XV de France : la victoire dans la peau pour les Bleus

  • En choisissant de composer leur XV de départ avec une forte connotation toulousaine, dont Antoine Dupont est le capitaine, le staff français fait le choix de la culture de la gagne.
    En choisissant de composer leur XV de départ avec une forte connotation toulousaine, dont Antoine Dupont est le capitaine, le staff français fait le choix de la culture de la gagne. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Vingt mois après leur dernière représentation publique au Stade de France, les Bleus entendent lancer brillamment leur tournée face aux Pumas samedi, au Stade de France. Avec un XV de départ à forte connotation toulousaine pour affirmer et affermir sa culture de la gagne.

Si l'attente accroît bel et bien le désir, le Stade de France va rugir d'une clameur exceptionnelle samedi soir. Après 636 jours de frustration, les supporters tricolores vont renouer le contact physique avec leurs champions. Sous l'ère Galthié, ils ont pu les voir à l'œuvre à deux reprises seulement, de leurs propres yeux, à Saint-Denis. Face à l'Angleterre puis l'Italie, à l'hiver 2020, ils s'étaient enthousiasmés devant les prouesses et la fraîcheur de cette génération, aussi insouciante que talentueuse.

Depuis, le XV de France a continué de vendre du rêve par le prisme des écrans : Romain Ntamack a éteint le brasier du Principality Stadium, Twickenham a tremblé comme rarement sous les assauts de sa jeunesse, une action au long cours a scellé un retournement de situation mémorable face aux Gallois et les stagiaires de l'été ont décroché la première victoire en terre australe depuis 1990 cet été. Mais la promesse, tellement belle, n'a pas encore été pleinement tenue. En deux ans, la bande à Galthié a collectionné les médailles d'argent et autres accessits : deux deuxièmes places dans le Tournoi, une finale perdue en prolongations en Coupe d'automne des nations et une tournée australienne échappée in extremis. Autant de sources de dépit que de motifs d'espoirs. Entre la sensation et les chiffres, ce paradoxe interpelle : les Bleus sont classés au sixième rang mondial quand, la majorité des observateurs, à l'image de Jeronimo de La Fuente, considère « la France comme la meilleure équipe au monde avec La Nouvelle-Zélande ». Le retour à la vie réelle, avec le public dans les stades, décuple l'excitation autour de la sélection. Et les attentes de tous bords.

S'il n'y aura aucun trophée à soulever à la fin du mois, cette tournée d'automne, placée à mi-mandat, est censée marquer une étape notable dans la progression du groupe : les beaux joueurs doivent devenir de vrais gagneurs. Séduire, c'est bien. Conquérir, c'est encore mieux. Le syndrome du Poulidor - celui que tout le monde aime dans le feu de l'action puis plaint à l'arrivée - n'est pas une fatalité. Afin de provoquer le déclic tant attendu - et de réaliser le grand chelem sur la trilogie automnale, Fabien Galthié a forcé sa nature en redessinant son XV de départ au-delà de tout ce que l'on pouvait imaginer, il y a encore quelques mois. Brice Dulin et Grégory Alldritt se trouvent être les victimes collatérales de l'opération sans jamais avoir déçu. On peut estimer leur déclassement rude. Mais après tout, on peut changer une équipe qui ne gagne pas...

Dupont, quel plus ambassadeur de la gagne ?

