Goutta : « Je veux remettre Agen en mode prédateur »

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Publié le , mis à jour

Bernard Goutta est devenu le manager du Sporting Union Agenais. Ambitieux et déterminé, il souhaite remettre le club à sa place. Et surtout apporter enfin de la stabilité.

Bernard, nous vous pensions proche de rejoindre le SUA en octobre. Cela s’est finalement fait en janvier. Racontez-nous ces dernières semaines.

Des contacts ont été établis en octobre. J’ai rencontré Jeff Fonteneau. Mais j’ai toujours été transparent avec lui. Je lui ai dit que j’étais sous contrat avec l’ASM et que je voulais faire ma mission en Nouvelle-Orléans. Mais la saison d’après, j’étais libre de tout engagement. 

Finalement, je n’ai pas pu réaliser ma mission auprès de l’ASM. J’étais très excité de découvrir et d’entraîner dans un nouveau pays. Mais là-bas, j’ai vu que je ne pouvais pas exercer ma passion. Un entraîneur devait partir, mais il est resté. J’étais de trop et donc j’ai préféré rentrer. J’ai évidemment fait un retour d’expérience à mon président. Par la suite, intelligemment, avec les dirigeants de l’ASM, nous avons décidé de nous séparer d’un commun accord. Ce qui m’a permis de m’engager avec le SUA, dans un nouveau rôle.

Était-ce une réelle volonté pour vous de venir à Agen ?

C’était une évidence. À partir du moment où je ne pouvais pas réaliser ma mission en Nouvelle-Orléans, et même si j’ai été contacté par d’autres clubs comme Aix-en-Provence, c’était une évidence pour moi. Avoir le rôle de manager déjà. Puis d’être dans un club comme Agen ensuite.

Pourquoi ?

Parce que c’est un club qui m’a toujours attiré. Tu as énormément de passion ici. Il y a tout un département qui pousse derrière le club. La ville vit pour le SUA. Et quand je parle d’évidence, il faut savoir que dans les années 2000, j’avais signé un pré-contrat avec Agen. J’avais rencontré à l’époque Christian Lanta et Christophe Deylaud qui entraînaient. Ce club m’attirait déjà de par sa culture et son héritage. En tout cas, si cette fois ça ne s’était pas fait, cela aurait été une grosse déception pour moi.

Le fait de redevenir manager, s’agissait-il d’une priorité pour vous ?

L’opportunité était là. Je voulais être près des joueurs, du terrain. À Aix, j’aurais eu cette chance en étant entraîneur des avants aux côtés de Mauricio Reggiardo. Mais j’avais aussi cette occasion à Agen. Être manager du SUA, c’est beaucoup de responsabilités. Ça m’a d’autant plus plu.

La situation agenaise ne vous a donc pas fait peur…

Il faut remettre ce club à sa place. Il doit retrouver de la stabilité dans tous les domaines. Je crois très fort en ce club. D’ailleurs, il y a eu du mieux ces derniers temps. Un très gros travail a été fait par Sylvain Mirande et David Ortiz. Ils ont réussi à redresser la barre et à obtenir quatre victoires. Une délivrance. Parce que quand tu ne gagnes pas pendant un an et demi, c’est compliqué. C’est pour cela qu’il va y avoir un gros travail mental à faire au niveau des joueurs. On va réapprendre à gagner. 

Quel a été le discours de Jeff Fonteneau, et quelle relation entretenez-vous ?

Nous avons très vite eu un très bon feeling. Jeff est un passionné. Il a été fragilisé à un moment donné par la situation. Mais je l’ai senti déterminé. Pas abattu du tout. Il a eu envie de se battre et ça a vraiment pesé dans la balance. Je crois fort en lui et en ce club historique. Il va y avoir du travail pour pérenniser la culture de ce club mais j’y crois vraiment.

Arrêter de se faire piller

Malgré votre prise de fonction le 1er janvier, nous imaginons que vous avez déjà pris la température du côté d’Armandie…

Je suis allé à Agen la semaine dernière. Juste après être allé bosser avec Christophe Deylaud lundi sur Toulouse. 

Mardi, j’ai pris mes quartiers à Agen. J’ai aussi rencontré Sylvain. Je suis allé voir l’entraînement des U10, c’est important tout ça. Je veux vraiment m’intégrer à cette ville et à ce club. D’ailleurs, j’ai été accosté par quelques supporters lorsque je suis allé me balader. Quand je parle de passion, elle est là. À titre de comparaison, je n’ai pas eu le même accueil en arrivant à Clermont. Ça donne envie de se surpasser.

Avez-vous regardé tous les matchs du SUA cette saison ?

J’en ai regardé beaucoup oui. Mais voilà, quand une équipe n’est pas en confiance, tu le vois. Notamment par les entames. Sur les bases aussi. Et c’est grâce à ces repères communs que la confiance va revenir. Il y a de très bons joueurs de rugby dans ce rugby.

Le potentiel est énorme. Il y a du caractère, on l’a vu lors des victoires contre Colomiers et Aix. Mais tout réside dans le manque de confiance. 

Sur du court terme, qu’allez-vous tenter d’amener à cette équipe ?

Il est important d’avoir des bases solides. Donc on va se retrouver sur les bases de notre sport dans un premier temps. J’ai analysé les secteurs défaillants sur lesquels nous devons axer notre travail pour rentrer dans les hauts standards de cette Pro D2. Il nous faut une grosse conquête, une grosse défense, de la discipline et des bonnes sorties de camp. Mon premier objectif va être de maîtriser cela. Avant de parler de jeu.

