Christophe Urios : « Nous sommes sur un enchaînement diabolique »

  • Christophe Urios et l'UBB alternent le bon et le moins bon après une saison passée euphorique
    Christophe Urios et l'UBB alternent le bon et le moins bon après une saison passée euphorique Icon Sport
Publié le , mis à jour

Les résultats de l'UBB ne sont pas si médiocres en 2020-2021, mais plutôt en dents de scie. Dix victoires, un match nul, sept défaites en dix-huit matchs. Victoires à l'extérieur à Castres, Montpellier et Northampton mais défaite à domicile contre le Racing et nul concédé face à Clermont. Parcours en décalage forcément avec la saison euphorique 2019-2020 qui s'est interrompue en mars alors que le club caracolait en tête du championnat. Christophe Urios nous en a parlé à la veille de rendre visite au Racing.

Dans quel état d'esprit vous retrouvez-vous pour rendre visite au Racing ?

On a le sentiment d'avoir perdu deux points chez nous contre Clermont. On va chez un cador du championnat dans nos petits souliers car les Racingmen ont perdu à domicile contre Toulon et les grandes équipes ne se trompent pas deux fois. On s'attend à un gros match dans un contexte difficile à appréhender dans cette vaste salle.

On imagine que rigueur militaire dont vous faites preuve dans l'organisation de vos semaines est mise à mal par tous les aléas de cette saison. Avec ces annulations, ces remplacements de match. Vivez-vous mal cet exercice ?

Rigueur militaire, le terme est trop fort. Je dirais « Rigueur » tout simplement. Mais effectivement, moi qui aime tout anticiper, tout programmer, oui, je me retrouve un peu perturbé, pris de court. Nous n'avons pas arrêté depuis le 10 août, on ne s'est absolument pas arrêté, nous sommes sur un enchaînement diabolique . Garder le cap, la motivation, ne pas sombrer. Ce n'est pas simple. Mais je ne le vois pas comme un truc insupportable . Je le vois comme une opportunité pour moi de continuer à progresser. Je dois trouver de nouvelles solutions avec mon staff , et croyez-moi, on essaye de le faire..

Est-ce que vous ne vivez pas tout simplement une forme de retour brutal à la réalité  après une saison d'euphorie ?

Oui, oui, je suis d'accord. C'est juste. Je ressens complètement ce sentiment.

Mais n'est ce pas une forme d’épanouissement pour vous finalement pour vous de résoudre des problèmes au quotidien ?

C'est exact. Mais quand tout va bien comme l'an passé, c'est très agréable aussi, je vous rassure. Mais finalement, je me dis que mon métier prend vraiment son sens quand ça devient difficile et qu'on doit garder le cap. C'est mon boulot finalement de créer une atmosphère pour que ça marche bien, quelle que soit la situation. Mon job, c'est de donner de l'énergie à mon staff et à mon équipe. En plus, je considère qu'il est très rare qu'une équipe domine une saison de bout en bout sans anicroches en gérant simplement son truc, ça n'existe pas. La saison dernière était idéale pour l'UBB en termes de jeu, de résultats et d'état d'esprit, c'est vrai, mais elle ne s'est pas terminée. Comment l'aurions nous finie ? Je ne sais pas. Personne ne peut le savoir.

Vous avez aussi subi beaucoup de blessures  en 2020-21, Non ? Les Ducuing, Poirot, Cros, Cordero , Seuteni absents, ce n'est pas facile à gérer...

Des blessés, nous n'en avons pas tant que ça, six à l'heure ou je vous parle. Mais c'est vrai, ils sont arrivés en même temps, à des moments importants, pour des joueurs titulaires et souvent aux mêmes postes, chez les trois quarts. Depuis la fin de l'année civile, nous avons eu une cascade de bobos, que nous n'avons pas vu venir. Je me dis que c'est à moi de les mettre dans les meilleures conditions possibles pour être préservés. Mais que faire quand on enchaîne vingt-deux ou vingt-trois matchs sans s'arrêter ? On sait très bien que ça multiplie les risques de blessures.

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— UBB Rugby (@UBBrugby) January 21, 2021

Le dernier match nul concédé face à Clermont 16-16 a dû être rageant pour vous … Comment l'avez vous vécu ?

C'était un mauvais match. On s'était mal préparés dans la semaine. Je n'ai pas retrouvé le sens collectif de mon équipe. On a tout fait à moitié, quoi. Alors, vous trouverez des secteurs qu'on a dominés, la touche, les mauls. Défensivement, nous aussi avons été plutôt  bons car Clermont n'a pas été souvent dangereux. Mais il nous a manqué l'essentiel : la rage. Nous l'avions contre Lyon. Nous avions pourtant toujours une bonne condition physique, l'un des ingrédients qui nous avait permis de triompher du Lou, mais contre Clermont, il nous a manqué cette façon de nous préparer pour jouer le match pour le gagner et non pas jouer juste pour jouer un match.

