« C’est la victoire des joueurs »

  • Imanol Harinordoquy lors de la rencontre face à l'Ecosse en 2007
    Imanol Harinordoquy lors de la rencontre face à l'Ecosse en 2007 Philippe Perusseau / Icon Sport - Philippe Perusseau / Icon Sport
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En 2007, Cédric Heymans et Imanol Harinordoquy, les deux internationaux, étaient titulaires lors du France - Ecosse que les Bleus devaient gagner avec 24 points d’écart. Ils remportèrent le tournoi au bout du suspens. Témoignages.

Avez-vous pris du plaisir à voir le XV de France battre les Gallois dans les toutes dernières secondes samedi soir ?

Cédric Heymans : Oui, mais pour être tout à fait honnête, j’ai aussi souffert avec eux pendant 60 à 70 minutes. Après une belle entame, ils ont été sous pression et les Gallois ont maîtrisé 90 % de la rencontre. Leur animation offensive était en place et pour la première fois depuis bien longtemps le XV de France a été dominé. Fabien Galthié avait qualifié la rencontre de «The Match», pour reprendre son expression. Il avait raison. Mais on a subi jusqu’au carton rouge de Willemse, avec qui, j’espère, on sera indulgent : on voit bien quand il déblaye il ne fait pas attention où il met sa main ; son geste n’est pas intentionnel. Je retiens qu’après, Ollivon a sonné la révolte et que nous sommes redevenus français.

Imanol Harinordoquy : Un plaisir énorme, d’autant que nous avons vécu toutes les émotions... Après le carton rouge, notre retard au score était de dix points et l’histoire était très mal embarquée. Surtout que les Gallois avaient fait preuve d’une belle détermination. Mais notre révolte a été belle.

Les joueurs ont-ils pris leur destin en mains ?

C. H. : Absolument. On peut dire que c’est la victoire des joueurs et pas d’un système. Tout projet de jeu ne fonctionne que si, à un moment, les joueurs se l’approprient et l’incarnent. Là, ils se sont pris en mains, ont orchestré leur remontée. Quand tu entreprends de reconquérir tout le terrain dès le coup d’envoi, il faut vraiment jouer en équipe, ne pas faire le mètre de trop, la passe dans le mauvais timing. Les Bleus ont su mettre de l’ordre dans le désordre. Pour moi, ce match va compter dans leur histoire. Une équipe est née face au pays de Galles.

I. H. : J’ai aimé cette volonté collective de ne pas accepter la défaite. C’est une victoire à mettre au crédit des joueurs. Ils ont pris leur destin en main. Quand tu es capable de remonter tout le terrain, de balayer la pelouse de gauche à droite sans faire tomber le ballon, c’est la preuve d’une véritable cohésion sportive. Ils nous ont fait vibrer.

Les voilà devant le même défi que votre génération en 2007 : ils doivent battre l’Ecosse avec le bonus offensif avec un écart de plus de 20 points pour remporter le Tournoi des 6 Nations. Quels souvenirs gardez-vous de l’avant-match et du scénario de la rencontre ?

C. H. Pour dire vrai, pas grand-chose sur la physionomie mais plus sur notre état d’esprit. Quand tu as tant de points à remonter, il te faut construire ton match. Mais, à un moment donné, il faut aussi ce grain de folie qui permet de renverser des montagnes. Ce n’est pas français de jouer avec la calculette pendant 80 minutes.

I. H. : Je me souviens que notre mission était encore plus impossible. Il fallait gagner avec 24 points d’écart. Nous nous étions préparés pour l’emporter. Le staff n’avait pas insisté sur le fait que nous devions marquer le point de bonus offensif. Nous n’avions rien à perdre et, à la mi-temps, on n’y croyait pas trop. On avait encaissé un essai d’entrée. Du coup, on s’était ensuite focalisé sur le gain de la rencontre et le fait de ne plus encaisser de points. Et puis, quand les Ecossais ont commencé à lâcher au score, nous avons joué notre va-tout. On s’est mis à y croire. À tenir et à remonter les ballons. Au final, nous avons eu un peu de chance, en parvenant à marquer quasiment sur toutes nos occasions.

Comment aborder ce match ?

C. H. : Tactiquement et stratégiquement, le staff doit bien préparer la rencontre. Après, il faut respecter son ADN : nous avons les joueurs pour tenter des coups, ne pas être complètement dans un jeu de dépossession. Nous savons porter le ballon. Surtout, malgré leur jeune âge, les Dupont, Ntamack ou Ollivon ont assez de recul et de vécu pour bien aborder ce choc. Il faudra réaliser un exploit. Attention : l’Ecosse est une équipe très joueuse et qui ne manque pas de talents. Nous devons nous appuyer sur les phases statiques pour lancer le jeu. Je crois en eux.

I. H. : Les Écossais m’ont impressionné sur ce Tournoi. Ils produisent beaucoup et ils sont plaisants à voir jouer. Je crois que les Bleus doivent avoir l’objectif de tenir le ballon et de faire la course en tête. C’est primordial dans ce genre de match. Souvent, quand tu arrives à faire le premier écart, ton adversaire lâche. Il faudra aux Bleus d’être très disciplinés afin de ne pas concéder de points sur pénalités. S’ils y parviennent, un succès dans le Tournoi serait un exploit qui ferait un grand bien à notre sport.

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