Entretien - David Campese : « J’ai une forte envie d’entraîner en France »

  • David Campese rêve d’une aventure en France. David Campese rêve d’une aventure en France.
    David Campese rêve d’une aventure en France. PA Images / Icon Sport
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Discret dans les medias depuis quelques temps, l'ancien ailier international australien, qui a connu quelques expériences d’entraîneur tant à VII qu’à XV, rêve d’une aventure en France. Il le fait savoir sans aucune ambiguïté. Avis aux amateurs…

Il paraît que vous souhaitez venir entraîner en France. Vrai ou faux ?

Vrai ! J’ai une forte envie d’entraîner en France. J’aime le jeu pratiqué dans votre pays. J’ai toujours aimé la façon dont la France joue le jeu d’attaque. Je sais que je peux aider en attaque et en contre-attaque. J’ai beaucoup de connaissances à partager.

Pourquoi la France ?

Selon moi, la France est aujourd’hui la seule nation à pouvoir jouer ce rugby que j’aime tant.

Quelles ont été vos expériences ?

J’ai beaucoup entraîné à VII, que ce soit avec l’équipe d’Australie, du Tonga ou du Kenya. J’ai aussi été avec les Natal Sharks pendant trois saisons en Super Rugby. En 2005, lorsque je suis arrivé, les Sharks étaient quatorzièmes. Ils ont terminé en finale en 2007 lors de ma dernière saison. Je me suis également occupé des équipes de l’université de Sydney ou encore des Waratahs…

Quel regard portez-vous sur le Top 14 ?

Il y a beaucoup de grands joueurs qui ont d’énormes capacités. Ils doivent comprendre qu’une fois en possession du ballon sur les extérieurs, il ne faut pas simplement passer le ballon mais se créer des opportunités et laisser l’adversaire dans l’expectative. Qu’ils se demandent ce que tu vas faire. Plus ils auront d’options, plus cela laissera de grandes chances à l’attaque. C’est ce que je veux m’attacher à faire.

Suivez-vous le Top 14 depuis l’Australie ?

De temps en temps. J’apprécie le rythme et la passion du jeu. Il y a vraiment de belles choses à faire.

Que pensez-vous pouvoir apporter à un club de Top 14 ?

Je voudrais que les joueurs puissent prendre le contrôle du jeu encore plus qu’ils ne le font actuellement. Qu’ils puissent faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes sur le terrain, en match mais également à l’entraînement. Les joueurs doivent contrôler le jeu et croire qu’ils peuvent le faire. Aujourd’hui, je pense qu’il faut leur permettre de jouer comme s’ils étaient des enfants, avec du plaisir et du flair. Être là pour qu’ils se sentent libres d’essayer différentes choses sur le terrain. Il faut leur faire prendre conscience qu’ils doivent être plus proactifs sans le ballon. Au lieu d’attendre que quelqu’un d’autre ne fasse le boulot.

Avez-vous déjà eu des contacts en France ?

Aucun, pour le moment…

Qu’est-ce qui vous plaît dans le rugby pratiqué actuellement en France ?

Le rugby français est en train de changer le style de rugby dans le monde. Quand on voit ce que cette équipe de France peut faire, je pense sérieusement que les autres nations devraient s’en inspirer. Il y a quelques années, les All Blacks étaient l’exemple à suivre. Aujourd’hui, les temps change.

Avez-vous suivi le XV de France lors de leur tournée en Australie en juillet dernier ?

Oui, bien sûr. J’ai apprécié leur passion sur le terrain. Cette envie de toujours faire vivre le ballon. Lorsque l’on voit le jeu pratiqué par la suite, que ce soit en novembre ou lors du Tournoi des 6 Nations, on sent une équipe épanouie, qui a envie de jouer.

Avez-vous été surpris par le niveau des Bleus alors que les cadres étaient absents en raison de la tenue des demi-finales du Top 14 ?

Non, Fabien Galthié construit son équipe pour la Coupe du monde et s’appuie sur une grand réservoir. Les performances des Bleus montrent que la constance sera la clé pour remporter le trophée suprême.

Pensez-vous que la performance française de gagner un test-match en Australie avec une équipe C était due à la qualité de l’équipe française ou à l’appauvrissement du rugby australien ?

