Cameron Woki : « être leader, ça change beaucoup de choses »

  • Cameron WOKI (UBB) face à Toulouse.
    Cameron WOKI (UBB) face à Toulouse. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Le troisième ligne international multiplie les performances XXL aussi bien avec les Bleus qu’avec Bordeaux. Il nous livre ses impressions sur sa jeune carrière qui se déroule en crescendo, au point de devenir un nouvel étendard du club girondin.

On vous promettait un mois de décembre de tous les dangers

et vous voilà premiers du Top 14…

Oui, pour le moment ça va. Le mois de décembre promettait d’être rude, dur. Déjà le déplacement du Racing nous paraissait très difficile mais nous avions bien su l’aborder. Ce match contre Toulouse, il a fallu en plus le préparer avec une semaine de travail courte. Nous n’avons eu qu’un seul entraînement collectif avant cette rencontre, mais il fut très exigeant. Ceci dit, nous avions bien travaillé à la vidéo pour nous concentrer sur le jeu du Stade Toulousain. Et on a fait un grand match collectivement, surtout en défense.

Qu’est ce qui a fait la différence samedi face aux champions sortants ?

Devant, nous avons pris le dessus, c’est mon avis. Dans les rucks, nous avons su être meilleurs qu’eux. Nous avons, par exemple, perdu très peu de ballons dans ce secteur. En conquête et en mêlée, on a vraiment dominé. Chose qu’on n’avait pas su faire l’an passé au cours de nos quatre confrontations.

Êtes-vous concerné par ce travail dans les regroupements ou avez-vous d’autres missions, vu votre profil ?

Non je fais aussi ma part de travail là-dessus. Nous avons vécu un gros focus là-dessus depuis trois semaines, depuis le match de La Rochelle en fait, où nous avions été largement dominés. À Nanterre, ça avait porté ses fruits, hier ça s’est confirmé.

Christophe Urios disait que ce serait très important pour le club de l’emporter. Que ce serait plus qu’un simple résultat.

Oui car, enfin, nous avons battu Toulouse. Et nous sommes leaders grâce à cette victoire. Ce match restera comme une référence. Nous étions clairement très frustrés de ne pas parvenir à les battre, surtout à des moments importants. Le souvenir de ces terribles demi-finales qui nous avaient échappé en championnat et en Coupe d’Europe était encore très fort.

Au-delà du résultat, on a eu l’impression que vous étiez fiers de la façon dont vous avez dominé ces Toulousains, comme si vous vous étiez prouvé quelque chose.

Oui, il faut comprendre que contre eux, nous avions toujours perdu la bataille de l’occupation, même si en demi-finale du Top 14, nous avions un peu rivalisé là-dessus mais lors des trois matchs précédents, ce secteur clé avait tourné en notre défaveur. C’était très important pour nous de briller dans ce domaine, aussi important que pour nous, les avants de gagner nos duels.

Les Toulousains ont un peu minoré cette question de la première place. Pour vous, est-ce important ?

Oui, vous savez quand vous allez à l’entraînement tous les matins, ça change beaucoup de choses quand vous êtes leaders. Il y a une joie, une envie de travailler supplémentaire.

Ce qui nous a frappés dans le match de samedi c’est qu’à 6-7 contre vous en début de deuxième mi-temps après l’essai de François Cros, vous n’avez pas semblé paniquer, ni vous ni aucun Bordelais…

Non c’est vrai, il n’y a pas eu de panique. On sentait qu’on contrôlait ce match, ils ont dû vivre pas mal de temps de jeu avant de marquer. Nous n’étions pas très inquiets. Il fallait juste se recentrer sur nous, resserrer quelques liens en défense et notre jeu allait se remettre en place.

On a vu les joueurs sortir du bus dans une ambiance assez énorme avant la rencontre. Ça a dû vous marquer, non, cette ferveur populaire ?

En cinq ans de club, je n’avais jamais ressenti un tel accueil. Ça fait plaisir de voir un Chaban qui crie et qui soutient comme ça, surtout après la période du Covid. Nous nous sommes nourris de cette ferveur, de cette joie.

Il y avait tous ces fumigènes à la sortie du bus. J’avais déjà vécu une atmosphère comparable lors du barrage contre Clermont, c’était assez extraordinaire mais je n’avais jamais vu la Place Johnson comme samedi soir.

D’où votre entrée en matière très réussie, non ? Avez-vous tout de suite senti que vous étiez parti pour un grand match ?

Franchement oui, avec l’atmosphère incroyable qui régnait à Chaban-Delmas et la sensation d’être le deuxième qui reçoit le premier.

