Laporte : «Dupont était la bonne personne comme capitaine»

  • "Dupont était la bonne personne comme capitaine"
    "Dupont était la bonne personne comme capitaine"
Publié le , mis à jour

Président de la FFR Depuis londres où il assiste à l’assemblée générale de World Rugby, le patron fédéral fait un bilan sportif de l’année 2021, se réjouit des bons résultats des équipes de France et se veut ambitieux pour 2022 et 2023.

Quel bilan général tirez-vous de cette séquence internationale, qui a vu aussi bien les garçons que les filles réussir un inédit trois victoires en trois matchs ?

Je suis très heureux du déroulement des tournées, féminine comme masculine. Depuis samedi soir, on parle beaucoup de l’exploit réalisé par les garçons, mais n’oublions pas le sans faute incroyable réalisé par les filles, surtout en battant par deux fois les Blacks Ferns, qui restent les championnes du monde en titre. Le président de fédération que je suis ne peut que se réjouir et féliciter nos sélections.

Le rugby féminin est depuis quelques années le vrai moteur de la fédération, que ce soit au niveau du nombre croissant de licenciés, que des résultats aussi bien à quinze qu’à sept.

Cette équipe gagne et plaît au public. Cela suscite des vocations chez les jeunes filles depuis plusieurs années. Je le dis depuis toujours, en rugby, la locomotive c’est l’équipe nationale. C’est donc une évidence que le développement de notre sport passe par de bons résultats pour nos Bleus en général. Les filles sont en train de réussir quelque chose. Sur leur dernier match, elles font près de 2 millions de téléspectateurs, c’est fabuleux. Que ce soit à VII ou à XV, elles tirent véritablement notre fédération vers le haut et je tiens à les féliciter chaleureusement. Leur rugby a évolué, progressé. Elles pratiquent un beau rugby. Leur jeu au pied est de haut niveau, à l’image de nos spécialistes de ce secteur, Caroline Drouin ou Pauline Bourdon. Elles dégagent de l’enthousiasme, transmettent des émotions.

Comment capitaliser sur ces succès alors que le championnat des clubs semble souffrir, notamment du manque d’équipes capables de jouer les premiers rôles et viser un titre ?

Il faut que notre haut niveau soit le plus performant, et peut-être qu’un resserrement de l’élite serait intéressant sur ce plan-là. Il ne faut pas qu’il y ait des scores fleuves de 80 points à tous les matchs. C’est clair. Mais dessous, il faut continuer à bâtir, à créer des clubs, des sections féminines, des compétitions afin de pouvoir accueillir, au plus près de chez elles, les jeunes filles qui veulent découvrir notre sport. On a besoin d’élite mais la complexité du rugby féminin, c’est qu’elles ne sont aujourd’hui que 30 000 licenciées. Il faut le développer. On le voit au baby-rugby, qui se développe énormément, où il y a beaucoup de filles qui sont accueillies. On a bien fait de lancer cette catégorie car c’est un vrai succès même si, pour qu’on soit bien d’accord, il ne s’agit pas de rugby proprement dit. Plutôt de l’initiation, ou du jeu avec un ballon ovale. Mais c’est un premier pas, aussi bien chez les garçons que chez les filles. C’est un beau produit d’appel. Ensuite, à nous de les conserver dans les petites catégories. C’est en ce sens que la politique de formation mise en place depuis 24 mois, avec les cadres techniques des clubs, nous aide à améliorer l’accueil.

Marie-Aurelie CASTEL célébre avec ses coéquipières
Marie-Aurelie CASTEL célébre avec ses coéquipières Icon Sport - Icon Sport

Le rugby féminin aura une année 2022 riche, avec le Tournoi et le duel annoncé face aux Anglaises, puis la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande.

N’oubliez pas, aussi, le Mondial à 7 qui devrait avoir lieu en Afrique du Sud ! C’est une grosse année qui les attend.

Quels sont les objectifs que vous leur fixez ?

Elles n’ont pas besoin que je clame haut et fort des objectifs. Une équipe de France qui dispute le Tournoi des 6 Nations, c’est avec l’ambition de le gagner. Quelle que soit la catégorie. Chez les filles, il semble que l’Angleterre sera une terrible opposition. Elles aussi, elles ont battu deux fois les Néo-Zélandaises cet automne.

Passons au XV de France : qu’avez-vous apprécié durant ce mois de novembre ?

