Laurent Travers : « Si les clubs ne fonctionnent pas bien, l’équipe de France en pâtira »

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Publié le , mis à jour

Le manager du Racing 92, Laurent Travers, revient sur le conflit opposant le sélectionneur de l'équipe de France et la majorité des entraineurs du Top 14. Au coeur de la polémique : la future période internationale. Interview. 

Comment avez-vous réagi aux propos de Fabien Galthié qui souhaite absolument pouvoir jouer six matchs et bénéficier de 42 joueurs durant toute la période internationale ?

Du point de vue du sélectionneur, son propos est légitime. Fabien (Galthié) voit l’intérêt de son équipe. Mais ce qui est important, c’est l’intérêt général du rugby français. Le XV de France, ce sont les clubs et inversement. Arrêtons de nous opposer. Tout le monde doit œuvrer pour l’intérêt général. Qu’on soit entraîneur de club ou sélectionneur, chacun doit faire un pas vers l’autre. Fabien, tout comme Karim (Ghezal), Williams (Servat) ou Laurent (Labit), a été entraîneur de club, il sait ce que c’est. C’est aussi à lui de faire la part des choses. Ses joueurs ne seront performants que si les clubs le sont. C’est aussi pourquoi nous voulons une équipe de France forte mais pas au détriment des clubs.

Le président de la FFR Bernard Laporte semble davantage prêt à faire un effort…

L’effort, pour l’instant, ce sont les clubs qui l’ont fait ! Nous avons accepté de libérer les joueurs pour cinq rencontres au lieu de trois. Cela signifie bien que le Top 14 a pris conscience de la situation. Fabien Galthié tient à ses six rencontres au prétexte qu’au final l’équipe de France aura disputé dix rencontres cette année, ce qui était le plan de route initial. Mais combien de matchs de Top 14 n’a-t-on pas pu disputer ? La situation est la même pour tout le monde. Pour tous les clubs, y compris amateurs. Il me semble important que le staff de l’équipe de France tienne compte de son vivier. Et son vivier, c’est bien le Top 14.

Quelle est la solution idoine à vos yeux ?

C’est celle qui a été proposée par la LNR : cinq matchs dans les conditions prévues où le sélectionneur pourra bénéficier de 31 joueurs pour travailler.

Si la FFR n’en démord pas et que le XV de France dispute six matchs, quelle serait votre position ?

L’impact sur les clubs sera trop grand. Et si les clubs ne fonctionnent pas bien, l’équipe de France en pâtira. Nous n’avons pas d’autres choix que celui-ci. Cette solution n’est pas contre l’équipe de France. Au contraire. C’est dans le but d’expliquer que l’équipe de France se construit avec les clubs. Si nous voulons que notre championnat reste fort, qu’il continue de rivaliser avec le championnat anglais, que nos joueurs continuent de progresser, nous devrons en passer par là.

Le Racing 92 avait déjà été fortement impacté la saison dernière entre le Mondial au Japon et le Tournoi 2020. Craignez-vous encore de subir de nombreuses absences lors de l’automne ?

D’abord, nous sommes heureux quand un joueur est sélectionné en équipe de France. C’est la reconnaissance du travail de tout un club. Seulement, cela ne doit pas rejaillir sur le bon fonctionnement du club et du Top 14.

Est-il encore profitable de compter de nombreux internationaux dans son effectif ?

Ce sont surtout les joueurs qui vont se retrouver entre le marteau et l’enclume. Les clubs, eux, étaient satisfaits de l’accord qui avait été trouvé jusque-là. Si nous avions accepté de libérer 42 joueurs pour le Tournoi des 6 Nations, c’était pour que tout le monde s’y retrouve. Or, la proposition faite par la FFR et le staff du XV de France pénaliserait fortement les clubs et les joueurs. Et ça, c’est hors de question.

Pensez-vous qu’un front commun des managers puisse faire changer d’avis le sélectionneur ?

Nous échangeons régulièrement, quand le besoin s’en fait sentir. Aujourd’hui, c’est le cas. Nous avons ressenti un danger pour notre championnat, pour nos clubs. Et pour le rugby en général. En ce moment, la majorité des managers a la même vision de la situation. C’est quand même un élément important. Si nous n’étions que deux ou trois à affirmer notre désaccord dans notre coin, l’histoire ne serait pas la même. Or, s’il y a une majorité qui se dégage, c’est que nous sommes dans le vrai.

Fabien Galthié, par ses récents propos, s’est-il mis le Top 14 à dos ?

Jusque-là, nous avons travaillé en collaboration. Il y avait de l’échange. Or, sur ce coup, l’impression est qu’il y a une décision unilatérale. Ce n’est pas acceptable. Nous devons tous faire des efforts. Notez tout de même que nous avons été le seul championnat à libérer 42 joueurs pour l’équipe nationale pendant l’ensemble du Tournoi. Si nous avons pris cette décision, c’est que nous avions jugé que c’était utile pour l’équipe de France et pour l’ensemble du rugby français. Fabien (Galthié) en a conscience, j’en suis convaincu. Il a été entraîneur de club, il doit s’en souvenir.

Justement, avez-vous des contacts avec le sélectionneur ou avec ses adjoints ?

Nous n’avons plus échangé depuis l’apparition du Coronavirus. Mais je ne doute pas que le dialogue reprendra très vite.

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