Trop, c'est trop

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L'édito du lundi par Emmanuel Massicard... Nous devions ici vous parler de sport, et de rugby plus précisément. Du Racing et de Toulon qui ont l’opportunité d’accrocher un titre européen la semaine prochaine ; du XV de France, qui terminera bientôt son Tournoi face à l’Irlande ; ou des Rochelais qui ont marqué les esprits, ce week-end à Bayonne. Mais, désolé, il n’y a hélas pas de place, ici, pour le plaisir du jeu. Pas cette semaine, où l’actualité nous confine aux coulisses.

Vous avez suivi ? Les Bleus devaient jouer trois matchs cet automne, puis un quatrième pour finir le Tournoi 2020 ; la Ligue en a accordé un cinquième à la Fédé qui veut jouer un sixième au mépris de leurs accords et au nom de l’urgence financière… « Si les clubs bloquent les joueurs, c’est la mort de la Ligue ! » prévenaient même certaines voix de la galaxie fédérale, en « off ». La menace ne peut être plus claire, vous l’aurez compris.

Jusqu’à ce lundi de retrouvailles pour les négociateurs, les clubs professionnels opposent un front (presque) commun, et sont prêts à ne pas libérer leurs joueurs. Le bras de fer se muscle. Bernard Laporte pourrait tenter de les rallier en négociant une limitation à quatre matchs par sélectionné. Ce que la Ligue ne peut pas accepter pourrait trouver une oreille plus favorable chez les pourvoyeurs d’internationaux.

Au milieu, les joueurs sont pris en otage : licenciés et sélectionnés par la fédé mais salariés par leurs clubs. S’ils ne rejoignent pas l’équipe de France, ils seront suspendus ; dans le cas contraire, ils s’opposeront à leur employeur… Pour autant, ils ne sont pas les seuls à jouer « perdants » si personne ne fait un pas vers l’autre : les clubs d’abord, qui seront accusés d’œuvrer contre la sélection ; la fédé ensuite, qui n’aura pas considéré sa vitrine professionnelle. Très clairement, notre rugby ne peut pas se tirer une balle plus douloureuse dans le pied, au mépris des valeurs de solidarité qu’il vante si souvent pour accrocher le sponsor.

Trop, c’est trop. Le théâtre du conflit FFR/LNR déborde tellement qu’il devient insupportable. À tel point que nous avons envie de dire stop, une bonne fois pour toutes. Stop à cette lutte ouverte entre les institutions qui dirigent notre discipline, et les hommes qui l’incarnent. Stop à la guéguerre des communiqués et à ce jeu de manipulation qui fit par exemple dire à la fédé, vendredi, qu’elle avait gagné devant le Conseil d’Etat, quand celui-ci renvoie les deux camps dans les 22mètres de leur convention.

Ce qui fut longtemps de l’ordre du folklore devient aujourd’hui affligeant. Parce que la situation actuelle, autour du XV de France et des clubs, mérite une tout autre dignité et davantage de solidarité. Sur ce point et fort du magot de la fédération, Bernard Laporte s’était d’ailleurs largement engagé dans sa campagne pour assurer les clubs de son soutien. Sa main tendue vers ses opposants juste après l’élection est devenue un poing à la face de la Ligue et plus encore de son président, Paul Goze.

Rien d’étonnant hélas, cette guerre des ego est plus forte que la raison. Elle est exacerbée par le contexte de cette année électorale : Goze n’a plus rien à perdre et Laporte, lui, n’a plus rien à craindre. C’est sa réélection contre la fin des espoirs de réélection du patron des clubs.

Autour, sélection, clubs et joueurs risquent eux de ne plus rien avoir à gagner. Ils méritent pourtant un tout autre respect.
 

Midi-Olympique.fr
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Les commentaires (1)
jmbegue Il y a 16 jours Le 12/10/2020 à 12:56

Il y a une chose que vous semblez oublier quand vous parlez de la guerre des égos, c'est que Goze exprime la volonté de 29 clubs professionnels sur 30. Ces clubs luttent pour leur survie ce dont ne tient absolument pas compte Laporte. Et qui lui en fait une histoire d'égo et veut régler des comptes.