Les 1000 vies de Sonny Bill Williams

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    Les 1000 vies de Sonny Bill Williams Sportsfile / Icon Sport
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La star des All Blacks a annoncé ce mercredi mettre un terme à sa vie de rugbyman. L'épilogue d'une carrière riche en trophées mais aussi en rebondissements. Homme de défis, « SBW » est un touche-à-tout dont l'aura s'étend bien au-delà des terrains.

Toulon : la folle histoire d'amour

Quand il arriva au RCT en 2008, Sonny Bill Williams n'était encore qu'une star en devenir. Un joueur phénomène du rugby à XIII, certes, mais encore jeune (22 ans) et auquel il restait tout à prouver. Surtout, il lui restait tout à apprendre du rugby à XV.

Il fallut donc un temps d'adaptation. En 2017, en marge de la tournée événement des Lions en Nouvelle-Zélande, il nous confiait d'ailleurs : « La première année a été douloureuse. Je n’avais pas les codes. J’avais du mal à comprendre le jeu. Tana Umaga et Jonny Wilkinson m’ont beaucoup aidé, au départ. Jonny me faisait répéter, répéter et encore répéter pour devenir meilleur. Il me disait : « Le travail paie, Sonny ! Arrête de te plaindre et continue ! » Je l’ai écouté... […] Le Top 14 m’a fait grandir parce qu’il est le championnat le plus dur que j’ai disputé. Quand tu prends la balle, tu reçois en même temps deux cousins qui veulent ta peau. Parfois, c’est un peu sale. J’ai pris de mauvais coups avec Toulon. Enfin, vous savez, quoi… Mais ce championnat endurcit. »

Sonny Bill Williams avec Toulon contre Cardiff en finale du Challenge Européen 2010
Sonny Bill Williams avec Toulon contre Cardiff en finale du Challenge Européen 2010 Patrice Aim / Icon Sport

Il quittera la Rade en 2010, happé par les sirènes all blacks. Son dernier match sous le maillot toulonnais restera pourtant son chef d’œuvre : au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne, en demi-finale du Top 14 face à Clermont, le RCT s'incline en prolongations (35-29) dans un match entré dans la légende. « SBW », ce jour-là, avait illuminé le terrain. Joe Van Niekerk se souvient : « Il fut impressionnant, avec sa faculté à lancer le haut du corps à l’assaut de l’adversaire, sans la moindre appréhension, ce qui lui laissait les bras libres pour donner la balle. Il n’y avait que lui pour faire ce genre de truc sur la planète. On découvrait tous ce geste. Tous les off-loads du monde ne sont aujourd’hui que des imitations de ce que faisait Sonny. »

All Blacks : dans l'ombre de la paire Ma'a Nonu - Conrad Smith

En huit saisons internationales, Sonny Bill Williams aura été All Blacks à 58 reprises. Tout sauf une banalité. C'est d'ailleurs pour ce maillot noir qu'il avait vite quitté Toulon, en 2010, avec l'espoir de disputer la Coupe du monde 2011 dans son pays. Défi relevé. Pourtant, dans sa carrière internationale, Sonny Bill Williams n'aura jamais réussi à être un titulaire en puissance, son arrivée chez les All Blacks coïncidant avec l'hégémonie de la paire Ma'a Nonu - Conrad Smith. Indéboulonnable.

Sonny Bill Williams avec la Nouvelle-Zélande face à l'Afrique du Sud
Sonny Bill Williams avec la Nouvelle-Zélande face à l'Afrique du Sud Dave Lintott / Icon Sport

Durant ces huit années, « SBW » a donc vécu dans leur ombre immense. S'il est bien double-champion du monde (2011, 2015), il n'a d'ailleurs été titulaire qu'une seule fois en phase finale. C'était en quart de finale 2011 face à l'Argentine et pour l'occasion, il avait été déplacé à l'aile. Un petit désaveu, en somme.

