Beaumont, l'élection polémique et un délit de sale gueule

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Entre le cri du cœur des présidents de Pro D2 et les questions relatives à l’avènement de Dieu Le Père, il s’est encore passé beaucoup de choses, dans les coulisses du rugby professionnel.

Lundi soir, les seize présidents de Pro D2 ont donc voté à l’unanimité contre le passage à dix-huit clubs à l’intérieur de leur division et, par voie de fait, contre les montées de Massy, Albi, Cognac-Saint-Jean-d’Angély ou Bourg-en-Bresse. « Le choix des mots est ici important, nous confiait pourtant l’un d’entre eux, mardi matin. Nous ne votons pas « contre » la promotion des équipes de Fédérale 1, nous votons « pour » le maintien du dispositif à seize entités, un système qui fonctionne et nous convient. C’est de la communication positive. » Et donc un pet de lapin. « Personnellement, disait mardi soir un autre patron de club, j’ai été un peu déçu que Paul Goze (il était représenté lundi soir par son bras droit, Emmanuel Eschalier, N.D.L.R.) n’ait pas assisté à cette réunion. J’ai eu l’impression d’avoir été laissé de côté. Nous, présidents de Pro D2, avions pourtant assisté à toutes les réunions concernant les phases finales de Top 14, quand bien même elles ne nous concernaient pas. » Alors, existe-t-il un front uni des équipes pros en France ou deux ensembles disparates et n’ayant finalement rien en commun, sinon la forme d’un ballon et la superficie d’un terrain ? Pour l’avoir expérimenté à deux reprises, Paul Goze sait pourtant qu’il doit ses deux premiers mandats à la fidélité des votants du Pro D2, sans lesquels il n’aurait probablement pu tenir le siège lancé il y a quatre ans par Mourad Boudjellal, du côté de l’avenue de Villiers…
Quant à savoir si le maintien de la deuxième division à seize clubs pour la saison prochaine est aujourd’hui irrévocable, il semblerait que oui : pour sauver son idée d’une deuxième division élargie à deux nouveaux promus, Bernard Laporte, qui s’est  « étonné » de la décision prise lundi soir par les clubs de Pro D2, aurait pu recourir sur ce dossier précis à la mesure relative à « l’intérêt supérieur du rugby français », histoire de passer en force. Malgré les apparences, Bernie n’a, semble-t-il, pas fait de ce combat un enjeu existentiel (les juristes de la Fédération lui ont peut-être aussi fait comprendre qu’une telle procédure pourrait prendre des lunes) et, de ce fait, la dernière fâcherie entre LNR et FFR pourrait bien en rester là, Dieu soit loué…

Beaumont, délit de sale gueule

Puisque l’on parle du Tout-Puissant, notez ici que la très petite société du rugby international (vingt-quatre votants) a récemment décidé de garder le même, accordant sa confiance pour les quatre prochaines années à Bill Beaumont (68 ans), le président sortant. Dudit Bill, on raconte qu’il fut l’un des plus grands deuxième ligne des Seventies. Lorsqu’il est question de sa carrière de dirigeant, en revanche, l’opinion publique est indéniablement plus divisée. « Qu’a-t-il fait lors de ces quatre dernières années ? », nous demanderez-vous. En toute objectivité, et en laissant de côté l’inconséquent élan de jeunisme qui aurait pu nous faire croire que Pichot, au nom d’une énergie qui lui est propre, aurait fait bougé les lignes, on vous répondra que sous le premier mandat de Bill Beaumont, la Chine, les États-Unis et le Brésil, trois des plus grandes puissances économiques de la planète, ont au moins doublé le nombre de leurs licenciés, quand le rugby fut si longtemps, pour elles, qu’une nouvelle et indéchiffrable forme de pugilat.
Alors, pourquoi l’opinion publique semble émettre de telles réserves, lorsqu’il est question de Dieu le père ? Beaumont, à l’aune de ses 70 ans, a-t-il été ici victime d’un délit de sale gueule ? De notre côté, le concernant, on s’est quelque peu renseigné cette semaine. Et à son sujet, deux familiers des coulisses de World Rugby nous ont clairement expliqué que Bill Beaumont, plus coulant qu’il ne l’était sur un terrain de rugby, s’appuierait sans ciller sur Bernard Laporte, son probable successeur, pour orienter la politique du monde ovale ces quatre prochaines années. De là à penser que « Bernie » fait ce qu’il veut de Bill et que leur mariage de raison s’explique ainsi, il n’y a qu’un pas, que nos interlocuteurs de St Stephen’s Green, le quartier général de la suprême instance, ont allégrement franchi au téléphone…

Bijoux de famille

Quoi qu’il en soit, les chantiers qui attendent désormais Bill Beaumont et son vice-président sont nombreux et, parmi eux, il y a celui de l’harmonisation du calendrier international (funeste serpent de mer…) et, par voie de fait, celui des nouvelles compétitions. Dimanche, lors de sa première conférence de presse, Dieu le Père n’a pas caché son « appétence pour un championnat des nations », l’idée qui avait valu à son ancien bras droit, Agustin Pichot, l’ire des pays dits mineurs, volontairement oubliés du projet pour permettre aux plus gros de se refaire une santé, financièrement parlant. De ce que l’on a compris de la première intervention publique de Bill Beaumont, le possible retour du championnat des nations à la table des négociations s’accompagnerait cette fois-ci d’un système de promotion et de relégation, laissant aux Samoa, à la Géorgie, à la Roumanie, à la Russie ou aux États-Unis et les autres « le droit de rêver », comme on dit. On retiendra, enfin, de la conférence de presse du grand Bill que le Tournoi des 6 Nations, reconnu par le patron de World Rugby comme une « entité autonome », ne changera ni de format ni de date. Heureuse nouvelle ? Indéniablement, tant cette compétition, revalorisée à hauteur de plusieurs milliards d’euros par les experts-comptables de CVC, est aujourd’hui la seule que le monde du sport nous envie…

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