Plein de choses! l’ambiance au Stade de France, la victoire face aux Blacks. Mais j’ai aussi envie de retenir la deuxième mi-temps contre l’Argentine, qui a été de grande qualité. Si l’arbitre et la vidéo accordent l’essai à Antoine Dupont, qui aurait permis à l’équipe de France de se détacher au tableau d’affichage, la fin de match aurait pu être terrible pour les Pumas. Face à la Géorgie, j’ai apprécié le fait de marquer des essais en première main et sur ballons portés. Sans être géniaux, avec une équipe remaniée, ils gagnent assez facilement. Ce cheminement avant les Blacks était porteur d’espoir.

Avez-vous été surpris de la ferveur, samedi dernier au Stade de France ?

Serge Simon avait remarqué qu’en Ecosse, je crois, la fanfare lançait le Flower of Scotland puis stoppait rapidement. En discutant, on a décidé qu’à "Aux armes citoyens" on ferait la même chose. À Bordeaux, le public avait déjà bien réagi, et là, au Stade de France, il y a eu une communion au moment des hymnes entre les tribunes et les joueurs. J’avoue, j’ai été surpris moi aussi par l’ambiance. D’ailleurs, je peux vous dire que cela a marqué la planète rugby car cette semaine, à World Rugby, mes homologues ne me parlaient presque que de cela. Je ne saurais expliquer cette ferveur, je crois que c’est un tout. C’était les retrouvailles du public avec l’équipe de France. Jusqu’à présent nos supporters étaient derrière leur écran de TV. Or, on le voit bien, cette équipe plaît au public. Ses joueurs dégagent pas mal d’humilité, de sympathie, en plus d’être talentueux. Le public le ressent. Nous avons vécu de vaches maigres pendant trop d’années. Or la locomotive de notre sport, c’est le XV de France. On le voit depuis que Fabien (Galthié) a pris en mains cette équipe et qu’elle gagne : le nombre de licenciés chez les moins de 10 ans, moins de 12 ans est constamment à la hausse. Nous avions besoin d’une équipe de France qui repasse devant, fasse rêver, soit enthousiasmante. Bravo au staff.

L’ancien technicien que vous êtes peut-il nous parler des joueurs ?

Ce qui est bien, c’est qu’à pas mal de postes, il y a non pas un ou deux prétendants, mais trois. Le staff a su rajeunir le groupe, lui donner confiance et l’équipe est transfigurée. Nous avons connu des périodes où en équipe de France, il n’y avait peu ou plus de concurrence. Là, à tous les postes, ils sont plusieurs joueurs talentueux à postuler.

À part peut-être en numéro neuf où il semble qu’avec Antoine Dupont, le rugby français possède une pépite ?

Antoine fait partie des meilleurs joueurs au monde. C’est une évidence. Mais ce n’est pas le seul dans cette équipe. Après, Antoine est un garçon vraiment attachant, qui en plus d’être un très grand joueur de rugby, possède ce petit plus que n’ont pas certains. Il a un côté star, sans vouloir l’être. C’est aussi un immense passionné de ce sport, qui connaît parfaitement son histoire, qui est très humble. Mais dans son attitude, son jeu, il ne laisse pas indifférent. Il tire tout le monde derrière lui. Regardez face aux Blacks, tout le public s’est levé quand il a été remplacé. C’est une chance pour notre sport de posséder un tel mec.

Qu’avez-vous pensé de sa nomination en tant que capitaine ?

C’était la bonne personne. Antoine connaît très bien son sport. Il est né dans une marmite rugby (rires). Il maîtrise bien la culture du rugby. Il ne parle pas beaucoup mais quand il le fait, il est très écouté. Il a été un excellent capitaine.

Antoine DUPONT lors du match face aux Blacks
Antoine DUPONT lors du match face aux Blacks Icon Sport - Icon Sport

Doit-il l’être définitivement, même si Charles Ollivon revient en équipe de France ?

Je me refuse d’avoir un avis là-dessus. C’est une des prérogatives exclusives du staff et notamment du duo Raphaël (Ibanez) et Fabien (Galthié). Je n’ai pas mon mot à dire et je ne le ferai pas. Le choix du capitaine appartient à Fabien et Raphaël.

À l’ouverture, il y a les pro-Ntamack et les pro-Jalibert :

où vous classez-vous ?

Je suis pro des deux ! C’est une chance d’avoir deux ouvreurs de classe internationale. Cela fait très longtemps que l’on n’en avait pas eus. Et je crois que le staff pour le moment gère très bien la concurrence entre eux, en fonction des matchs et des adversaires.