Quel bilan faites-vous de cette première moitié de saison ?

On coche toutes les cases. Mais vous savez mieux que moi que le Top 14 est très dur. On travaille par cycles, celui de décembre promettait d’être dur. Il va se terminer avec la réception de Biarritz, le 2 janvier. On fera les comptes après. Je ne me projette pas sur la fin de la saison, c’est encore trop loin. Nous pensons à ce bloc de décembre qui va comprendre la Coupe d’Europe, des matchs qui vont se jouer sur un autre rythme, plus rapide, plus intense avec cette notion de "one shot" et surtout, ce premier match qui est très important car il donne le ton.

Comment vivez-vous tout ce qui vous arrive en ce moment ?

Je le vis plutôt bien. Ça se passe super bien pour moi. J’ai vécu deux mois chez les Bleus avec des émotions très fortes et je reviens en club et j’en vis de nouvelles avec coup sur coup une victoire au Racing et une victoire à Toulouse.

Avez-vous le sentiment de vivre vos meilleurs moments depuis que vous êtes arrivé à l’UBB ?

Oui, je vis mes meilleurs moments à Bordeaux. Je suis arrivé voici cinq ans à l’UBB et j’ai le sentiment que ça fait trois ans que nous avons une équipe compétitive et qui va crescendo en termes de niveau de jeu.

Si vous deviez donner une idée, u’est ce qui fait que vous en êtes arrivé là ?

C’est l’arrivée de Christophe Urios qui a fait changer l’identité du club. Il nous a donné une force de travail que nous n’avions pas avant. Il a apporté beaucoup de choses. Il est très minutieux par exemple et très précis sur ce qu’il fait, très exigeant. Avec lui, on travaille très bien durant toute la semaine.

On dit qu’il voit bien les matchs à l’avance…

Avec lui, quand on entre sur le terrain, on sait à quoi s’attendre. Il est très fort pour savoir ce que va proposer l’adversaire.

Christophe Urios a-t-il su trouver les mots pour vous faire progresser ?

Disons qu’il a l’habitude de me dire que je ne suis qu’à cinquante pour cent de mes capacités. Ça m’aide à me montrer meilleur chaque semaine. Il a toujours un mot pour me stimuler.

Pouvez-vous nous raconter votre premier match de Top 14 avec l’UBB ?

Oui, j’avais dix-huit ans et c’était contre Toulouse en novembre 2017. Jacques Brunel avait aligné une équipe assez jeune. Il y avait Matthieu Jalibert, Thierry Paiva, Alexandre Roumat, Geoffrey Cros. Nous avions perdu 38-37 sur une dernière pénalité que Matthieu n’avait pas passé. Mais nous avions quand même fait un superbe match et ça nous avait bien lancés. Nous les avions bien bougés sur leur terrain et j’avais vécu ça comme une belle récompense pour une première.

Après de bons débuts, on se souvient que vous avez traversé une période moins faste, en gros sous l’ère Rory Teague en 2018-219. Était-ce dur à vivre ?

Non, même si je suis un compétiteur et que j’ai toujours envie de jouer. Mais dans une carrière, on passe toujours par des moments comme ça où on joue un peu moins. Mais j’avais dix-neuf ans, c’était ma deuxième saison en pro, j’en ai profité pour apprendre. Et puis, le niveau staff est arrivé, et, c’est vrai, il m’a beaucoup apporté.

Quel est votre meilleur souvenir sous les couleurs de l’UBB ?

Les phases finales de l’an passé, sans hésitation. C’étaient les premières pour moi en Top 14. Quel bonheur que de faire le barrage à domicile face à Clermont avec le retour du public. Même s’il n’y avait que 5 000 personnes, l’ambiance était incroyable. Et puis dans la foulée, la demi-finale de Lille face à Toulouse, c’était un grand moment malgré la défaite.

Quel est le pire, le moment le plus négatif ?

J’étais de l’équipe qui a pris 80 points à La Rochelle il y a trois ans (mai 2019, N.D.L.R.). C’est le moment où j’ai eu le plus honte. Nous étions complètement passés à côté.

Étiez-vous le même joueur quand vous avez débuté avec l’UBB ? Avez-vous changé de profil ?

J’étais différent, beaucoup plus aérien. J’étais plus tourné vers l’offensive. Je m’estime plus complet aujourd’hui, je vais gratter des ballons, je plaque beaucoup plus. À mes débuts, ce n’est pas que je ne plaquais pas ou peu mais je pensais surtout à attaquer.

Est-ce Christophe Urios qui vous a poussé à changer ainsi ?

