Julien Dumora (arrière du CO) : «Est-ce qu’on avait suffisamment peur ?»

  • Julien DUMORA of Castres Olympique look dejected during the Final Top 14 match between Castres Olympique and Montpellier Herault Rugby at Stade de France on June 24, 2022 in Paris, France. (Photo by Hugo Pfeiffer/Icon Sport)
    Julien DUMORA of Castres Olympique look dejected during the Final Top 14 match between Castres Olympique and Montpellier Herault Rugby at Stade de France on June 24, 2022 in Paris, France. (Photo by Hugo Pfeiffer/Icon Sport) Icon Sport - Icon Sport
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C’est au lendemain du match que Julien Dumora avait fixé rendez-vous pour évoquer sa 200e feuille de match sous le maillot castrais, après une semaine remplie d’émotions. Un scenario évidemment bien loin de celui que le héros de 2018 avait imaginé, comme un symbole de cette roue du destin qui n’a cette fois pas souri au CO.

À froid et après une courte nuit de sommeil, arrivez-vous à vous expliquer que votre équipe soit à ce point passée à côté de son rendez-vous ?

Il y a ces vingt premières minutes, ou même plutôt ces dix-sept minutes, où… (il soupire) Ce n’était pas une question d’envie, je ne crois pas. Mais les Montpelliérains nous ont contrés deux ou trois fois, ce qui leur a permis de rapidement prendre le score et de nous attendre. Là-dessus, on a Benji Urdapilleta qui se blesse, ce qui nous a obligés à tout réorganiser dans l’équipe. On revient plutôt bien en début de deuxième mi-temps, mais on ne marque pas assez vite pour les faire douter un petit peu.

La blessure d’Urdapilleta vous a conduit à endosser à la fois les responsabilités d’ouvreur et de buteur, auxquelles vous n’étiez peut-être pas suffisamment préparé…

Ce n’était pas la finale à laquelle je m’attendais, encore moins celle que j’espérais, c’est sûr. Et en même temps Benji est quelqu’un qui ne se blesse jamais… Cela faisait très longtemps que je n’avais pas joué à l’ouverture, mais bon, je savais que s’il devait y avoir un pépin, c’est moi qui pouvais être amené à basculer en 10. J’ai essayé de faire de mon mieux à ce poste, il y a eu plein de petites scories que l’on ne connaît pas d’habitude : des ballons perdus, des en-avant, des problèmes de transmissions qui ne nous ont jamais permis de mettre complètement notre jeu en place. On a pourtant réussi quelquefois à trouver de l’avancée, à créer des décalages, mais cela n’a jamais été suffisant.

De manière assez symbolique, alors que vous aviez inscrit l’essai qui avait fait basculer le match en 2018. Exactement de l’autre côté du terrain, vous n’avez cette fois pas réussi à conclure une situation similaire dès le retour aux vestiaires, qui aurait à ce moment pu permettre à votre équipe d’y croire.

C’est vrai que l’action ressemble un peu à celle de mon essai en 2018, mais cette fois, il a manqué un petit quelque chose. Arthur Vincent et Zach Mercer arrivent à me maintenir en l’air dans l’en-but, je ne réussis pas à aplatir au moment où j’arrive au-dessus de la ligne… Franchement, ça se joue à que dalle, c’est juste un bras au début qui me coince, ensuite je suis retourné dans l’en-but. C’était terriblement rageant de ne pas réussir à marquer à ce moment-là. Cela aurait pu nous permettre d’enclencher une dynamique positive, mais la vérité, c’est qu’on ne le saura jamais.

Contrairement à 2013 ou 2018, ou même à la demi-finale contre Toulouse, le CO n’était cette fois pas dans la peau du Petit Poucet face au grandissime favori. N’est-ce pas cette sainte trouille qui vous a fait défaut, au final ?

