un rôle de spectateur un peu trop anticipé. Au bout du fil, Ugo Mola m’appelle et me dit « David, il faut que tu nous files un coup de main, je viens de péter mes deux talonneurs (Peato Mauvaka et Julien Marchand) et on a besoin de toi à Toulouse. Dans ma tête, la question s’est posée un quart de seconde. » Lui, le joueur de devoir, le daron de 36 ans, papa de trois enfants, jeune plein d’appétit à Montauban, remplaçant et travailleur obstiné à Castres, icône de la lutte de l’Aviron bayonnais, bosseur, blessé au long cours du côté de La Rochelle, capitaine courage à Biarritz, lui, dont « 95 % de ma carrière fut une lutte pour le maintien », se voit offrir une fin de parcours en première classe. Non seulement la proposition ne se refuse pas mais la pige offerte par Ugo Mola et son président Didier Lacroix n’est que de trois mois. Banco ! « Yoann Huget m’a servi de blablacar et me voilà débarquant à Toulouse. » William Servat qu’il a croisé sur les terrains, prend les choses en main et intègre le petit nouveau au groupe. La confiance mutuelle entre les deux hommes, mais aussi envers Ugo Mola qu’il a connu à Castres ou encore Didier Lacroix « un président pour lequel j’ai le plus grand respect et que tu écoutes lorsqu’il te fait une remarque sur ton match et ta performance », donne du sens, au fil des mois, à sa présence dans un effectif quatre étoiles.

La pige de trois mois va très vite se transformer en une saison, le Tournoi approchant et monopolisant les forces vives au poste de talonneur qu’elles soient françaises ou étrangères. Au final, il jouera 21 matchs dans la saison et pèsera de toute sa personnalité dans un vestiaire jeune à qui parfois, le doyen, filera quelques piqûres de rappel, histoire de remettre les yeux en face des trous de certains. L’attitude est appréciée et son aura est précieuse pour le staff afin de maintenir le groupe en alerte. La belle histoire s’arrêtera en quart de finale face à Castres mais le Toulousain garde de cette dernière saison un goût particulier. « Finir sa carrière à Toulouse, mais vous n’imaginez même pas ce que c’est  ! À l’heure de faire le bilan, je n’ai aucun regret sur ma carrière et sur mon parcours. À mon époque, Servat, Szarzewski, Kayser et d’autres étaient meilleurs que moi, point. La seule fois où cela m’a fait bizarre c’est pour la finale l’an dernier. Je me suis dit : « tu te rends compte qu’il y a un an, t’étais avec eux… » Mais, mon apothéose à moi, c’est cette dernière saison. » Le contact avec le rugby ne s’est jamais vraiment rompu et il le garde désormais pour ses chroniques hebdomadaires dans l’émission 100 % club, le mardi soir sur France Bleu pays basque.

Un match tous les samedis soir

Pas le moment de gamberger pour le néoretraité. Le 14 juin 2018, un mois après sa vraie retraite donc, le voilà qui ouvre son établissement à Biarritz. La Belloteka, la bien nommée : l’accueil y est chaleureux et l’assiette généreuse et on y apprend au verbe du patron le goût d’une cuisine qui ne triche pas. Un an sans voir un match de rugby. Pas le temps. Plus le temps. Ceux qui connaissent le métier savent de quoi il parle. « Un samedi soir au resto, c’est comme un match. Tu sers, tu commandes, tu discutes avec les clients, tu t’occupes des fournisseurs… » L’affaire tourne, la reconversion était anticipée et mûrement choisie depuis longtemps. « La restauration, c’est un truc qui m’a toujours plus et puis j’adore le contact avec la clientèle. Franchement, je m’éclate dans ce boulot et je vais vous avouer une chose, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. » Aujourd’hui, le quotidien de son resto est plus calme, crise du coronavirus oblige. Roumieu, comme des milliers de restaurateurs, a dû fermer boutique « ça a été un peu le bordel. On a appris ça le soir très tard, sans anticipation, il a fallu faire vite. Mettre les quatre employés rapidement en chômage technique et contacter les banques, le comptable. Heureusement dans cette période on est épaulé, les gens qui nous accompagnent sont compréhensifs. »

Un combat en septembre

Enfin, David Roumieu s’est lancé un nouveau challenge depuis sept mois. Passionné de boxe, à l’image de Vincent Moscato qu’il adore et en fan inconditionnel de Mike Tyson. « Je ne lis pas beaucoup mais je me suis plongé dans la biographie de Mike Tyson, je regarde des combats jusqu’à pas d’heure. Ce type était hallucinant. » Histoire de goûter à une autre cage, celle du ring, Roumieu s’est lancé dans la préparation d’un combat amateur. Chez les lourds bien entendu ! Rien que ça. À raison de plusieurs entraînements par semaine, avec deux coachs, il enchaîne séances de cardio et séances avec les gants. « Franchement j’étais un mec sérieux au rugby, je m’entraînais fort et je me tapais des entraînements durs mais là, la boxe, c’est un truc de malade. Je sors d’une heure et demie d’entraînement nettoyé, rincé. Physiquement c’est très, très costaud. »

En septembre (la date n’est pas encore définitivement fixée) il combattra pour la bonne cause, l’association « Un maillot pour la vie ». La recette du gala sera reversée intégralement à celle-ci. « Je vous rassure, je vais charger mais c’est un défi que j’avais envie de me lancer. » Pour ce qui est des défis, il a l’habitude.

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