Jean-Michel Guillon (président de Clermont) : « Nous allons retrouver des ambitions sur le recrutement »

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Publié le , mis à jour

Président de l’ASM Clermont Auvergne A l’entrée de la dernière ligne droite, il réaffirme les ambitions du club auvergnat. Guillon en profite également pour faire le point sur les dossiers chauds, en coulisses : départs, prolongations et recrutement.

Avec encore sept matchs à jouer, Clermont compte 6 points de retard sur le premier qualifié. Inquiétant ?

De l’inquiétude, non. Au contraire, la situation me motive. Et je ne suis pas seul, si j’en juge par le comportement des joueurs lors du match contre Lyon. À commencer par Morgan (Parra). Un défi se présente à nous et nous l’attaquons tous ensemble, unis. On sait ce qui s’est passé avant mais ce qui m’intéresse, c’est ce qui arrive. Les choses sont claires : nous voulons être dans les 6 qualifiés.

Sans nuance ?

Je n’envisage pas autre chose. Si on enclenche une dynamique positive, tout est possible. C’est le message que j’avais passé aux joueurs après la défaite à La Rochelle. On a vu dans un passé récent, en top 14, des équipes comme Castres ou Paris réaliser de belles remontées. Tout le monde voit qu’il nous reste des choses à travailler, que tout ne fonctionne pas à la perfection. Mais si l’équipe était résignée ou même inquiète, elle n’afficherait pas un tel état d’esprit sur le terrain.

Damian Penaud est le seul Clermontois régulier en équipe de France. Ils étaient entre 5 à 10, il n’y a pas si longtemps. Est-ce le marqueur d’une récession ?

Quand on a l’ambition ASM, on veut des joueurs en équipe de France. Ces joueurs portent nos couleurs à l’international, ils ont aussi un impact direct sur le club. Leurs ambitions internationales profitent aux nôtres : nous ne courrons pas seulement après un troisième Brennus, mais aussi après un premier titre européen. Cette ambition nous trotte dans la tête depuis longtemps. Je sais, par exemple, et pour en avoir parlé avec lui, que cela tient particulièrement à cœur de Morgan (Parra). C’est notre ambition à tous.

Vous attendiez-vous, en début de saison, à ce que l’équipe soit en difficulté pour monter dans le wagon des 6 qualifiés ?

On savait deux choses : premièrement, notre équipe était compétitive et justifiait les espoirs affichés. Deuxièmement, la profondeur de notre effectif — ou plutôt son manque de profondeur — nous mettrait en difficulté s’il fallait déplorer un certain nombre de pépins physiques en cours saison. Ce risque, on le connaissait. L’histoire s’est malheureusement écrite de cette façon-là. On savait toute la difficulté de prétendre aux premières places sans un effectif très étoffé. On le mesure un peu mieux encore.

Ce manque de profondeur est-il dû à des erreurs passées dans la gestion des contrats, prolongations ou recrutements ?

Je n’ai pas ce sentiment.

Beaucoup de joueurs ont prolongé à la hausse et pour de longues durées, ces dernières saisons. Ce qui vous a contraint à moins recruter, sous la pression du salary cap.

Quand vous avez gagné un titre, avec une génération de jeunes joueurs qui vous a porté à ce niveau-là, vous êtes attaqués de toute part. Le Top 14 est hyper concurrentiel. Nous avons fait les efforts nécessaires pour conserver ces joueurs. Ensuite, dans notre cas, il y a eu un effet ciseau : d’un côté, ces contrats élevés et sur le long terme ; de l’autre, notre salary cap qui a baissé de façon drastique, lié au fait que nous avions moins de joueurs internationaux. Cette situation nous a bloqués. Nous ne pouvions plus être agressifs sur le marché du recrutement. À ce sujet, cela fait trois années que nous sommes en retrait.

Qu’est-ce qui vous fait espérer des lendemains meilleurs ?

Je suis président, je ne peux pas me contenter de me plaindre et de ne rien faire. C’est à moi de trouver les solutions pour y remédier.

Alors ?

La première des solutions, c’est de prolonger à nouveau ces joueurs, mais à des salaires revus à la baisse et avec effet immédiat. C’est ce à quoi on travaille.