L’équipe française a une grande profondeur d’effectif. Les Wallabies sont encore loin de ce niveau. Les Français nous ont montré le chemin que nous devrions suivre pour jouer ce rugby si passionnant et divertissant.

Le XV de France qui remporte le grand chelem, est-ce une surprise pour vous ?

Les victoires des moins de 20 ans il y a quelques années (2018 et 2019) ont montré que la France allait changer son jeu. Les résultats sont là aujourd’hui. En quelques années, le rugby français a pu se structurer comme il le fallait.

Quels sont les joueurs qui vous impressionnent le plus en France ?

Antoine Dupont et Romain Ntamack sont deux grands leaders. Les attaquants français travaillent comme une unité avec au centre un joueur comme Gaël Fickou, qui remet toujours son équipe dans le bon sens. Les ailiers finissent les actions, ils sont très performants. Dans le jeu au pied, les Français sont également nettement plus précis que lors des années précédentes. Si vous combinez le tout, cela fait une très grande équipe.

À vos yeux, Antoine Dupont est-il le meilleur joueur du monde ?

Il est en très grande forme même s’il est toujours très difficile de choisir un joueur parmi d’autres. Mais il est vrai qu’il est exceptionnel. L’année prochaine sera l’année où les joueurs vont devoir se montrer et jouer leur meilleur rugby.

Vous fait-il parfois penser à George Gregan ?

Je pense qu’Antoine Dupont est plus complet et dominant que George. Il a une sublime vision du jeu et une vitesse extraordinaire.

Pensez-vous que l’équipe de France soit la meilleure équipe du monde aujourd’hui ?

À ce stade, elle sort d’un grand chelem et a battu les Néo-Zélandais en novembre lors de la dernière tournée, même si c’était la fin de saison pour eux. Le gros test sera contre l’Afrique du Sud en novembre.

Seront-ils les favoris pour remporter le titre mondial en 2023 ?

La France est proche d’être le numéro 1. Mais il y a toujours un match à venir. Ce qui est bien avec cette équipe de France, c’est qu’elle ne semble pas être rassasiée. Arriver au sommet est très difficile. Y rester est encore plus compliqué.

Pensez-vous que la France a rattrapé son retard sur des nations comme l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande ?

L’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande seront toujours difficiles à battre. Il ne faut pas non plus rayer l’Irlande des favoris. C’est pourquoi les jouer le plus souvent possible aidera les joueurs à rester sous pression. Cela va dépendre de l’équipe qui supportera le mieux la pression.

En quoi Fabien Galthié est-il différent des autres entraîneurs qu’a connus l’équipe de France ?

Fabien Galthié a une grande vision pour cette équipe. Il permet à ses joueurs de jouer, de faire vivre le ballon. Il a cette chance de compter sur une sublime génération de joueurs.

Selon vous, quels sont les axes de progrès de cette équipe de France ?

Une ligne de défense encore plus imperméable et de la patience en attaque. Il faut vraiment que les joueurs réussissent à garder cette volonté de s’amuser.

Où se situe le rugby australien aujourd’hui sur la scène mondiale ?

Nous sommes loin derrière les meilleurs. Trop de joueurs ne jouent pas à leur poste chez nous et nous n’avons toujours pas de grand demi d’ouverture. Celui qui fera oublier Michael Lynagh ou Stephen Larkham n’est pas encore là. Et je vous avoue aussi que je ne connais toujours pas notre meilleur XV de départ.

Vous avez souvent dit tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas. Vous ne mâchez pas vos mots… Cela vous a-t-il parfois joué des tours ?

J’ai toujours dit et je dirai toujours ce que je pense. J’aime le rugby et, parfois, il est très difficile de regarder et de comprendre pourquoi les équipes jouent de la même manière. Je le dis car je pense que c’est la chose à faire pour ce jeu que j’aime soit toujours celui que les gens aiment regarder.

Êtes-vous resté en contact avec des joueurs français de votre époque ? Si oui, lesquels ?

Philippe Sella. C’est un joueur que j’ai toujours admiré. Nous ne nous voyons pas suffisamment mais c’est un bon ami.

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