Sa conversion à l'Islam lors de ses années en France

Actif sur les terrains, le joueur l'est aussi sur les réseaux sociaux, ce qui a contribué à faire de lui parmi les joueurs les plus médiatiques de la planète. Il y est question de sport et de préparation physique, de sa famille et de ses enfants qu'il met régulièrement en scène, mais aussi de religion. « À Toulon, je me suis lié d’amitié avec une famille tunisienne. En France, je vivais dans une grande et belle maison. Mais je me sentais seul, mal dans ma peau. Eux n’avaient rien et étaient heureux. Ils vivaient à six dans un deux pièces. Pourtant, ils me donnaient tout sans ne jamais rien demander en retour. Ils n’avaient rien et étaient heureux. Si heureux. J’ai essayé de comprendre… J’ai découvert l’islam. » nous confiait-il au printemps dernier.

Une foi qui lui a valu quelques polémiques, quand il n'est pas toujours bien vu de mélanger le genre sportif avec celui du religieux ou du politique. « SBW » ne mettra jamais en sourdine cet aspect de sa vie, partageant sur les réseaux sociaux des images de ses pèlerinages ou quelques sourates. Toujours dans la bienveillance.

Stars des trois rugbys

C'est un phénomène assez rare pour être noté : Sonny Bill Williams aime le rugby, et tous les rugbys. Propulsé dans la lumière par le Rugby League australien (rugby à XIII). Un recruteur des Canterburry Bulldogs (Sydney) le repère très jeune et lui fait signer un premier contrat dès ses seize ans, le « transfert » de l'histoire des rugbys. A 18 ans, il fait ses débuts en professionnel et se retrouve immédiatement propulsé international néo-zélandais ; à 21 ans, il est élu meilleur deuxième ligne du championnat.

Sonny Bill Williams avec les Toronto Wolfpack
Sonny Bill Williams avec les Toronto Wolfpack SwPix / Icon Sport

Sa réputation est faite. Elle lui permet de voir arriver sur sa table une offre alléchante de Toulon. Qu'il accepte. Sa conversion au XV est actée et, en 2010, il devient un all black. En 2016, il bascule ponctuellement vers le rugby à 7, pour les JO de Rio. International dans les trois disciplines du rugby, qui dit mieux ? Semi Radradra suivra ses pas. Sans le même palmarès, toutefois.

La boxe anglaise en fil rouge de sa carrière

S'il quitte aujourd'hui les terrains de rugby, Sonny Bill Williams pourrait retourner sur les rings de boxe, qu'il a déjà foulés à sept reprises en professionnel (7 victoires dont trois par K.O.). Une passion d'abord née d'un besoin... financier. « Je traversais une époque très difficile de ma vie, à l’époque où le RCT m’a recruté. En dehors du terrain, je faisais des conneries : je buvais trop, je passais mon temps à courir après les filles… Pour rebondir, je savais que je devais quitter l’Australie. » Alors ? « Les gens ne le savent pas mais je me suis endetté pour venir à Toulon. Je devais aux Bulldogs de Sydney un million de dollars pour avoir brisé mon contrat. Les deux premières années au RCT m’ont donc servi à payer ma dette. Je ne me suis pas enrichi. Et c’est aussi pour ça que j’ai commencé la boxe. J’avais besoin d’argent ! Ce n’était pas une période facile… Les gens me critiquaient beaucoup en Australie. Ils m’appelaient « Money Bill Williams ». Je détestais ça. »

Sonny Bill, dont le grand-père maternel Bill Woosley fut un « lourd-léger » invaincu en Nouvelle-Zélande, a donc combattu parfois contre de vrais guerriers, parfois contre des combattants gras comme des moines et moins agressifs que des koalas. Malgré tout, SBW fut champion de Nouvelle-Zélande en 2013 et reste, à ce jour, toujours invaincu sur un ring de boxe. Il se marre : « Chez moi, il n’y a pourtant rien sur les murs : ni médailles, ni maillots, ni trophées : le prophète dit que lorsque tu contemples trop tes murs, les anges ne s’y arrêtent plus.»

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