De quels joueurs parle-t-on ?

Nous ne sommes pas encore entrés dans le concret des négociations. Il est difficile pour moi d’en dire plus, pour l’instant.

Ensuite ?

Une deuxième solution est de mettre un terme à des contrats qui ont cours.

On pense forcément à Wesley Fofana, qui n’a disputé qu’une seule rencontre cette saison et dont le contrat arrive à échéance en 2023…

La question d’une fin de contrat anticipée de Wesley est sur la table, pour le club comme le joueur. C’est une discussion qu’on pourrait avoir. Wesley était en réhabilitation. Il va revenir. S’il est de nouveau blessé, on se posera la question concrètement.

En la matière, le joueur est en position de force et n’a aucun intérêt personnel à écourter son contrat…

Un joueur comme Wesley, avec ce passé glorieux et tout ce qu’il a pu apporter au club, doit aussi réfléchir à la question de sa sortie. Tout le monde aimerait qu’elle se fasse par le haut, pas comme un joueur dont on ne parle plus que des blessures. Wesley est le joueur d’un seul club professionnel, je le rappelle. Sa sortie me semble importante. Pour nous, cela peut aussi être un moyen de retrouver un peu d’air par rapport au salary cap.

Alexandre Lapandry est également engagé jusqu’en 2023 et n’a pas disputé un seul match cette saison. Une solution anticipée pourrait-elle être trouvée ?

C’est un sujet à évoquer avant la fin de la saison, avec le joueur. Je n’ai pas eu l’occasion de le faire, donc je n’irai pas plus loin le concernant. La situation d’Alex est un peu différente de celle de Wesley. Pour Alex, c’est une blessure grave qui l’écarte des terrains pour cette saison. Et peut-être pour le futur.

Le concernant, il y a un avis médical lui contre-indiquant la pratique du rugby.

Voilà. Il faut qu’on ait une discussion sérieuse avec lui.

Revenons au salary cap. Vous parliez de trois manières de retrouver de l’air. Quelle est la troisième ?

La modification du règlement. Celui de la Ligue nous a fortement désavantagés ces dernières années. Il a été modifié et nous en sommes satisfaits (voir lien). Pour nous, ce sont 500 000 euros nets de marge de manœuvre sur la masse salariale qui s’ouvrent à nouveau.

En clair, la possibilité de recruter un très bon joueur. Ou deux bons joueurs.

Ce sont aussi nos estimations. Nous allons pouvoir retrouver des ambitions au sujet du recrutement.

Avoir de la marge sur le salary cap, c’est une chose. Encore faut-il avoir de la trésorerie pour investir sur de nouveaux joueurs. Est-ce le cas de Clermont ?

Il n’y aura pas de problème. Prenons du recul : quelle est l’identité de l’ASM Clermont Auvergne ? Premièrement, une équipe de rugby professionnelle qui gagne avec panache. C’est ce qui a amené bon nombre de supporters à nous suivre, bien au-delà de notre ville et notre région. Ensuite, c’est un club omnisports, qui forme des joueurs mais aussi des hommes. Au-delà du modèle sportif, il y a un modèle éducatif à pérenniser. C’est aussi une manière d’anticiper la baisse annoncée du salary cap, pour toutes les équipes. Dans cette perspective où tout ne serait pas que financier, la part du travail éducatif sera renforcée. Ce sera un avantage concurrentiel. Et nous devons aller plus loin, c’est pour cela que Didier Retière a été recruté : il fait le lien avec les agents pour le recrutement extérieur mais il travaille aussi avec le centre de formation. Il renforcera ce lien avec les jeunes, qu’on forme à devenir des joueurs mais aussi des hommes. Ce n’est pas visible à court terme, c’est la partie immergée de l’iceberg, mais c’est un travail sur la performance durable. Nous connaissons un trou d’air, d’autres grands clubs en ont connu mais je dois aussi reconnaître, humblement, que nous n’avons pas toujours été assez attentifs à la partie humaine et comportementale.

Quoi d’autre ?

