Olivier Cloarec (Vannes) : « Est-ce une crise de croissance ? Je le crois »

  • Olivier Cloarec, président du RCV.
    Olivier Cloarec, président du RCV. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Pour Olivier Cloarec, le président du RC Vannes, la situation de son équipe est préoccupante, mais se veut raisonnablement optimiste. Un diagnostic a été posé à l’issue de ce premier bloc de match. Des changements vont intervenir mais il confirme avoir pleinement confiance en son manager Jean-Noël Spitzer et son staff technique. Entretien.

La situation du RCV vous inquiète-t-elle ?

L’inquiétude est évidemment présente. Nous n’avions évidemment pas anticipé un tel début de saison, même si nous savions qu’il serait difficile de repartir sur la même dynamique que la saison dernière. Mais je suis aussi confiant car la dynamique du club est extrêmement bonne. Depuis longtemps, c’est le secteur sportif qui tire le club vers le haut. Aujourd’hui, nous devons tirer profit de cette dynamique de club pour redonner l’énergie et l’enthousiasme au secteur sportif.

 

Seulement, le club est lanterne rouge avec cinq défaites en cinq matchs…

On pensait tout de même gagner un ou deux matchs sur ce premier bloc. En cinq ans en Pro D2, cinq matchs, cinq défaites, ça ne nous est jamais arrivé. Il y a surtout cette déroute collective à Mont-de-Marsan (46-5) qui nous a interpellé. Perdre un match, ce n’est pas grave. Mais pas avec ces comportements, ce n’est pas possible. C’est que le mal est plus profond que ce que l’on voulait bien imaginer. En suivant, j’ai passé une après-midi avec Jean-Noël (Spitzer), une après-midi avec Gerard (Fraser) et j’ai vu en entretien individuel six, sept joueurs qui sont nos cadres. J’ai été en partie rassuré, je m’attendais à une réaction forte sur le match suivant contre Oyonnax. Malheureusement, elle n’est pas venue. Nous avons donc fait un diagnostic.

 

Quel est-il ?

Il n’y a pas UN problème grave au sein du club. Ce serait facile à identifier et à solutionner. Seulement, quand on creuse, on se rend compte que des choses ont été ratées. Et c’est l’addition de ces différentes choses qui nous place dans cette situation. A l’image de nombreux clubs qui ont pu vivre des situations comme la nôtre en fin de saison dernière, nous subissons le contre-coup. Cette demi-finale n’a toujours pas été digérée. Tant chez les joueurs que dans le staff et les dirigeants. A l’issue de cette demi-finale perdue, tout le monde est parti de son côté, or nous aurions dû en parler ensemble. J’aurai peut-être dû avoir un discours fort pour faire passer un autre message.

 

Ne regrettez-vous pas d’avoir fait le choix d’une pré-saison plus courte que d’habitude ?

Dans le diagnostic que nous avons posé, c’est un des éléments forts. Six semaines de préparation avant de reprendre le championnat, c’est un peu court. Tout a été orienté sur le rugby et la préparation physique en oubliant un peu les activités de cohésion. Ces stages ont sans doute fait notre force dans le passé. Moi le premier, j’ai pensé que cette dynamique collective de la saison dernière allait suffire et qu’on allait la retrouver rapidement. Un exemple ? Nous avons complètement foiré notre journée d’intégration avec la dizaine de nouveaux joueurs arrivée au club. Voilà ce qui nous manque tant et qui faisait notre force la saison dernière.

 

Le choix d’attendre la fin de saison pour recruter était-il une erreur ?

On le paie très clairement aujourd’hui. C’est un élément fort du diagnostic. Dès le mois de février, nous avons décidé d’attendre de savoir si nous serions en Top 14 ou en Pro D2. Or, des éléments importants nous ont quitté. Des garçons comme Pierre Popelin, Rémi Picquette et quelques autres. Des vrais leaders de vestiaire. Le staff avait mesuré cette problématique, pas moi. Nous n’avons pas su les conserver, ni les remplacer. Je pensais le groupe suffisamment fort pour faire face à ces pertes. Or, ce n’est pas le cas et ça pèse sur notre début de saison. Nous avons fait notre recrutement après notre demi-finale perdue, malheureusement le marché n’était plus le même. Il a fallu aller chercher sept ou huit joueurs en trois ou quatre semaines. Nous avons fait de vrais choix que nous assumons mais pour certains ce sont de jeunes joueurs en devenir, qui ont peu connu la Pro D2. Avec le recul, je pense que nous aurions dû axer notre recrutement sur des joueurs de Pro D2 sans attendre de connaître de quoi serait fait notre avenir.

