Les Bleus jouent à qui perd gagne

  • Charles Ollivon
    Charles Ollivon MB Media / Icon Sport - MB Media / Icon Sport
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Battus d’un rien à Twickenham (23-20), les Bleus ont dit adieu à leur rêve de Grand Chelem. Un match et un scénario qui laisseront des regrets, où une accumulation de grains de sable ont grippé la machine en seconde période. Reste désormais la possibilité de remporter le Tournoi. TOut sauf anecdotique.

Dans la sémantique qui pollue les choses pourtant simples du rugby, la dernière tendance jure par « les finisseurs », « la très haute intensité » et « la flèche du temps » après nous avoir noyés d’anglicismes (choke tackle, pick n’go, offload…). Question de modes. Il est une lapalissade confondante de banalité qui traverse pourtant les âges sans jamais se démoder : le haut niveau, ce sont les détails. Merci pour l’info.

Question détails, on notera donc que ce sont quelques millimètres qui ont permis à Maro Itoje d’aplatir dans l’en-but l’essai de la victoire, à quatre minutes du terme. Petits effets, grandes conséquences. Les Bleus voient s’évaporer leur rêve de Grand Chelem pour lequel ils semblaient pourtant taillés. Mais l’épisode Covid-19 est passé par là, que les Français paient cher : à Twickenham, après un mois sans jouer et, pour les contaminés, trois semaines sans vraiment s’entraîner à cette fameuse « très haute intensité », c’est physiquement qu’ils ont plongé. Une fin de match à trop subir les impacts pour préserver la maigre avance accumulée pendant une mi-temps. Plus d’essence dans le moteur, plus de lucidité chez des pilotes éreintés par les assauts anglais et dont le staff s’est refusé à les remplacer.

Un bon match, pas encore un grand match

Le haut niveau se joue sur des détails, les plus grands techniciens du monde sont payés cher pour l’affirmer. C’est ici un énorme détail de coaching qui a achevé la bête bleue. « En seconde période, nous avons un peu perdu le fil du match en faisant pas mal d’erreurs. Que ce soit sur nos lancements, dans le secteur de l’indiscipline », synthétisait Matthieu Jalibert. « Nous aurions aussi pu mieux gérer nos sorties de camp. On s’est fait contrer deux ou trois fois. Des petits détails qui ne pardonnent pas à ce niveau. Et c’est frustrant parce qu’on avait la sensation de pouvoir faire quelque chose de grand à Twickenham. »

Les joueurs partagent la frustration de leurs supporters. Le coup est passé proche mais rate encore sa cible. Pour les Bleus, il n’y aura donc pas de Grand Chelem en 2021, pas plus que les dix années précédentes. Un titre ? Ce serait mieux qu’une consolation et récompenserait une équipe dont les progrès devront bien finir par se concrétiser en trophées. Mais la marge de manœuvre se réduit (voir ci-dessous).

À défaut, on retiendra qu’à Twickenham, la matière à espérer s’est encore épaissie. Dans l’état d’esprit, ces Bleus n’ont jamais rien lâché, malgré la fatigue qui s’accumulait et plombait leur fin de match. Il y a toujours ces traits de lumière propres au talent, ces inspirations individuelles qui permettent aux Bleus de marquer sans trop s’user, quand leurs adversaires doivent travailler des plombes pour un gain similaire. Autant de raisons de continuer à y croire, malgré le rêve envolé.

Au sortir de la joute, Galthié jurait d’ailleurs que « l’équipe de France a livré un grand match. » Faux. Elle a livré un très bon match. Pour basculer du côté des « grands matchs », il lui faudra désormais apprendre la patience, le calme, la lucidité dans la gestion des aléas d’une rencontre. Ce qui lui manque encore. C’est le propre des équipes jeunes, qui ne demandent qu’à grandir. Mais le temps passe vite, en rugby professionnel. Plus encore au niveau international, où ces Bleus auront bientôt disputé la moitié des Tournois au programme entre le Mondial japonais (2019) et celui en France (2023) qui nous obnubile tous.

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