Par apport à d’autres clubs, nous nous appuyons sur un territoire, qui nous donne des ressources et de l’énergie. Clermont, ce sont 550 partenaires, toujours fidèles même dans les moments plus compliqués comme ceux que nous traversons actuellement. Les moyens de notre ambition, ils sont là.

En clair ?

Nous avons les moyens financiers de ces ambitions. Pour avoir des résultats, il faut la meilleure des équipes possibles. On ne la construit pas avec des considérations de gestionnaires. Je n’aime pas entendre que Clermont est un club de gestionnaires. Non. C’est un club responsable : un contrat doit être payé au prix du marché. Mais nous ferons les investissements qu’il faut.

Pour l’instant, seule l’arrivée d’Anthony Belleau est officielle. On sait toutefois que Jules Plisson s’est déjà engagé, sur le poste d’ouvreur. Vous confirmez ?

Je confirme. Ce qui nous intéresse, demain, c’est de faire le lien entre tous nos jeunes qui émergent et des joueurs confirmés, pour les encadrer. Quand on a gagné notre deuxième titre, en 2017, il y avait la jeunesse, le panache, la joie de vivre de nos jeunes, à commencer par Damian Penaud. Mais ils étaient encadrés par des joueurs d’expérience, certains venant de l’étranger pour apporter une dimension supérieure et leur culture du rugby. La transmission est un sujet important. Nous reprenons ces schémas. Des jeunes issus de notre centre de formation vont prolonger chez nous, mais nous voulons qu’ils soient accompagnés par des joueurs de plus grande expérience. C’est ce que nous recherchions à la charnière et que nous avons trouvé, avec Anthony Belleau et Jules Plisson.

À l’ouverture Antoine Hastoy et Louis Carbonel, deux autres internationaux, vont également changer de club cet été. Vous étiez-vous positionné ?

On en a parlé, oui, à un moment ou un autre. On a échangé avec un en particulier, Antoine Hastoy. Ça ne s’est pas fait. Point.

Vous parlez de jeunes joueurs qui vont prolonger. Lesquels ?

Tous ceux que nous avions ciblés : Hugo Sarrazin, Killian Tixeront, Théo Giral et Thomas Rozière C’est une grande satisfaction. Nous misons sur eux pour l’avenir. Je n’oublie pas Gabin Michet, qui s’est gravement blessé à un ligament croisé. On lui laisse passer ce moment délicat et nous reviendrons vers lui. Il fait aussi partie de nos plans pour l’avenir.

Un peu moins jeunes mais en fin de contrat : vous n’avez pas parlé de Tani Vili et Sipili Falatea, internationaux et annoncés avec insistance sur le départ. Vrai ?

J’ai entendu toutes les infos les concernant. Je lis aussi votre journal (il sourit). Soyons clairs : nous leur avons fait une offre. Contrairement à d’autres, nous avons aussi décidé de ne pas faire de surenchère.

Un temps, Jono Gibbes disait espérer tout de même pouvoir les conserver…

Déjà, vous parlez d’internationaux mais c’est à relativiser : ils sont parfois appelés dans le groupe des 42 joueurs retenus par Fabien (Galthié) en préparation. Un groupe dans lequel il y a beaucoup de rotations. Il ne semble pas que ce soit des joueurs installés et réguliers en équipe de France, comme peut l’être Damian Penaud. Ensuite, quand on constitue un groupe pour les 2, 3 ou 5 prochaines saisons et qu’on travaille aux prolongations, il faut bien sûr prendre en compte la qualité rugbystique. Le niveau de ces joueurs sur le terrain. Mais il y a aussi une dimension humaine à considérer. Le comportement de chacun, la complémentarité des caractères dans un groupe. Cela fait partie de la valeur d’un joueur. Chez eux, on ne le voyait pas

En clair : vous les laissez partir sans batailler, pour des raisons de comportements ?

Ce n’est pas si simple. Tous les joueurs ne sont pas identiques. Mais nous considérons les deux critères : le sportif et le comportemental. C’est la combinaison de ces deux facteurs qui fait la valeur globale d’un joueur. Concernant ces deux joueurs, il y avait des choses à redire, sur l’un ou l’autre des critères.

Pour finir sur les départs, évoquons celui de la charnière historique Parra-Lopez. C’est acté. Était-ce un crève-cœur ou une nécessité pour le club de changer de cycle ?