Et en dehors du sportif ?

Je vous parlais de stabilité et d’essayer de construire sur le long terme. Il faut vite amener de la clarté aux joueurs en fin de contrat. Il y en a beaucoup. Et puis, il y a quelque chose qu’il va falloir arrêter à Agen : c’est de se faire piller. Quand on regarde le Top 14, beaucoup de clubs ont été alimentés par l’excellent travail de la formation agenaise. Là j’arrive, il y a encore deux gros potentiels qui s’en vont. Gauthier Maravat et Emilien Gailleton, j’aurais aimé les avoir avec moi dans mon projet sur trois ans. Heureusement, la prolongation de Sam Nollet est une super nouvelle. Il fait partie de ces joueurs très côtés que l’on veut amener jusqu’au haut de la Pro D2 puis en Top 14.

En tout cas, nous travaillons déjà sur tout cela et c’est bien parti pour renouveler une bonne partie du groupe.

Vous parlez de pillage, quelles garanties allez-vous amener aux joueurs pour qu’ils restent à Agen ?

Pour stopper l’hémorragie, il faut leur présenter des objectifs personnels et collectifs de qualité. Se maintenir avant de retrouver le haut voire très haut niveau, cela va en ce sens. La construction d’équipe, le management, le système de jeu, les infrastructures… Le club prend un virage et nous voulons garder les joueurs dans cette aventure.

Ce projet sur trois ans, dîtes-nous en plus…

Dans un premier temps, nous sommes dans l’urgence, donc je ne veux rien d'autre que le maintien. Ce n’est que l’intersaison que nous allons basculer et construire vraiment. Le but est de retrouver le haut du tableau de cette Pro D2, jouer des phases finales, et essayer de retrouver le Top 14 par la suite.
Quand je vois l’outil de travail qui est en train de se construire à Agen, le club n’aura strictement rien à envier à des clubs de Top 14. Je suis impressionné par les infrastructures.

Vous l’avez dit, le groupe est très jeune. Comment pensez-vous l’amener à maturité sur trois ans ?

Déjà en développant leurs aptitudes physiques, techniques et tactiques. Et surtout, en mettant les joueurs actuels au cœur du projet. Il faut qu’ils se sentent importants, car c’est le cas. Comme je vous l'ai dit, j'ai déjà rencontré des jeunes. Je compte sur eux pour les trois années à venir. Il faut les amener à leur meilleur niveau. Le mental est déjà là car ils se sont forgés dans la difficulté du Top 14. Maintenant, il faut les développer grâce à notre projet rugby et en faire des leaders.

Retrouver le haut de la Pro D2 puis le Top 14

Vous n’arrivez donc pas seul. Christophe Deylaud sera avec vous. Il paraît que vous avez failli entraîner ensemble à Colomiers…

Tout à fait. On avait mangé ensemble. J’étais à la recherche d’un adjoint pour entraîner les trois-quarts. Le profil de Christophe m’a toujours plu. Je sais ses valeurs, sa fidélité, l’homme qu’il est. Il a beaucoup d’expérience. Il était ma priorité à l’époque. Mais entre-temps, j’ai signé à Clermont.

Inutile de dire que lorsque Jeff m’a proposé de m’associer à Christophe, je n’ai pas hésité à dire oui. Surtout, Christophe m’intéresse encore plus à Agen. Par rapport à son histoire avec le club. Avec Christian, ils avaient amené ce club tout en haut du rugby français avec une finale en 2002 perdue sur un coup du sort. Dans notre équipe jeune, il va transmettre les valeurs, l’héritage et la culture du club. Et quel héritage : Agen fait partie du Top 5 des clubs français sur le plan historique.

Mais vous ne serez pas que tous les deux.

Je n’ai pas hésité non plus quand on m’a proposé de rester avec Sylvain et David. Ils ont fait un gros travail. Ils ont eu beaucoup de pression et n’ont jamais rien lâché alors que ce n’était pas évident. Ce sont deux jeunes entraîneurs. Quand je parle de stabilité, ils en font partie.

Justement, comment va s’articuler votre travail en tant que quatuor ?

Christophe sera sur l’organisation offensive et défensive. Il sera avec Sylvain sur les arrières. Il devra aussi développer les jeunes et transmettre la culture du club. Sylvain sera toujours coach des trois-quarts, en charge des skills. J’ai beaucoup parlé avec lui, sa vision du rugby me plaît. Il sera aussi sur l’organisation offensive et défensive.

David sera entraîneur de la mêlée, des avants, des skills. Il ne faut pas oublier Jérôme Miquel qui est intervenant dans le jeu au pied et dans la stratégie. Quant à moi, j’aurai une vision plus globale. Je serai le garant du projet de jeu et de la culture de ce club. Je m’occuperai des contrats. Je trancherai sur la composition de l’équipe. Je serai également sur le terrain avec David. On va s’atteler à améliorer la touche et la défense sur ballon porté. 

Une vraie mission maintien vous attend, mais est-il possible de viser plus haut ?

Non. À partir du moment où tu as perdu quatre matchs à la maison, tu ne peux viser que le maintien. Nous, on va regarder vers le haut, parce qu’en dessous de la 7e place, tout le monde va se bagarrer pour le maintien ! En dessous de Carcassonne, toutes les équipes vont jouer le maintien. Nous on va regarder devant pour monter au maximum au classement.

Ce que je veux, c’est qu’on ne soit plus une proie. Vous vous rendez compte ? Agen est devenu une proie. Et je veux qu’on se mette en mode prédateur et qu’on aille chasser un peu tout le monde.

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Mathieu Vich
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