XV de France - Jalibert et Ntamack, « une erreur de vouloir les hiérarchiser » pour Piqueronies

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Sébastien Piqueronies (Manager de la Section paloise) avait décidé de replacer Romain Ntamack au centre lors du premier titre de champion du monde français U20 en 2018.

Peut-on envisager de voir Jalibert et Ntamack alignés ensemble chez les Bleus ?

Ce n’est pas totalement fou. L’idée de mettre ses meilleurs joueurs sur le terrain traverse n’importe quel entraîneur. On sait aussi que les matchs de rugby ne se gagnent pas à 15, ni même à 23 mais plutôt à 32 ou 33 joueurs car il est important d’avoir un groupe élargi. Donc aujourd’hui, le rugby français doit surtout être très fier d’avoir deux joueurs de ce calibre-là. Ce n’est pas un choix cornélien de pouvoir s’appuyer sur de tels joueurs pour préparer la Coupe du monde 2023.

La concurrence est néanmoins plus facile à gérer en club qu’en sélection, où les matchs sont moins nombreux…

Je pense surtout que ces deux joueurs appartiennent au projet bleu, celui de Fabien et Raphaël en vue de l’échéance de 2023 et certainement après. Ce serait une erreur de vouloir les hiérarchiser, de vouloir en mettre un devant l’autre. Au contraire, c’est la force du rugby français d’avoir deux garçons de ce calibre-là, deux garçons très forts à ce poste d’ouvreur mais aussi capables de jouer à d’autres postes, de pouvoir se suppléer ou soit d’être complémentaires dans une composition d’équipe.

Ntamack pouvant jouer douze et Jalibert quinze, ça ouvre aussi d’autres perspectives puisque l’on peut penser à des ouvreurs comme Carbonel et Hastoy ?

Ça peut ouvrir le champ des possibles mais il ne faut pas oublier qu’il faut une saine émulation et une saine concurrence pour que chacun puisse tirer la quintessence de son potentiel. Aujourd’hui, avoir quatre joueurs de ce calibre-là et, je crois qu’il ne faut pas oublier le petit Berdeu ou Belleau, mais aussi à Thomas Ramos qui est un brillant ouvreur quand il a l’opportunité de jouer au poste, est une chance. Cette saine émulation va pousser tout le monde vers le haut et avoir un environnement de concurrence à cette hauteur me paraît fondamental à deux ans du mondial.

Une charnière se dessine avec Ntamack au poste de dix. Comment éviter la frustration chez Matthieu Jalibert ?

Je ne pense pas qu’il soit frustré. Le XV de France joue peu de matchs et il a besoin de stabilité et de continuité. Mais je constate que Matthieu a toujours été présent dans le groupe du XV de France donc il s’inscrit dans cette continuité. Pour être champion du monde, il faut gagner beaucoup de matchs d’affilée, donc la stabilité du groupe et la profondeur du squad, et j’entends aussi par là la profondeur de confiance dans le squad sera capitale. Au mois d’octobre 2023, au moment d’aborder la phase finale de la Coupe du monde, il faudra avoir une confiance absolue dans un noyau élargi de haute compétence. On aura besoin d’une trentaine de joueurs de niveau très intéressant. Je répète donc que c’est un privilège d’avoir autant de joueurs à ce poste-là avec cette qualité-là. C’est très bien que Matthieu ait envie de commencer un maximum de matchs. C’est très élévateur pour le niveau général de l’équipe. Maintenant, Matthieu, comme tout joueur de rugby, est aussi très fier d’appartenir à ce projet France. Il a aussi une énorme satisfaction à construire de près ou de moins près le projet de l’équipe de France, que ce soit en commençant les matchs, les terminant ou les préparant. Je crois que c’est la force du collectif, de ce groupe et de cette jeunesse française au service du projet qui peut porter cette équipe sur le toit du monde.

En 2018, vous aviez aligné Carbonel et Ntamack ensemble en décalant Romain Ntamack au centre. Comment aviez-vous pris cette décision ?

Matthieu Jalibert était éligible car il est aussi de la génération 98 mais il était blessé après son premier match avec les grands lors du tournoi des 6 Nations. Nous avions convenu avec Jacques Brunel de ne pas le sélectionner pour la Coupe du monde des moins de 20 ans parce qu’il revenait de blessure et il était préférable de bien le laisser récupérer pour les futures échéances avec les grands. On aurait très bien pu avoir les trois et ça n’aurait pas été une contrainte ni un handicap mais un luxe. Ils avaient été en concurrence sur le poste de dix tout au long de la saison que ce soit pendant le tournoi puis au début de la Coupe du monde. Et quand sont arrivés les matchs capitaux, on a décidé pour encore progresser dans notre projet de les associer tous les deux. Et quand la question s’est posée, Romain me paraissait avoir plus d’aptitudes à couvrir un autre poste que Louis. Ce n’était vraiment pas le fruit d’une carence de Romain au poste d’ouvreur, au contraire. L’énorme polyvalence de Romain est un luxe, car il peut être aussi performant et brillant à un autre poste que celui de dix.

Comment l’aviez-vous expliqué à Romain Ntamack ?

C’est bien entendu la première personne à qui j’en ai parlé. Ça a été très facile, très fluide parce que Romain pense avant tout au projet d’équipe. Il était tellement focus sur le devoir et le désir d’être champion du monde que l’équipe passait avant tout. Pour être très honnête, j’ai eu cette discussion avec lui avant même d’en parler avec le staff et c’est une discussion qui a été d’une limpidité et d’une grande simplicité en raison de l’état d’esprit de Romain. C’est un technicien hors pair, avec des qualités de main et de pied, et surtout des qualités décisionnaires. Romain est quelqu’un qui décide, qui aime décider et qui assume le leadership. Le décaler en douze est donc une forte aide pour l’ouvreur dans les stratégies décisionnaires, dans la capacité à appliquer un plan. Romain, sans trahir aucun secret, est quelqu’un avec un grand sang froid, une lucidité et une confiance en lui de très haut niveau, ce qui en fait un joueur, pour moi, très stable émotionnellement et capable d’enchaîner les performances de très haut niveau.

Peut-on prendre ce genre de décision au dernier moment ?

L’extrême exigence et richesse du poste d’ouvreur fait que ce sont des joueurs qui évoluent toujours sous forte pression avec une prise de décision constante, et je pense que c’est assez facile de décaler ces joueurs-là à d’autres positions. Ce n’est pas le cas pour tous les postes. Mais, quand on est un brillant dix, avec des garçons dotés de qualités techniques comme eux, capables de décider sous forte pression, les changer de poste n’est, à mon avis, pas une source d’inquiétudes.

La règle 50-22 peut-elle favoriser

cette association ?

Beaucoup de staffs techniques se posent aujourd’hui la question d’avoir deux joueurs de pied, et peut-être que bientôt on aimera en avoir trois sur le terrain. Donc, il est vrai que la réflexion 10-15, ou 10-12-15, avec des joueurs capables de décider sous pression et de mettre du jeu au pied rapidement et long, est en train d’évoluer. Je vois, à travers les compositions d’équipes, en Pro D2 et Top 14, que les joueurs de pied sont de plus en plus nombreux. Le sentiment d’attaquer au pied, en tout cas de gagner du terrain au pied, devient une arme fondamentale.

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Nicolas AUGOT
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