Les deux. Camille et Morgan représentent une bonne partie de l’histoire victorieuse du club. En ce sens, ce fut un crève-cœur. J’ai reçu les deux, j’ai dit aux deux que j’aimerais qu’ils restent. Ils ont souhaité partir et je l’ai entendu. D’un autre côté, quand vous tournez une page lourde, vous vous replongez dans le passé. Avant Morgan, il y avait Pierre Mignoni au club. Avant Camille, il y avait Brock James. Ce que je veux dire, c’est que l’institution doit aller au-delà des hommes. Camille et Morgan nous quittent et je n’enlève rien à tout ce qu’ils ont fait pour le club. Je les en remercie même chaleureusement, y compris pour le court terme : ils sont encore les deux joueurs qui tirent ce groupe vers le haut, pour aller chercher la qualification cette saison. C’est leur caractère de compétiteur qui s’exprime. Mais je suis président, donc j’anticipe. Je réfléchis à l’après, toujours pour le bien du club. Je veux voir le positif. Quels leaders émergeront pour remplir le vide que Morgan et Camille laisseront, quand ils seront partis ? Je vois d’un bon œil des joueurs qui se révèlent. Le capitanat d’Arthur Iturria, par exemple, m’intéresse de plus en plus.

 

"Nous aurons les contours de notre effectif pour la saison prochaine : ceux sous contrat auxquels viendront s’ajouter un numéro 8 et deux centres. Et un trois-quarts polyvalent capable de jouer à l’arrière, si Kotaro (Matsushima) décidait de nous quitter."

 

Passons au recrutement : quels postes allez-vous cibler ?

Nous avions des problèmes en conquête et un déficit de puissance, sur le 8 de devant. Ce problème, il me semble que nous sommes en train de le régler. Jono (Gibbes) est arrivé, Dato (Zirakashvili) aussi. Ils ont travaillé et bien travaillé en ce sens, étape par étape : d’abord les avants, ensuite la défense et bientôt l’attaque. Malgré tout, il nous faut encore un numéro 8 pour suppléer Fritz Lee, qui porte aussi l’équipe depuis un certain temps. Un gros porteur de ballons. Devant, c’est notre besoin principal.

Le nom de l’international anglais Nathan Hughes (30 ans, 22 sélections) est récemment apparu.

C’est une des possibilités.

Quid des trois-quarts ?

Nous sommes à la recherche d’un centre de niveau international. Peut-être deux.

Des dossiers ont-ils avancé ?

Un an avant une Coupe du monde, rien n’est simple. Les Fédérations cherchent à cadenasser leurs meilleurs joueurs, pour éviter qu’ils s’éparpillent dans d’autres pays. Je vois tout de même qu’il y a une génération de trois-quarts intéressante en Australie. On cherche de ce côté-là. (voir lien)

Quid de Kotaro Matsushima, en fin de contrat et dont les négociations traînent ?

Le club a fait une proposition. Kotaro n’a pas encore répondu. La situation de pandémie a compliqué les choses pour tout le monde (Kotaro Matsushima n’est pas vacciné, N.D.L.R.). La fédération japonaise fait aussi pression sur lui, pour le faire revenir au pays. Avant de conclure dans un sens ou dans l’autre, on attendait de voir comment évoluait la pandémie. Je crois que lui aussi. On peut penser que la décision interviendra dans le courant du mois de mars, peut-être début avril.

Est-ce un dossier prioritaire ?

Nous souhaitons le conserver, c’est très clair. Mais pas à n’importe quel prix. Ensuite, nous aurons les contours de notre effectif pour la saison prochaine : ceux sous contrat auxquels viendront s’ajouter un numéro 8 et deux centres. Un joueur polyvalent capable de jouer à l’arrière, si Kotaro décidait de nous quitter.

En « joueur polyvalent capable de jouer à l’arrière », il y a Thomas Ramos, dont le nom et le CV circulent actuellement en Top 14.

Certains dossiers n’apparaissent pas dans la presse. Celui-là est apparu, chez vous. C’est effectivement un joueur qui pourrait nous intéresser.

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