 

Avez-vous finalement le sentiment que Vannes a « surperformé » la saison dernière ?

Disons que nous avions un alignement des planètes extrêmement positif. A domicile, comme à l’extérieur, le rendement était le même malgré beaucoup de rotations. Nous avons surfé là-dessus, peut-être en nous voilant la face. Le niveau de l’équipe n’était peut-être pas aussi élevé que nous le pensions ou que les médias voulaient bien le dire. Seulement, nous ne sommes pas devenus des brêles du jour au lendemain. Le diagnostic a été fait. Je crois d’ailleurs que je n’ai pas eu le bon discours en ce début de saison avec des objectifs qui auraient dû être clairement annoncés. Encore une fois, j’ai pensé que la dynamique serait suffisante. Mais nous nous sommes trompés.

 

Allez-vous renforcer le groupe rapidement ?

Nous travaillons sur différents dossiers et différentes solutions. Nous avons besoin de deux ou trois joueurs sur des postes sur lesquels nous sommes en difficulté en ce début de saison. Ces apports, nous les avons toujours fait en cours de saison, cette année nous allons le faire plus tôt que les saisons passées. Ces apports devront nous amener de l’énergie et de l’enthousiasme. Malheureusement, ce n’est pas la meilleure période pour recruter. Mais de plus en plus, beaucoup de jeunes joueurs émergent de notre formation et trouvent du temps de jeu avec les pros. Ça valide tout le travail de formation fait au club depuis des années et les moyens qu’on y met pour devenir un vrai club formateur.

 

Cinq défaites en cinq matchs, le staff technique est-il menacé ?

J’ai pleinement confiance en Jean-Noël (Spitzer) et son staff. Virer nos entraîneurs n’aurait aucun sens. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je crois plutôt qu’on vit une situation normale. Est-ce une crise de croissance ? Je le crois. C’est seulement notre sixième saison en Pro D2. Jusque-là, nous avions été épargnés. Or, tous ceux qui sont en haut de l’affiche aujourd’hui ont eu des difficultés hier. Que ce soit dans le monde du sport comme dans celui de l’entreprise. Notre projet Ambition 2023, cela fait quatre ans qu’on le propose. On sait que sur ce chemin, il y a des embûches. Cela fait partie de la vie d’un jeune club comme le nôtre. Nous devons y faire face, les passer sans trop de dégâts. Cela fait partie de la vie d’un club. A nous de puiser des forces dans cette épreuve pour construire demain, pour recréer de la cohésion, retrouver une dynamique positive. Et cette épreuve, nous voulons la traverser tous ensemble. Avant d’attaquer le deuxième bloc de matchs, je vais le dire au staff, aux joueurs et tous ceux qui veulent continuer à avancer : il n’y a pas de coupable aujourd’hui au RCV.

 

Quel objectif allez-vous fixer désormais aux joueurs ?

D’abord, j’aimerais qu’on retrouve un peu d’humilité. On s’est peut-être vu un peu trop beaux. Les médias nous ont beaucoup encensé. Probablement à juste titre. Mais peut-être que certains ont perdu cette notion d’humilité qui est très importante dans notre sport. Et je me mets dans le lot. Je crois que malheureusement, cela fait partie du jeu, mais c’est bien d’en avoir conscience et de faire le nécessaire pour revenir à la base. Je ne suis pas un professionnel du rugby, je ne le pratique pas depuis cinquante ans, mais on m’a toujours expliqué que ce sport, c’est d’abord du combat. Et ce combat, on veut le retrouver à La Rabine. Ensuite, soyons honnête, le seul objectif autour duquel on doit se remobiliser, c’est le maintien. Arrêtons de se voir trop beau. Après cinq défaites en cinq matchs, on ne peut pas espérer autre chose que cet objectif. Je veux que les joueurs, le staff et les dirigeants se remobilisent autour de cette ambition. Se battre pour se qualifier en phase finale ou se battre pour le maintien, ce n’est pas du tout la même démarche, ni la même psychologie. Mais je sais que nous allons rebondir.  

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Les commentaires (1)
Galleux Il y a 3 mois Le 30/09/2021 à 18:25

Allez le RCV !