France - Fidji : la Breizh et la flamme

  • Cette saison, les Bleus de Charles Ollivon, Teddy Thomas et Antoine Dupont ont obtenu cinq victoires en six matchs.
    Cette saison, les Bleus de Charles Ollivon, Teddy Thomas et Antoine Dupont ont obtenu cinq victoires en six matchs. Icon Sport - Icon Sport
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À Vannes, dans un stade de La Rabine à huis clos, le XV de France va défier les Fidji, ce dimanche, avec l'intention d'accrocher un troisième succès consécutif. Pour la plupart des cadres, il s'agira de la fin de la tournée, déjà. D'où l'importance de confirmer.

Quelle drôle d'époque nous vivons, tout de même. À l’origine, ce week-end, le XV de France devait affronter les Wallabies dans un Stade de France en habit de gala avant de défier les champions du monde Springboks dans l'enceinte dionysienne. Une pandémie mondiale plus tard, les Bleus se retrouvent à Vannes, en un Stade de la Rabine à huis clos, pour défier les Fidji, privés de match depuis plus d'un an, dans le cadre de l'Autumn Nations Cup, improbable compétition imaginée par les dirigeants pour sauver les apparences et les trésoreries a minima. Le coronavirus a tout bousculé sur son passage, du calendrier aux tribunes, en passant par les préparations et les déplacements. Tout fout le camp, mes pauvres gens.

Tout, vraiment ? Peut-être pas, non... Car d'un monde à l'autre, le XV de France nouvelle génération poursuit son bonhomme de chemin comme si de rien n'était. Avec ou sans masque, avec ou sans public. Rien ne paraît avoir d'emprise sur l'avancée de cette jeune bande, insouciante, presque insolente de sérénité. Le monde part à vau-l'eau ? Le Tournoi se conclut en octobre ? Le groupe sort d'une traversée du désert de sept mois ? Et alors, quel est le problème, franchement ? Pourquoi douter quand on a 20 ans et autant de talent ? Du haut de ses 47 piges, Raphael Ibanez hallucine presque après les 160 minutes de rugby proposées par ses protégés, face au pays de Galles et à l'Irlande, en octobre : "Nous avons réussi à raccrocher avec une compétition suspendue il y a sept mois, tout en gardant le fil de notre début d’histoire", déclarait le manager dans ces colonnes, lundi. En moins d'un an, ces Bleus sont devenus une formidable raison de croire en un avenir radieux : "Nous avons joué six matchs et en avons remportés cinq. Nous avons les moyens de partir à l’assaut d’un titre et rapidement." En attendant de se lancer à la conquête d'un véritable trophée – désolé, encore, Messieurs les organisateurs de l'Autumn Nations Cup, Charles Ollivon et ses partenaires doivent continuer de tenir leurs si belles promesses. Pour eux. Pour le public, loin des yeux mais de tout cœur à leurs côtés. Pour continuer de marquer leur territoire, aussi.

Questions de réputation

"Ce qui importe au niveau international, c’est de se faire une réputation", glissait Raphaël Ibanez dans le dernier Midol. À la bourse mondiale, la valeur du XV de France n'en finit plus de grimper, après une décennie au plus bas. Sir Clive Woodward en personne a déjà parié quelques livres sterling sur la victoire tricolore à la Coupe du monde 2023 ; les Irlandais, foudroyés à Saint-Denis, n'ont depuis de cesse de comparer ces petits Bleus aux grands Blacks ; Antoine Dupont, auréolé du titre de joueur du Tournoi, récolte des louanges d'à peu près partout, au point de venir chatouiller Aaron Smith dans les sondages lancés à la volée sur les réseaux sociaux. "À mon sens, vous avez la meilleure équipe d'Europe, elle aurait dû remporter le Tournoi, elle le méritait", vantait, aussi, Semi Radradra dans ces colonnes. Des lauriers, en veux-tu, en voilà, à foison.

Après des années de railleries en tous genres, cette belle réputation mérite d'être appréciée à sa juste valeur. Elle ne garantit rien pour autant. Les Fidjiens sont bien placés pour le savoir. Eux, les magiciens volants, les Harlem Globe trotters du rugby. Leur fabuleuse renommée s'est trop peu souvent retranscrite en résultats. La faute à des moyens dérisoires et à des pêchés récurrents. L'élimination sans gloire au premier tour du Mondial japonais, avec cette humiliante défaite contre l'Uruguay au passage, l'a rappelé, une énième fois : le talent, seul, ne peut pas tout. Vern Cotter est venu en messie de Nouvelle-Zélande pour corriger cette anomalie de l'Ovalie. Dix mois après sa nomination, le technicien va être baptisé en France, là où il a forgé une grande part de sa notoriété. Là où les artistes du Pacifique ont signé leur dernier exploit, un soir de novembre 2018. À l’époque, Benjamin Fall jouait en Top 14, Mathieu Bastareaud au centre, Yoann Huget était encore loin de la préretraite et le tandem Maestri-Vahaamahina paraissait incontournable...

N'insultons pas l'avenir !

C'est dire si les temps ont bien changé, en seulement deux ans. L'esprit de revanche et la symbolique des retrouvailles constitueront des éléments du décor ce dimanche. Mais pas l'intrigue du jour. À Vannes, il sera surtout question de confirmation pour cette première journée de l'Autumn Nations Cup, le dernier bal d'automne de la plupart des cadres, soumis à la règle des trois feuilles de match. Avant de passer la main à un autre groupe pour une autre histoire... En attendant la suite, nous avons donc droit à une surprise-partie face aux Fidjiens, capables du meilleur comme du pire, dans le sillage des Radradra et Tuisova : faute de chocs face aux géants du Sud, le XV de France se voit proposer un examen de passage grandeur nature. Un test de maîtrise et de maturité, ni plus ni moins. Avec l'accent mis sur la discipline, le petit point noir du moment.

"La priorité, c’est d’être régulier dans nos prestations", rappelait, en bon manager, Raphaël Ibanez ce lundi. Une lapalissade ? Peut-être. Mais cette évidence mérite d'être rappelée et n'est peut-être pas innocente. Car ces Tricolores millésimés 2020, tombeurs de l'Angleterre, de l'Irlande et du pays de Galles avec autorité et panache, ont sorti leurs deux moins bonnes prestations face aux nations les moins bien classées au niveau international, l'Italie (victoire 35-22) et l'Ecosse (défaite 28-17). De là à tirer de ce paradoxe une morale, une spécificité ? Loin de nous cette idée. Mais à Vannes, la troupe de Fabien Galthié serait en tout cas inspirée de se montrer appliquée et impliquée afin de ne pas laisser les artistes du Pacifique entrevoir l'exploit. En Bretagne, le XV de France devra entretenir la flamme sans se brûler les ailes. Pour laver l'affront passé. Et, surtout, pour ne pas insulter son avenir.

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