Lorenzetti : « Je n'aurais jamais imaginé un tel cauchemar, il faut sauver les clubs de rugby »

  • Jacky Lorenzetti (Racing 92).
    Jacky Lorenzetti (Racing 92). Icon Sport
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On pourrait croire que tout est rose au Racing, finaliste de la coupe d'Europe. On se trompe. La crise de la Covid-19 frappe, comme ailleurs, et met en péril l'existence professionnelle d'un des plus vieux clubs de France...  

Midi Olympique : quel impact la réduction des jauges a-t-elle sur les finances du Racing 92 ?

Jacky Lorenzetti : Il est colossal. On parle d'un manque à gagner par match de 100 000 euros. C'est une catastrophe. Et puis, à force de dire aux Français qu'on est en guerre, à force de diffuser de l'anxiété, de la crainte et de la peur, les gens ne vont ni au stade, ni au cinéma, ni au spectacle. Ils ne sortent plus. Sans indemnité, les clubs et les salles de spectacle vont mourir.

En clair ?

Si demain, on me permettait d'accueillir 10 000 personnes à Nanterre pour le prochain match face à Toulouse, je ne serais même pas sûr de pouvoir le faire... Voilà... On en est là... Les corps et les esprits ne se libéreront pas tant qu'il n'y aura pas de vaccin.

On parle, au Racing, d'une perte de 28 millions d'euros pour l'année 2020...

Si vous enlevez l'amortissement du bâtiment (l'Arena), ça fait 14 millions d'euros de pertes, en effet. C'est énorme. On a engagé une procédure en indemnisation contre l'état. On nous parle d'indemnités mais on n'a rien vu venir pour le moment, si ce n'est le chômage partiel, ce qui est déjà considérable, me direz-vous.

Lundi dernier, Paul Goze a envoyé un courrier très préoccupant aux présidents de clubs. Le président de la Ligue y parle en effet de « la disparition à court terme de certains clubs ». La menace est-elle réelle ?

L'Arena va s'en sortir. Le Racing, je ne sais pas. La situation est vraiment très préoccupante. Le secteur du sport pro, comme celui de l'aviation ou de la restauration, est confronté à d'énormes difficultés. On ne sait pas quand ni comment nous sortirons de l'impasse. Je n'aurais jamais imaginé un tel cauchemar.

Dans l'esprit des gens, les clubs soutenus par un mécène (Montpellier, le Stade français, le Racing 92, Biarritz) sont nécessairement sauvés des eaux. Qu'en pensez-vous ?

C'est beaucoup trop simpliste. Moi, j'ai un modèle économique vertueux et je ne pourrai plus, aujourd'hui, financer une entreprise qui perd de l'argent. On en est là, voilà tout. Au minimum, il faut que les pouvoirs publics nous exonèrent des charges sociales. Il faut sauver les entreprises. Il faut sauver les clubs de rugby.

On parle de combien d'emplois, chez vous ?

A l'Arena et au Racing, ce sont 1200 emplois à temps complet.

Le gouvernement est-il sensible aux arguments déployés par la Ligue et les clubs ?

Le gouvernement, il écoute, il entend ; mais il est débordé, dépassé. Les décisions sont contradictoires. Un jour, le vaccin arrive ; le lendemain, le ministre du travail nous annonce que le chômage partiel sera étendu jusqu'à juillet 2021... Pourtant, le nombre de décès en France, entre l'an passé et cette année, est quasiment identique. Ceux qui disparaissent, malheureusement, sont les plus âgés. Ils ont plus de 75 ou 80 ans. C'est factuel. Une vie, il faut se battre pour la garder mais on peut faire coïncider des principes de précaution (masques, gestes barrières...) avec une liberté économique. Les deux ne sont pas incompatibles.

Il existe néanmoins un Plan B pour sauver le Top 14. Il suffirait de se vendre à un fonds d'investissement...

Entre la peste et le choléra, on ne peut pas choisir. L'arrivée de CVC (ou Novalpina, lire ci-contre) correspond à une stratégie à long terme. Je ne le vois pas comme un pansement, comme un moyen d'avoir des liquidités à court terme.

Où en êtes-vous, dans ces négociations avec les fonds d'investissement ?

Au point zéro. On sait juste qu'il y a de l'appétence au niveau de Novalpina, qui en gros, nous propose de faire mieux que ce qu'on fait... Moi, je trouve pourtant qu'à la Ligue, on fait plutôt du bon boulot... Maintenant, si un fonds vient nous voir en nous disant : « On va créer la Coupe du monde des clubs » (c'est le souhait de CVC, N.D.L.R.), on sera réceptif parce que cette compétition, nouvelle et excitante, créera du revenu. Ca, ce serait intéressant.

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Les commentaires (1)
Olivier83 Il y a 19 jours Le 03/10/2020 à 09:08

Et l'humain, dans tout ça, Monsieur Lorenzetti ?...