La fin justifie les moyens. Les fins de match, aussi, responsables de cinq des six défaites de l'ère actuelle, ont nécessité des décisions fortes. Cette quête de performance a amené, dans les grandes lignes, à suivre la politique du club en forme : samedi, sept des quinze joueurs présents au coup d'envoi portent d'ordinaire les couleurs du Stade toulousain. Avoir une moitié d'équipe doublement sacrée en France et reine d'Europe peut effectivement aider dans la recherche de succès - un contingent de champions en titre auquel on peut ajouter Melvyn Jaminet, sacré en Pro D2 avec l'Usap. Il manque au XV de France tout ce que Toulouse possède : la maîtrise des instants clés et l'impression que rien ne peut lui arriver, même dans la tempête et sous une extrême pression. Le Stade a su mûrir pour devenir efficace et intraitable, quitte à perdre parfois en flamboyance. Les résultats parlent : son armoire à trophées se remplit de nouveau depuis 2018. Pour l'anecdote, en janvier de cette année-là, Antoine Dupont s'était retrouvé être le seul Toulousain dans le premier groupe de Jacques Brunel... Quatre mois après avoir terrassé avec pragmatisme les Maritimes de Grégory Alldritt et Brice Dulin - tiens, tiens... - et conquis un nouveau Brennus, les Flament, Cros et autres Baille vont revenir au Stade de France avec le goût de la victoire en bouche. La colonie rouge et noir cherchera à transmettre son virus de la gagne à un groupe habité par la conviction qu'impossible n'est plus français.

Dans cette optique, voir Antoine Dupont pénétrer en premier sur la pelouse tient de l'évidence. Le ministre de l'intérieur va devenir le premier rugbyman de France samedi. « On va découvrir le leader d'hommes et le leader d'équipe », se projetait récemment Fabien Galthié. Personne ne doute de sa capacité à assumer la responsabilité. Sans vouloir jeter l'opprobre sur le malheureux Charles Ollivon, qui mieux que le demi de mêlée peut incarner le visage d'un XV de France conquérant ? Avoir le meilleur joueur du monde comme capitaine et porte-étendard n'est-il pas le premier indicateur d'une bascule à laquelle des millions de supporters veulent croire ? Et comment ne pas voir à travers l'association Jalibert-Ntamack, longtemps fantasmée et sur le point de devenir réalité, un autre formidable motif d'espoir ?

Les Pumas ne baisseront pas les yeux

Plus que jamais, ces Bleus teintés de rouge et de noir invitent au rêve et inspirent confiance. Il faut sûrement remonter des décennies en arrière pour trouver trace d'une composition aussi excitante, entre cadres affirmés et talents émergents. Ce premier test-match d'automne face aux Pumas est censé conforter les Tricolores dans leurs convictions et des millions de supporters dans leur optimisme. Mais gare à l'excès de confiance, péché mignon made in France. Car avant de se mesurer aux All Blacks pour une finale de Coupe du monde avant l'heure, Antoine Dupont et ses partenaires se voient proposer une opposition qu'il serait injuste et surtout risqué de sous-estimer. Certes, les Argentins arrivent perclus des crampes d'un Four-Nations éreintant, cuisant même - six revers pour -135 de différence de points - et ont dû composer avec une préparation minimaliste - la plupart jouaient le week-end passé quand nos Bleus se reposaient à Marcoussis - mais leur résilience et leur connaissance du rugby hexagonal les rendent particulièrement dangereux. Marcos Kremer, Tomas Lavanini, Guido Petti, Facundo Isa ou encore Bautista Delguy, nouveaux ambassadeurs en Top 14, ne baisseront pas les yeux au moment de pénétrer dans l'enceinte dionysienne. Eux aussi auront beaucoup à prouver dans cette enceinte, là même où ils se sont imposés à deux reprises en trois occasions.

De toute manière, peu importe l'adversaire, les Bleus possèdent assez de qualités pour maîtriser leur destin : « Il faut qu'ils s'habituent à s'imaginer qu'ils jouent contre les meilleurs du monde tout le temps », appelle Laurent Labit pour placer le curseur d'exigence au maximum. On attend toujours plus des gens talentueux. Sur les coups de 21 heures, le Stade de France frémira de toutes parts en guettant le coup d'envoi de Jalibert, la première inspiration de Dupont, une relance de Jaminet ou encore une charge de Jelonch. Samedi soir, Saint-Denis va rugir, d'excitation et surtout de plaisir. 636 jours qu'il attend ça. De vibrer. De partager des frissons et un succès. C'était trop long. Ça promet d'être très bon.

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