La bataille du jeu au pied, le bras de fer au sol... France-Angleterre en trois questions

  • La bataille du jeu au pied, le bras de fer au sol... France-Angleterre en trois questions
    La bataille du jeu au pied, le bras de fer au sol... France-Angleterre en trois questions PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
Publié le , mis à jour

Dominés dans l’occupation et la possession, les Bleus se sont montrés plus cliniques que les Anglais lors de leurs incursions dans les 22 mètres adverses. Le fruit d’une animation offensive rodée, mais aussi d’une défense intraitable dans le jeu au sol, ainsi que d’une longueur au pied de très haut niveau.

Comment les Bleus ont-ils trouvé la faille en attaque ?

Lancements léchés, puis jeu « en black » d’une rare efficacité

Technique : France-Angleterre en trois questions
Technique : France-Angleterre en trois questions Patrick Derewiany - Patrick derewiany

C’est peu dire que l’origine des essais tricolores fut d’une rare diversité. Le premier fut en effet construit après une touche, le deuxième au bout d’une contre-attaque après une séquence longue de plus de deux minutes (ponctuée de deux turnovers), tandis que le troisième se bâtit après une mêlée… qui mit plus de trois minutes à se jouer ! Et pourtant, malgré tout, on peut affirmer qu’il existe un socle commun dans toutes ces constructions. Une précision diabolique du lancement de jeu des trois-quarts, d’abord, qui permit à Villière (après un superbe décalage « sur la passe » de Jaminet), Jelonch (décalé dans son couloir gauche, comme au pays de Galles, et mis sur orbite par le trio Ntamack-Fickou-Villière) et Fickou (à la réception d’une bonne vieille S1 de Ntamack) de porter le ballon jusque dans les 22 mètres anglais.

La suite ? Elle réside dans une parfaite maîtrise de ce que les Bleus nomment le « jeu en black », à savoir leur organisation dans les zones de marque, qui consiste à mobiliser tous les avants (systématiquement renforcés par Danty et un ailier) pour pilonner l’axe du terrain par du jeu à une passe ou moins, si possible après contact, afin de resserrer la défense et d’ouvrir des espaces plus au large. Une méthode qui avait déjà payé contre la Nouvelle-Zélande et l’Irlande, qui s’est encore avérée d’une redoutable efficacité. Sur les deux premiers essais ? Après plusieurs temps de jeu au près et même quelques transmissions après contact brouillonnes, les avants français ont néanmoins su enclencher une dynamique suffisante (notamment grâce au travail de Villière et Woki sur le premier, puis de Baille sur le deuxième) pour ouvrir des espaces parfaitement lus et exploités par Ntamack, qui sut allonger sa passe pour Fickou à la 15e, avant de s’infiltrer lui-même à la 15e (dans un copié-collé de son essai contre les Blacks) pour provoquer le relais gagnant de Cros.

Quant au troisième essai ? Ce sont cette fois Penaud puis Taofifenua qui s’illustrèrent dans l’axe du terrain pour mettre sur le reculoir la défense anglaise, avant qu’Alldritt réussisse à relever le ballon dans l’axe (comme il l’avait fait avec Villière contre l’Italie) pour lancer son capitaine Antoine Dupont en terre promise. Du très, très beau travail.

Comment s’est gagné le bras de fer au sol ?

Fickou et Alldritt, à contre-emploi

Technique : France-Angleterre en trois questions
Technique : France-Angleterre en trois questions Patrick Derewiany - Patrick Derewiany

Ce choc entre les Anglais et les Français était, sur le papier, celui des deux meilleures équipes du Tournoi dans le secteur des contests au sol. Un domaine dans lequel les Bleus (bien aidés par l’absence de Tom Curry côté anglais) ont malgré tout surclassé leurs adversaires, en leur grattant six ballons qui ont pesé très lourd dans la balance, dans le sillage d’une troisième ligne de sécateurs (40 plaquages) sans oublier un Dupont au four et au moulin (15 plaquages, meilleur total du match). Pour preuve, les deux essais inscrits en première période ont été marqués après deux pénalités récupérées au sol par Alldritt (14e) puis Fickou (36e). Un duo presque utilisé ici à contre-emploi, puisque leur rôle dans le système de Shaun Edwards consiste plutôt à coffrer les adversaires (pour Alldritt), ou à réguler les montées et faire tomber très vite les attaquants adverses (pour Fickou).

Comme quoi, rien n’est gravé dans le marbre, les deux hommes réussissant deux contests chacun. On soulignera d’ailleurs ici l’importance du second gagné par Fickou à la 55e, alors que les Anglais étaient revenus à 18-13 au score et pilonnaient près de la ligne d’en-but, qui permit aux Bleus de ressortir sans dommages de leur zone rouge. « À ce moment du match, les Français commençaient à manquer d’oxygène, soupirait Eddie Jones. Si on avait marqué là, la dynamique aurait pu s’inverser mais, comme sur la séquence juste avant la mi-temps, ce sont les Bleus qui ont remporté le bras de fer. Ce contest de Fickou nous a achevés. » Le XV de France pointant, deux actions plus tard, l’essai de la victoire…

Qui a remporté la bataille du jeu au pied ?

Pression anglaise, longueur française...

Technique : France-Angleterre en trois questions
Technique : France-Angleterre en trois questions Patrick Derewiany - Patrick Derewiany

La domination des Gallois dans les échanges de jeu au pied la semaine dernière avait forcément donné des idées à Eddie Jones, qui avait construit, avec les titularisations de Youngs, Steward et Furbank, une équipe taillée pour le jeu au pied de pression et la lutte aérienne. Un plan qui fonctionna d’ailleurs à plusieurs reprises, puisque Jaminet fut battu trois fois dans des duels en l’air. Sauf que, derrière son jeu au pied, le XV de la Rose ne sut rien construire. On se souvient de la pression de Dupont sur Itoje à la 25e qui annihila un temps fort anglais, ou de cette diagonale hasardeuse de Smith qui permit aux Bleus d’engager la contre-attaque aboutissant à l’essai de Cros. Plus fort, à chaque fois ou presque, les Tricolores surent ressortir de leur camp avec une énorme longueur de dégagement. Impossible de ne pas souligner ici la performance de Dupont, qui réussit (des deux pieds) à gagner à lui seul 619 mètres !

On n’oubliera pas non plus Melvyn Jaminet, détenteur selon Laurent Labit du « coup de pied de plus long de France », et qui l’a bien prouvé. Auteur d’un renvoi d’en-but de plus de soixante mètres qui mit un coup terrible au moral des Anglais, l’arrière tricolore s’est aussi montré d’une précision redoutable pour trouver des pénaltouches. Ainsi, si les deux premiers essais français furent consécutifs à des contests gagnants de la défense tricolore, ce sont à chaque fois des pénaltouches de Jaminet qui permirent à ses coéquipiers de gagner soixante mètres sans effort. Tout sauf un détail pour les avants, on vous prie de nous croire…

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?