Ce n’est pas impossible qu’il nous ait manqué cette boule au ventre, cette peur de prendre une dérouillée qui nous a animés par le passé, notamment en 2018. On savait qu’après les demies où Montpellier comme nous avait sorti une grosse prestation, sur cette finale, c’était du 50-50. Est-ce qu’on avait suffisamment peur d’eux ? Ça, je ne sais pas, tout comme je ne sais pas s’il s’agit là de la principale raison à notre mauvaise entame de match.

Vous disputiez à l’occasion de cette finale votre 200e match sous le maillot castrais, formidable coïncidence. Pour l’occasion, vous avez eu droit à certaines attentions, dont un clip retraçant votre carrière qui a été copieusement applaudi par vos partenaires… Avez-vous été surpris ?

Avec nos analystes vidéo, cela faisait un petit moment qu’on avait calculé que cette finale pouvait coïncider avec ma 200e apparition sous le maillot de Castres. À chaque occasion où l’on peut fêter une centième, cent-cinquantième, le staff à l’habitude de glisser un petit montage vidéo sur le joueur en question lors de l’annonce de la composition d’équipe, donc je m’y attendais un petit peu. Mais ce qui m’a quand même surpris, c’est que mes proches aient été mis à contribution pour me laisser un petit message, ma famille, mes amis… Cela m’a fait plaisir de ressentir leur fierté, ça m’a forcément touché. Et surtout, le lendemain, j’ai eu le plaisir que ce soit Rémi Tales, un ami de longue date, qui soit venu pour me remettre un maillot spécial siglé du chiffre 200… Quand je suis arrivé à Castres, c’était un peu le grand frère sur qui s’appuyer, le papa de l’équipe, quoi. Cette attention supplémentaire m’a vraiment fait très plaisir, et j’en remercie encore le club.

Qu’allez-vous faire de ce maillot collector, au juste ?

Je vais le conserver, évidemment. Ce n’est pas exactement le souvenir que j’aurais aimé garder de cette finale, mais bon… Ne serait-ce que parce qu’il s’agissait de ma 200e avec le CO, ça ne peut rester qu’un moment particulier dans ma carrière dont je ne me vois pas me séparer, même si nous avons perdu.

Tout cela n’a-t-il pas été difficile à encaisser sur le plan émotionnel ?

C’est quand même arrivé très tôt dans la semaine, la petite vidéo a été diffusée le mercredi, la remise du maillot a eu lieu la veille… ça m’avait largement donné le temps de digérer tout ça, donc non, ce n’est absolument pas une excuse ni une explication à ce qui s’est passé le jour du match.

Après la finale perdue de 2014, le club a connu des difficultés à se remettre en ordre de bataille. Cette expérience peut-elle vous servir ?

Je suis arrivé à Castres la saison suivant la finale perdue de 2014, donc forcément, je connais un peu le contexte. L’urgence, ça va être d’abord d’évacuer toute la frustration suscitée par cette défaite, bien profiter des vacances car cela fait bientôt un an que nous nous entraînons tous ensemble, et bien se préparer dès la reprise au mois de juillet car on sait bien que ce Top 14 ne pardonne rien. Quand on voit que des équipes comme Toulon, Lyon ou Clermont n’ont pas fait partie des six, on sait qu’on n’a pas le droit à l’erreur et qu’il faudra être performant dès la reprise.

Dans quatre petites semaines à peine, il vous faudra remettre le bleu de chauffe. On imagine cette perspective bien lointaine et démoralisante…

Il ne le faut surtout pas. Pour l’avoir subi la saison dernière, on connaît l’importance de réaliser un bon début de saison afin de se retrouver assez vite dans le haut du tableau, et ne pas commencer à se faire peur en restant en bas. Notre saison a été belle, nous avons terminé premiers de la phase régulière, on a terminé en finale même si on n’a pas réussi à ramener ce qu’on venait chercher. On reste des compétiteurs, cette défaite doit au moins avoir le mérite de nous remettre en question avant de repartir, sinon on peut rapidement connaître de grosses désillusions. Ce Top 14 est un éternel recommencement, rien n’y est jamais acquis, c’est ce qui fait sa dureté et son charme.

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Propos recueillis à Paris par Nicolas ZANARDI
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