Quid de votre ligne de trois quarts si décimée par les blessures ces derniers temps ? A-t-elle fait le match que vous attendiez d'elle contre Clermont ?

C'est sûr, notre ligne de trois quarts n'a pas fait le meilleur match de la saison. Elle n'a pas su être dans le tempo des avants sur leurs ballons portés par exemple. Mais cette ligne ne s'est pas beaucoup entraînée, la semaine avait été perturbée par quelques petits bobos. Mais je les sens prêts à faire mieux contre le Racing.

Pourtant à l'issue de ce match nul 16-16, on ne peut pas ne pas penser aux deux essais qui vous ont été refusés ou à une dernière pénalité sévère. On ne vous a pas entendu critiquer l'arbitrage....

Ça m'est arrivé pourtant quand j'étais un jeune entraîneur. Aujourd'hui, c'est assez rare. Je veux m'interdire de critiquer les arbitres car je ne veux pas ouvrir la boîte à excuses à mes joueurs. Je reconnais que sur le match de Clermont, il y a eu plusieurs décisions discutables. Je ne vous cache pas que j'ai échangé en direct avec M . Ruiz sur divers points et je crois qu'il peut encore m'arriver de déraper mais j'essaie d'être à cheval sur cette question du respect de l'arbitre. En plus sur le premier essai refusé à Delguy, je vais vous expliquer quelque chose : je pense que sur cette action, Thierry Paiva ne fait rien de répréhensible.

Mais je me souviens que lors du match Castres-UBB, l'arbitre avait refusé un essai à Castres parce que Combezou avait modifié sa direction de course. Ce n'était pas similaire mais comparable. J'avais alors trouvé la décision normale. Alors, je n'ai pas envie de contester une situation quand elle m'est défavorable alors que je l'ai acceptée dans le sens inverse. Je suis quelqu'un de très clair dans ma tête.

Revenons sur le cours de votre carrière. À Oyonnax ou à Castres, vous avez réussi en tirant vers le haut des jeunes ou des non-internationaux, dits "Joueurs de club". Avez-vous eu les mêmes réussites à Bordeaux avec un effectif a priori un peu différent ?

Oui, j'ai quand même l'impression d'avoir fait progresser quelques jeunes. Certains ont été sélectionnés. Matthieu Jalibert était déjà en équipe de France, Cameron Woki y est arrivé. J'ai aussi l'impression, avec mon groupe, d'avoir fait progresser Cyril Cazeaux, Romain Buros, Maxime Lucu. L'exemple le plus frappant, c'est Yoram Moeafana. Mais je ne sais pas si c'est moi qui l'ai fait progresser, mais mon rôle est de mettre des jours en position d'apprendre. Soit ils apprennent, soit ils n'apprennent pas. Si malgré mes efforts, ils n'apprennent pas, j'abandonne et je passe à autre chose. Un proverbe arabe dit : "Tu peux amener un chameau au bord de l'eau, mais tu ne peux pas boire à sa place."

Il est impossible de penser à votre carrière sans se remémorer le titre de Castres en 2018, avec cet effectif nettement moins riche en termes de sélection que votre adversaire d'alors. Pensez-vous que vous pourriez faire la même chose dans le contexte bordelais ?

Oui, j'ai cette sensation. Je sens que les joueurs progressent individuellement, mais pas uniquement grâce à moi. Mons staff est de qualité, les adjoints sont très bons sur leur spécialité technique. Ensuite, il faut créer une certaine atmosphère favorable à la progression des joueurs. Mais il nous manque encore quelque chose.

Christophe Urios et les Castrais à la fête lors du la victoire en finale de Top 14 face à Montpellier en 2018
Christophe Urios et les Castrais à la fête lors du la victoire en finale de Top 14 face à Montpellier en 2018 Icon Sport

Ah bon, quoi ?

Une certaine régularité, liée à la culture du travail et à l'ambition. On manque parfois de tempérament.

Ce que Castres avait en 2018 …

Ah oui, nous étions alors bâtis là-dessus, mais je pense que l'UBB peut acquérir cette caractéristique , en faisant évoluer nos joueurs, mais aussi en en faisant venir de l'extérieur.

Cette semaine, une nouvelle paradoxale est tombée. Dans le groupe des 37, il n'y a qu'un Bordelais, Matthieu Jalibert... (NDLR : après cet entretien, Cameron Woki a aussi été appelé en remplacement de Gregory Aldritt blessé).

