Gérald Merceron : « Les Rochelais n’ont vraiment pas à rougir »

  • Les Rochelais de Will Skelton s'inclinent en finale de Top 14 contre le Stade toulousain.
    Les Rochelais de Will Skelton s'inclinent en finale de Top 14 contre le Stade toulousain. Icon Sport
Publié le , mis à jour

Rochelais d’adoption après une longue carrière à Clermont, Gérald Merceron livre son regard sur cette seconde déconvenue maritime de rang. L’ancien ouvreur international (32 sélections entre 1999 et 2003) n’a pas grand-chose à reprocher aux Rochelais, tombés sur un Everest.

Le capitaine Romain Sazy estime que La Rochelle a sans doute livré, en finale, son plus mauvais match de la saison. Constat implacable ?

Depuis samedi matin, dans ma boutique, je rencontre des supporters et je n’ai pas forcément le même avis. Étrangement, peut-être. Certes, le Stade rochelais n’a pas joué à son meilleur niveau et a semblé assez fermé par rapport à l’image qu’il a pu donner toute la saison. Mais j’ai plutôt tendance à dire que le Stade toulousain a réalisé un match, à mon sens, quasi parfait. Dans la stratégie, dans le pressing défensif, dans les options de jeu, le replacement, la défense. Un match hyper abouti. En fait, ça a effacé la prestation des Rochelais. Oui, ils ont fait des fautes inhabituelles mais je pense que c’est dû à la pression mise par le Stade.

Ou comment pousser son adversaire à déjouer, donc…

Complètement. J’ai vraiment trouvé Toulouse énorme, devant. La deuxième ligne avec les frères Arnold a été époustouflante. Une première ligne d’enfer, une troisième ligne type Blacks. Ils ont étouffé les Rochelais, tout simplement. La Rochelle n’a pas pu mettre son jeu en place.

Rien à faire contre ce Toulouse-là ?

Sur ce match, ça aurait été compliqué de les battre. Pour qui que ce soit. Réellement, devant ma télé, au bout de 10-15 minutes, je me suis dit : "Ça va être très compliqué…" Je sentais les Toulousains vraiment très forts. Ils m’ont même surpris.

Avez-vous senti les Rochelais "tétanisés" par l’évènement et/ou le protocole d’avant-match ?

Oui et non. Quand je vois maintenant les comportements des équipes en phases finales, on sent beaucoup de sérénité. J’ai regardé les images avant le coup d’envoi, on sentait une équipe rochelaise en pleine possession de ses moyens, assez sereine par rapport à ce qu’elle voulait faire. Je crois vraiment qu’ils ont été pris d’entrée par cette équipe de Toulouse et ils n’ont pas réussi à trouver les clés. Je ne sais pas s’il y avait vraiment une opportunité de les contrer, vendredi soir. Je suis déçu pour les Rochelais parce que perdre deux finales, ça doit vraiment faire mal.

Vous êtes passé par là dans votre carrière, mais pas en l’espace d’un mois. Cela réveille-t-il certaines cicatrices ?

J’ai perdu deux finales de Top 14, en 1999 et 2001 (avec Clermont, N.D.L.R.) face à ces mêmes Toulousains et on sait pourquoi on les a perdues. Ça fait mal à la tête. Quand je revois tous les reportages, je repense à tout ça, ça crée parfois un peu de tristesse. J’apprécie beaucoup Romain Sazy. Vu ses mots à la fin du match, je comprends que ça doit être compliqué. Il y a 100 % de réussite au pied, Kolbe qui claque un drop à 50 mètres. Les Toulousains ont fait des choses qu’on a rarement vues. En 2001, Michalak avait mis trois coups de pieds à 50 mètres, aussi. Toulouse, c’est ça, en fait.

Le buteur rochelais Ihaia West a, lui, encore vécu une finale compliquée. Avec notamment deux pénalités manquées face aux perches, un mois après avoir touché trois poteaux…

Je suis bien placé pour en parler. Cette pression qu’a ressentie West, sur ce match-là, notamment en ratant son premier coup de pied, je l’ai vécue. C’est vrai que c’est difficile. Au fur et à mesure du match, dans la tête de West… Le coup de pied suivant était important, car il voyait que son équipe était en difficulté. Ce n’est pas comme quand l’équipe est dominatrice, où tu tapes plus libéré. Ça a une importance. Je peux me tromper mais, même s’il avait passé tous ses coups de pied, je me demande si La Rochelle aurait pu gagner ce match. Je disais à ma femme le lendemain que j’avais rarement vu une finale avec une équipe qui maîtrise autant son jeu. Vraiment.

"Tu ne peux pas gagner une finale si tes leaders ne sont pas performants", constatait Ronan O’Gara à chaud…

Comme je le disais, j’ai un autre ressenti. Les Rochelais n’ont vraiment pas à rougir. Mais je ne vis pas tout ça de l’intérieur. Ronan O’Gara est beaucoup plus expérimenté que moi, c’est un grand coach. Effectivement, quand on voit ce que Skelton est capable de faire… Sur cette finale, on ne l’a pas vu. Gourdon, qui est fantastique, on ne l’a pas vu non plus. C’est vrai que, quand je repense à ce match, je me dis : "Put***, personne n’a été en vue, en fait." Dans ces moments, si les leaders ne prennent pas les choses en main pour essayer de trouver des failles, tout devient compliqué. Mais je crois que tout le monde a été pris par l’intensité des Toulousains en début de match. Sur les phases de ruck, les Rochelais - qui, sur leurs points forts, étaient capables de gratter, d’embrouiller, de retarder - n’ont pas réussi à arrêter les enchaînements des Toulousains qui ont joué juste. Malgré tout, ils ont les boules, hein. Je le conçois. Quand on perd en finale…

Et vous, aviez-vous les "boules" devant votre télévision ?