Non, c’est venu de moi. J’ai pris conscience qu’il fallait être complet pour atteindre le haut niveau et surtout compte tenu de la concurrence qui règne.

Depuis que vous évaluez à l’UBB. Quel est le joueur qui vous a

le plus impressionné ?

Je dirais Semi Radradra. C’était un facteur X mais il était aussi très travailleur.

On vous a vu récemment jouer en deuxième ligne avec l’équipe de France. Ce passage à un nouveau poste ne vous a-t-il pas perturbé ?

Non, ça ne m’a pas perturbé parce que ça faisait un an que je me préparais. Le staff m’en parlait depuis fin 2020, j’avais fait pas mal de bouts d’entraînements à ce poste.

On suppose qu’il a fallu vous astreindre à moins toucher de ballons ?

Ah non, pas du tout. Ce qui change, ce sont les phases de conquête, la mêlée bien sûr. Il faut être assez fort pour ne pas reculer. Mais, pour le reste j’ai touché plus de ballons en jouant deuxième ligne qu’en troisième. J’ai eu le sentiment d’évoluer au même poste en fait, avec la mêlée en plus.

Cette saison semble être celle de votre révélation chez les Bleus. Quand avez-vous eu le sentiment de franchir un cap au niveau international ?

La dernière tournée en Australie bien sûr. Elle m’a boosté, incontestablement après avoir vécu un Tournoi, je le rappelle ou j’avais joué un match sur cinq. En Australie, j’ai pris de la confiance, je me suis senti propulsé.

Quand vous aviez quatorze ou quinze ans, rêviez-vous de vivre ce que vous êtes en train de vivre ?

Non, je n’avais pas de rêve. Je jouais à Massy pour être avec des potes. Ce n’est qu’avec mes premières sélections, à l’âge de seize ans que je me suis dit que je pouvais faire quelque chose.

Après votre période en bleu, vous avez surpris par votre volonté de ne pas prendre de vacances. Quels étaient vos sentiments ?

J’ai discuté avec Christophe à mon retour. Je me sentais bien, je n’avais pas envie de couper et je voulais apporter quelque chose à mon club et j’ai demandé à décaler mes vacances, je prendrai ma semaine de repos après le match face à Leicester. J’avais envie de retrouver le maillot bordelais, je ne me voyais pas ne pas y revenir alors que je me sentais en pleine forme.

Êtes-vous capitaine de touche ?

Non, enfin ça dépend des matchs. Ça dépend de ce que Julien Laïrle décide. Avec Guido Petti, Kane Douglas et Alexandre Roumat, on se partage cette responsabilité.

Faites-vous ou faisiez-vous quelque chose

en dehors du rugby ?

J’ai fini une licence de commerce international il y a deux ans. Et l’an passé, j’ai passé un diplôme d’Anglais. J’ai désormais fini mon cursus scolaire.

Au fait, quid de votre avenir à l’UBB ?

Je n’ai rien décidé du tout dans ce domaine car je ne suis pas en fin de contrat. Il n’y a aucune discussion, j’attendrai mon tour.

Dans quelles conditions êtes-vous arrivé à l’UBB, le club avec lequel vous caracolez désormais ?

Je n’avais aucun statut, j’avais dix-sept ans. Je n’avais jamais joué en pro, même pas à Massy. Mais j’arrivais dans un club où j’avais des amis, Jules Gimbert, Matthieu Jalibert. J’avais passé un an à Marcoussis avec eux et aussi avec Clément Laporte qui était bordelais à ce moment-là.

Y a-t-il un joueur qui, cette saison, vous impressionne vraiment ?

Matthieu tout simplement, Il est incroyable. Évoluer avec lui, c’est gagner en confiance.

Cette victoire contre Toulouse fut impressionnante. Quel autre rencontre de ce début de saison vous a marqué ?

La victoire au Racing, un moment formidable à vivre. Un match important gagné avec un formidable état d’esprit. On s’est dit que c’est toujours difficile de battre une équipe qui ne lâche pas. Alors, même si nous étions menés, nous n’avons pas lâché à la mi-temps.

On dit que vous avez réagi à une forme de chambrage de certains de vos adversaires ?

Non, non, je n’ai pas pris ces gestes comme du chambrage, sincèrement. Je connais très bien Teddy Thomas et il n’est pas comme ça.

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Les commentaires (1)
Chabalou Il y a 1 mois Le 06/12/2021 à 20:13

Bravo Cameron. Tu t'imposes en EDF et tu étais omniprésent contre Toulouse. Continue comme ça tu nous régale