L'édito : Bleus à "lames"

  • Gregory Alldritt lors de la rencontre face à l'Australie
    Gregory Alldritt lors de la rencontre face à l'Australie Icon Sport - Icon Sport
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À quoi tient le bonheur d’une victoire, la gloire et le sentiment d’ivresse qui l’accompagnent ? Parfois à de petits riens, mais qui font toute la différence. Nous l’avons bien capté samedi, entre Auckland et Saint-Denis, quand les filles du XV de France se sont pris les pieds dans le tapis rouge d’une ultime action décisive. Et qu’à l’inverse, les garçons de Dupont ont finalement décroché la lune face à l’Australie, sur leur dernier coup de dé.

Le détail, c’est donc cette passe sautée toute au french flair de Matthieu Jalibert pour lancer la chevauchée à la "desesperado" de Damian Penaud qui termine dans l’en-but à trois minutes d’une partie mal embarquée contre l’Australie, manière de sceller un onzième succès consécutif des Bleus. Record battu, quel pied ! Et c’est également ce rush de Maëlle Filopon qui n’atteint pas le Graal à cause d’un deux-contre-un qu’elle a oublié face aux favorites néo-zélandaises ; en suivant Caroline Drouin rate la pénalité de la gagne et les Bleues échouent aux portes de leur première finale de Coupe du monde. Leurs regrets et les nôtres seront éternels.

Le détail, c’est certainement ce qui fait la différence (sans oublier le coaching) et qui scelle les destins de ces deux équipes de France en miroir : l’une séduisante mais battue, l’autre plus à la peine mais victorieuse à l’arrachée. Pour elles, c’est la fin d’un bal dont il faudra se souvenir afin de ne pas réitérer les mêmes erreurs. Pour eux, c’est une nouvelle étape de franchie sur le chemin du grand défi mondial : France 2023.

Voilà surtout incarnée une belle part du rugby français qui, faute de pouvoir tout maîtriser, a tant joué les hauts de son histoire sur de tels coups d’éclat aux frontières du raisonnable. Appelez ça French Flair ou talent, c’est comme vous voulez. Pour nous, les deux sont indissociables. Et ils sont toujours servis par de gros caractères, des ego trempés dans la fureur d’exister, au fort pouvoir de résilience et dotés d’une confiance en soi inébranlable. Sans oublier l’intelligence situationnelle et cette capacité à dominer l’instant. Impossible de s’en passer.

Génération après génération, la recette ne s’est jamais démentie. Et si Dupont a porté la flamme sans flancher depuis deux ans, Penaud fut l’illustre incarnation du génie français contre l’Australie ; décisif comme il l’avait déjà été face aux Néo-Zélandais à l’automne 2021. Rassurez-vous, ils ne sont pas seuls à être faits d’un tel alliage. On pourrait citer les Marchand, Alldritt, Jalibert, sans oublier Ntamack, Fickou et Woki quand ils sont à leur niveau. Ou encore Villière, Vincent et Willemse, quand ils reviendront de blessure.

Ils constituent la partie émergée d’un réservoir qui pourrait encore nous réserver quelques surprises d’ici au Mondial… même si Fabien Galthié semble désormais enclin à délaisser la politique de l’homme en forme pour offrir expérience, repères et confiance à son équipe type. Tant que ça gagne, avouez qu’il est difficile de lui donner tort. Et à ce niveau-là, ce sont les joueurs/joueuses qui font les titres.

Alors, riez jeunesse. Si de tels coups de lame sont parfois difficiles à maîtriser, ils sont surtout ce que nos adversaires n’ont pas toujours en magasin. Et c’est aussi pour ça qu’il convient de croire en l’avenir. Vite, la suite.

Emmanuel MASSICARD
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