Oui, oui ! Je suis pour le beau jeu, j’aurais préféré que le Stade rochelais l’emporte. En même temps, il savoir faut reconnaître les choses telles qu’elles sont. Sur la finale de Coupe d’Europe, les Rochelais se font quasiment voler le match. Je suis désolé pour les Toulousains de dire ça mais, pour moi, les Rochelais devaient l’emporter. Autant là, sur la finale de championnat, il n’y a rien à dire. La stratégie des Toulousains a payé. Ils ont inversé les rôles, en fait. Ce que les Toulousains ont su faire avec peu de munitions et un peu de réussite en Coupe d’Europe, les Rochelais n’ont pas réussi à le faire en Top 14.

La saison des Rochelais reste exceptionnelle et historique…

C’est ce que je dis à plein de gens. Ce club n’est en Top 14 que depuis sept ans. C’est un club récent dans le paysage. Combien de joueurs, combien de clubs ont réussi à faire deux finales en si peu de temps ? C’est extraordinaire. Alors, bien sûr, quand on est en finale, on veut gagner. Le Stade rochelais est resté longtemps en Pro D2 mais le Top 14 est bien ancré, désormais, dans la culture de ce club. Je vois mal comment les choses pourraient changer, même si ces défaites peuvent perturber un collectif. Maintenant, ils vont se reposer. Je pense qu’ils l’ont bien mérité. Et ils repartiront avec de grosses ambitions pour la saison prochaine.

Comprenez-vous l’annulation de la parade en bus, sur le Vieux-Port ?

Je trouve ça dommage. Même si c’est dur, ça fait partie du "métier-passion". Il y a un public qui les suit, un public qui n’a pas pu aller au stade pendant un an à cause du Covid. Il y a une telle ferveur derrière le Stade rochelais que cela aurait fait du bien à tout le monde. Même si des gens sont déçus et peuvent en vouloir par rapport au match, ils seraient venus. Il y aurait eu foule. Des joueurs doivent être déçus. Ça fait toujours du bien de se sentir au milieu de la foule. Quel plaisir pour un joueur ! Mon plus grand regret - j’en suis encore frustré aujourd’hui - est de ne pas avoir vécu un retour à Clermont-Ferrand pour communier, même après une finale perdue. On partait en tournée et tous les potes nous demandaient comment était la place de Jaude avec 20 000 personnes pour nous accueillir. C’est ce qui se serait passé à La Rochelle. Après, ce sont des choix.

Ronan O’Gara, promu patron du staff à la reprise, vous semble-t-il l’homme de la situation pour faire sauter ce dernier plafond de verre, dans la course vers un titre majeur ?

Complètement. C’est un vrai professionnel. Le mec, quand on l’entend parler, c’est posé, intelligent. Il a eu une carrière énorme. Il amène une culture, ce petit manque d’expérience, cette rigueur supplémentaire. Ça a vraiment l’air d’être quelqu’un de top. Je le connais peu, uniquement parce que je l’ai affronté. J’ai eu la chance de jouer contre lui, j’ai d’ailleurs gardé à la maison un de ses maillots qu’on avait échangé. J’aimerais bien le rencontrer parce qu’il ne doit pas se rappeler de moi. J’avais peut-être un peu plus de cheveux, à l’époque (rires).

La bonne nouvelle de la semaine écoulée, c’est la prolongation de trois recrues devenues cadres. Rhule, jusqu’en 2023, Leyds (2024) et Skelton (2025)…

Ces joueurs ont énormément apporté à l’équipe. C’est vrai que, vendredi dernier, on les attendait à un autre niveau pour franchir ce cap. Cédric Heymans disait à juste titre, sur Canal +, qu’avant, les joueurs venaient à La Rochelle parce que c’était une équipe sympa, parce que c’est au bord de l’océan, parce qu’il y fait bon vivre. Aujourd’hui, les joueurs veulent venir parce qu’en plus de ça, il y a des titres à gagner. L’équipe va perdurer. C’est pour ça, aussi, que les joueurs se réengagent. C’est super.

Que pensez-vous de retour de Jono Gibbes à l’ASM, où vous avez joué dix ans (1995-2005). Bonne alchimie ?

C’est dommage qu’il ne reste pas au Stade rochelais. Mais c’est une bonne opportunité pour lui, du fait qu’Azéma quitte le club. Clermont est en train de prendre un virage important par rapport à l’ancienneté de l’effectif, même si des joueurs emblématiques sont toujours là, à l’image de Morgan Parra, énorme cette saison. Après, c’est un club qu’il a connu. Clermont, c’est un grand club. Il voit où est son intérêt. Il faut tourner la page avec lui et, le principal, c’est qu’un garçon comme Ronan O’Gara reste à La Rochelle. Tout le monde a une grande confiance en lui, c’est quelqu’un de très respectable. Un bon gars.

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Romain ASSELIN
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