Les résultats des Bleus valident la méthode sportive de Fabien Galthié, notamment le fait de travailler à 42 joueurs et d’avoir un staff pléthorique. Qu’en pensez-vous ?

Je valide des deux mains. Je tiens d’ailleurs à féliciter en premier le staff. J’ai eu la chance d’avoir pu les observer travailler pendant 19 jours l’été dernier en Australie. C’est un métier que j’estime bien connaître et je peux vous dire que c’est très professionnel, dans tous les secteurs. À mon sens, nous n’avons jamais eu un staff de cette qualité. Après, il faut aussi souligner l’effort des clubs qui, d’abord, effectuent un gros travail au niveau de la formation. On n’a jamais eu autant de jeunes joueurs postulant au XV de France. C’est aussi le fruit de la politique des Jiffs. On voit bien qu’imposer que les joueurs français jouent (les Jiffs), combiné à la fermeture du pôle France au CNR, permet aux jeunes de s’entraîner tous les jours avec les meilleurs. Cela porte ses fruits. Aujourd’hui, un jeune de moins de 20 ans joue plus dans les clubs français que dans les clubs anglais. Or ce n’était pas vrai il y a trois ou quatre ans. Tout le monde se glorifie des deux titres de champions du monde des moins de 20 ans, mais je ne sais pas si on l’aurait été ne serait-ce qu’une fois, si jamais les joueurs étaient restés enfermés à Marcoussis ! Quand tu as 18 ou 19 ans, que tu t’entraînes avec les professionnels, avec des stars, tu acquiers plus vite de la maturité. Tu le vois chez les Bleus. Que ce soit Antoine (Dupont), Romain (Ntamack) ou Matthieu (Jalibert), ils sont non seulement très talentueux, mais déjà très matures. De 18 à 21 ans, tu gagnes un temps fou. Auparavant, ils étaient enfermés entre eux au CNR. Ils stagnaient !

La FFR va terminer l’année 2021 avec un déficit de l’ordre de 3 millions d’euros. La fédération va-t-elle retrouver des comptes à l’équilibre dès 2022 ?

Ce que l’on n’avait pas envisagé dans notre budget prévisionnel, c’est que nous n’aurions, pas depuis l’automne 2020, de recettes de billetterie. Que l’ensemble de la saison internationale en Europe se déroulerait à huis clos. Le manque à gagner était très important. La FFR, par l’intermédiaire de son trésorier, Alexandre Martinez, s’est lancée dans une politique d’économies à tous les niveaux. Beaucoup d’efforts ont été réalisés par toutes les équipes de la fédération et je leur tire mon chapeau. Au final, on ne s’en sort pas trop mal. Alors, oui, nous avons un déficit en 2021, mais le plan de relance pour les clubs n’a pas été impacté, la trésorerie de la FFR est solide, on va toucher les premiers dividendes du partenariat du 6 Nations avec CVC. Dans deux ans, nous aurons la Coupe du monde. Bref, il n’y a pas d’inquiétude.

Quelle sera la grande réforme de 2022 ?

La création de la Nationale 2, je pense. Tous les présidents de Fédérale 1 et Nationale, à une ou deux exceptions près, sont ravis de la création de cet échelon intermédiaire entre le milieu pro et amateur. Il fallait le faire. Cela me paraissait évident et nous avons bousculé un peu l’agenda pour créer la Nationale. Nous l’avons fait en discutant avec tous les clubs. Personnellement, j’ai appelé l’ensemble des 60 clubs concernés pour leur proposer cette Nationale à 14 clubs. Ils ont pu donner leur avis, voter. Ce sera également le cas pour la Nationale 2. Je remercie d’ailleurs particulièrement Patrick Buisson, qui est notre vice-président en charge de ce dossier, qui effectue un travail considérable. On ne doit rien imposer. La Nationale est une véritable réussite et la Nationale 2 le sera. L’objectif est que la pyramide des compétitions soit plus cohérente. Que les clubs disputent une compétition avec l’espoir de se qualifier pour les phases finales, qui sont l’ADN de notre sport. Il faut homogénéiser les niveaux.

Un dernier mot, sur votre possible ambition à la présidence de World Rugby, en 2024 ?

Je ne vais pas dire que je n’y réfléchis pas. Après mon second mandat, je veux poursuivre mon engagement dans le rugby. Mais pour l’heure, il y a trop de dossiers en cours avec la FFR et le Mondial 2023 pour que je me tourne vers cette possible ambition. Ce n’est pas le moment.

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