Je suis un peu déçu, quand certains joueurs ne sont pas pris, car c'est toujours une fierté. Mais je ne cache pas que dans une saison aussi compliquée, ce n'est pas si mal pour nous, d'avoir peu de sélectionnés et un maximum de joueurs à notre disposition

Est-ce que ça vous énerve si on dit que l'UBB joue au diapason de Matthieu Jalibert ?

Non, ce n'est pas énervant. C'est la réalité. Mais regardez toutes les grandes équipes, elles ont toutes un joueur essentiel. Le Racing est souvent au diapason de Russell, Toulouse de Kolbe, Castres de Urdapilleta. Ce qui fait la force et la différence entre les groupes qui ont de la solidarité et de l'envie, c'est la qualité des joueurs. C'est vrai que Matthieu a été décisif sur nos derniers matchs. Par contre, contre Clermont, il n'a pas fait la meilleure performance de sa saison et on n'a pas réussi à trouver de la continuité dans notre jeu.

Mais attention, on n'est pas dépendant de Mathieu. Oui, il est excellent, il a un rôle prépondérant, il l'aura de plus en plus avec l'expérience. Mais l'équipe est capable de faire face à ses absences, parce que c'est une équipe justement. J'espère qu'on le verra quand il ne sera pas là.

Avec le recul, ne regrettez-vous pas de ne pas avoir pu vous opposer au départ de Semi Radradra ?

C'est de l'histoire ancienne. À un moment donné, il y a des combats qu'on ne peut pas gagner. En arrivant à Bordeaux, je savais que sur le plan financier, je ne pourrais pas rivaliser avec certains clubs. Mais nous avions d'autres atouts. : la culture du travail, du groupe, le renforcement de l'équipe. Semi est parti, mais on a recruté des gens comme Guido Petti ou Ben Tameifuna qui nous ont beaucoup amené. On se retrouve désormais avec une conquête très solide grâce à eux.

Mais évidemment, leur apport est moins spectaculaire a priori que celui de Semi Radradra. Mais est ce que dans la durée, ce n'est pas ça qui fera la différence ? Mais attention, je ne vais pas cacher que j'aurais aimé garder Radradra car j'ai pris du plaisir à travailler avec un des meilleurs joueurs de la planète. C'était regrettable de le voir partir, mais on ne pouvait pas lutter.

Christophe Urios entouré de ses joueurs lors d'un match de l'UBB à Castres
Christophe Urios entouré de ses joueurs lors d'un match de l'UBB à Castres Icon Sport

Récemment, votre nom a circulé parmi les possibles recrues de Montpellier. Que faut-il en penser ?

C'est des bêtises. Je suis un homme qui croit au respect des contrats. Je suis très bien à Bordeaux où je n'ai absolument pas fini l'aventure et il me reste deux ans de contrat ici. Oui, mon nom est sorti au sujet du MHR, mais d'autres sont apparus depuis. Tout ça ne me préoccupe pas. Je suis très bien ici et j'aime ce groupe, il a une marge de progression très importante. Il représente un gros défi pour moi car tout est tellement différent de ce que je connaissais à Castres.

Le club de l'UBB est aussi incarné par son président, Laurent Marti. Avez-vous des réunions régulières avec lui ?

Oui, toutes les semaines. C'est des choses que je ne savais pas faire. Par le passé, je rencontrais mes présidents, mais de façon plus erratique, à la sensation. À la volonté des présidents. Mais je me suis rendu compte que ce qui compte pour réussir à haut niveau, c'est la relation entre le mangeur et le président. Si cette relation-là n'est pas parfaite, avec des idées, ça ne peut pas marcher.

C'est ce qui avait un peu coincé lors de votre expérience castraise, non ?

Oui, même si nous avions des rencontres avec le président de Castres. Mais ils n'étaient pas réguliers. Je n'arrivais pas à les mettre en place, c'était personnel, même si ça se passait plutôt bien, à part durant la dernière année. Je reconnais qu'à Bordeaux, ça me fait du bien de vivre ces entrevues, qui peuvent durer d'un quart d'heure à deux heures.

On part des derniers résultats de l'équipe et on évoque ensuite divers sujets, de la formation au recrutement en passant par le développement du club. Ça me permet de mieux connaître le président que je ne connaissais pas, et de comprendre comment il fonctionne. Et ça donne confiance à tout le monde.

Voulez-vous revenir sur l'incident qui vous a opposé à Didier Bès ?

Non... En fait, quel incident ? Il n'y a pas d'incident. Je donne des consignes à mon joueur, je n'ai pas besoin qu'on les commente à côté de moi. Je lui ai dit de se taire. Point barre !

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