Moefana : « Ce jour-là, j’ai cru rêver... »

  • Yoram Moefana (trois-quart centre du XV de France) : « Ce jour-là, j’ai cru rêver... »
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Face à l’Irlande, le joueur né à Nouméa mais originaire de Futuna, l’un des territoires français les plus éloignés de Paris, devrait donc connaître sa quatrième sélection en équipe de France. L’occasion, pour nous, de découvrir le nouveau trois-quarts centre des Bleus, excellent lors de son entrée en jeu face à l’Italie, en ouverture du Tournoi des 6 Nations. Avant le grand choc contre les Diables Verts, l’attaquant de l’UBB parle donc de son île, de son exil déchirant à l’adolescence, du premier coup de fil de Fabien Galthié et de l’improbable tour de cuisse qui impressionne tant ses coéquipiers. C’est à vous, Yoram !
 

Vous comptez trois sélections en équipe de France mais le grand public vous connaît finalement peu. Qui êtes-vous ?
Je m’appelle Yoram, j’ai 21 ans et suis né à Futuna, dans le Pacifique. J’y ai passé toute mon enfance, jusqu’à mes 13 ans.

Il se dit que vous avez un lien de parenté avec la famille Taofifenua. Est-ce vrai ?
La famille Taofifenua est une immense famille. Disons qu’avec les « Tao », nous sommes des cousins éloignés…

À quoi ressemblait votre vie, à Futuna ?
Futuna, c’est notre paradis… L’île est magnifique et la vie cool, pas prise de tête… En raison de la pandémie, je n’y suis pas retourné depuis 2017 et franchement, ça me manque énormément. […] Ma vie d’enfant ressemblait à celle de tous les enfants du monde, à vrai dire. Je vivais près de l’océan et après l’école, on se rejoignait tous sur la plage pour faire un foot, jouer au rugby…

Futuna se trouve à 16 300 kilomètres de Paris. Quel est votre trajet, lorsque vous vous rendez là-bas ?
Ça dépend… Il existe plusieurs circuits mais c’est toujours très long ! Le plus souvent, je passe par Paris, puis Amsterdam, puis Tokyo. Arrivé au Japon, je rejoins la Nouvelle-Calédonie et de Nouméa, je file à Wallis. De là, un petit avion me conduit en une heure à Futuna (les deux îles sont distantes de 1 100 kilomètres, N.D.L.R.).

Comment avez-vous débuté le rugby, alors ?
Quand j’étais petit, je ne m’y intéressais pas du tout. Mon père et mes oncles y jouaient, eux. Ils m’ont emmené sur les terrains et petit à petit, j’y ai pris goût. Ma première licence, je l’ai donc prise à 9 ans au club d’Afili.

Vous dites avoir vécu à Futuna jusqu’à 13ans. Pourquoi en êtes-vous parti ?
Quand mon oncle Tapu Falatea (un pilier d’1,86 m et 135 kg) a été recruté par le club de Limoges (Fédérale 1), j’ai décidé de l’accompagner afin de poursuivre ma scolarité en France. Quand je suis arrivé là-bas, on était au mois de décembre et il neigeait. Le choc thermique fut difficile à vivre, au départ…

À 13 ans, vous étiez encore un enfant. N’avez-vous pas vécu ce départ comme un déchirement familial ?
Personne ne m’a forcé à le faire. […] Le matin où je l’ai annoncé à ma mère, tout allait bien, j’étais dans l’euphorie du truc… Mais lorsque j’ai réalisé que j’allais vraiment quitter mes parents, le coup fut dur à encaisser. Avec le temps, je m’y suis fait.

Que s’est-il passé, après ?
J’ai fait mon collège à Limoges (Haute-Vienne), ai pris une licence là-bas puis lorsque mon oncle Tapu a signé à Colomiers (Pro D2), je l’ai une nouvelle fois suivi. J’ai joué à Colomiers jusqu’en espoirs puis l’Union Bordeaux-Bègles m’a recruté (en 2019). C’est là que je me suis dit que je ferais peut-être carrière…

Quelles études avez-vous suivies ?
Il me reste une dernière année avant de valider un Bachelor en marketing. Mais ce n’est pas évident de jongler avec l’emploi du temps en club, l’équipe de France et les études. Je lutte. […] Je travaille beaucoup tout seul, chez moi, pour ne pas décrocher.

De qui tenez-vous le tour de cuisse qui impressionne tant vos coéquipiers ?
C’est génétique. Mon père et mes oncles ont les mêmes…
Vous souvenez-vous de la première fois où Fabien Galthié vous a appelé pour vous convoquer en équipe de France ?
Oui, c’était juste avant la Coupe d’Automne des Nations, en 2020. J’étais à la maison et j’avais cru rêver, ce jour-là. Après son coup de fil, je tournais en rond dans le salon en me demandant si ce que je venais d’entendre était vrai…

Pourquoi étiez-vous tant surpris ?
Je venais juste de démarrer ma carrière professionnelle à Bordeaux !

Vous avez fait une belle entrée en jeu face à l’Italie, dimanche après-midi. Comment vous êtes-vous senti ?
Je me sens bien dans ce groupe France et quand on fait appel à moi, je n’ai pas vraiment d’appréhension : j’y suis bien entouré, bien conseillé… Contre l’Italie, c’était donc facile de trouver des repères avec les uns et les autres.

Vous affronterez l’Irlande samedi après-midi. Quelle opinion avez-vous de cette équipe ?
C’est l’une des meilleures nations au monde. L’Irlande a une défense très agressive et en attaque, elle récite son rugby. […] Au centre, je m’attends à un gros défi face à Bundee Aki et Gary Ringrose, deux mecs très performants depuis le début de saison. Aki aime le défi, Ringrose joue avec ses appuis. Ce sont deux fiers adversaires.
 

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