XV de France - Imanol Harinordoquy : « Fabien Galthié doit avoir mal à la tête »

  • Imanol Harinordoquy : "Galthié doit avoir mal à la tête"
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L’ancien troisième ligne international, Imanol Harinordoquy (82 sélections,) porte un regard éclairé sur les choix que Fabien Galthié va devoir opérer.

Faut-il s’inquiéter, à huit mois de la Coupe du monde, du grand nombre de joueurs français blessés ?

Malheureusement, on revient à la normale. C’était quand même assez exceptionnel que le XV de France ne soit pas davantage frappé par les blessures ces deux dernières années. Et tant mieux. En revanche, ce qui m’inquiète, c’est qu’il y a de plus en plus de blessures de longue durée. Quand ça casse, ça casse vraiment plus fort. Peut-être que nos joueurs ont été en surrégime pendant deux ans. Aujourd’hui, quand un joueur se blesse, il y a souvent une rechute. C’est un signe fort envoyé par le corps : ça signifie que l’organisme dit stop. Et puis, peut-être que certains joueurs, en raison d’une forte concurrence, de l’échéance de la Coupe du monde, cherchent aussi à revenir plus vite. Dans ce groupe, même un cadre n’est pas sûr de retrouver sa place tant on s’aperçoit que le vivier est grand.

Justement, Melvyn Jaminet, absent en novembre, est de retour après avoir vu son concurrent Thomas Ramos briller durant cette période en bleu. Qui sortira gagnant de cette concurrence au poste de 15 durant le Tournoi des 6 Nations ?

Fabien Galthié doit avoir mal à la tête (rires). Je n’ai pas vu tous ses matchs depuis son retour, mais il me semble que Melvyn Jaminet n’a pas retrouvé encore son meilleur niveau. Surtout, pour moi, Thomas Ramos a quelque chose en plus. Il n’a peut-être pas la longueur du jeu au pied de Jaminet mais dans le jeu courant il a apporté sa « grinta », sa « vista ». Dans la balance, il a plus d’arguments que Jaminet pour prendre ce maillot. Je sais aussi que Fabien (Galthié) aime ce profil de joueur comme Jaminet, peut-être plus sûr et qui a progressé notamment sur les ballons hauts. Maintenant, les performances de Thomas Ramos en novembre ont prouvé qu’il était un joueur très fiable, sans oublier ce mental de leader. Mais…

Quoi ?

Au regard des performances de Thomas Ramos, ça va être compliqué de tout le temps lui dire : « On compte sur toi mais t’es remplaçant ». C’est terrible mais son problème, c’est sa polyvalence. Pour Fabien, c’est un luxe d’avoir un joueur qui peut être le meilleur arrière, mais aussi le meilleur ouvreur. Bref, Ramos, c’est le remplaçant idéal.

Gabin Villière ne figure pas dans la liste des 42 joueurs retenus pour l’instant. Qui voyez-vous évoluer à l’aile avec Damian Penaud ?

La bonne question à se poser, c’est « quel poste privilégier » ? Est-ce qu’on choisit d’abord la paire de centres ou l’ailier manquant ? Replace-t-on Yoram Moefana au centre alors qu’il a évolué à l’aile en novembre en donnant satisfaction ? Est-ce qu’on positionne un pur ailier comme Mathis Lebel ? Fabien Galthié va-t-il être tenté de lancer un jeune comme Dumortier ? J’imagine bien Fabien rester dans la continuité avec Moefana à l’aile et titulariser un nouveau centre avec Gaël Fickou.

François Cros est de retour dans le groupe France. Peut-il retrouver sa place au sein de la troisième ligne ?

Pour moi, il n’a pas encore eu le temps de retrouver son meilleur niveau. Je ne le vois pas retrouver une place de titulaire dès le début du Tournoi. Sans doute sera-t-il remplaçant au départ car il peut couvrir tous les postes de la troisième ligne. Ensuite, il est possible qu’avec sa montée en puissance, il gratte du temps de jeu.

Au détriment de quel joueur de troisième ligne ?

Sans doute Charles Ollivon. François est un excellent joueur de conquête aérienne et c’est un capitaine de touche, ce qui n’est pas anodin. De ce point de vue, il a une intelligence supérieure dans l’analyse. Mais, c’est vraiment un problème de riche pour Fabien Galthié. Après, l’état de fraîcheur sera un élément important. J’ai le sentiment que les joueurs concernés par la troisième ligne ont déjà beaucoup joué.

Cette composition en troisième ligne ne sera-t-elle pas aussi dépendante de l’attelage en deuxième ligne ?

L’absence de Cameron Woki peut rebattre effectivement les cartes. À droite, Willemse devrait reprendre sa place, même si j’ai trouvé Romain Taofifenua très affûté. En novembre, il a vraiment fait de sacrées entrées en jeu. Et il a été très bon lorsqu’il a été titularisé. Et à gauche, pour moi, Thibaud Flament s’impose. Outre sa capacité de déplacement, il amène cette faculté à jouer après contact, ce qui nous manque parfois au niveau du paquet d’avants, à l’exception de Cyril Baille et un peu Uini Atonio. Je suis d’ailleurs assez déçu que le deuxième ligne de Toulouse Meafu ne soit pas sélectionnable pour le Tournoi. Lui, c’est vraiment le joueur d’avenir pour l’équipe de France.

Baptiste Couilloud et Maxime Lucu blessés, qui sera à votre avis le demi de mêlée derrière Antoine Dupont ?

J’aime beaucoup Nolann Le Garrec et Léo Coly, mais le premier apporte plus de garanties dans le rôle qui lui sera confié. Galthié aime avoir sur le banc un demi de mêlée gestionnaire pour les fins de rencontres, ce que fait à la perfection Maxime Lucu. Léo Coly peut parfois surjouer quand Nolann Le Garrec fait preuve d’une maturité incroyable.

Le Staff des Bleus a pris l’habitude de composer un banc de finisseurs avec six avants et deux trois-quarts. Êtes-vous favorable à la poursuite de cette option ?

La réponse à cette question dépend de Sekou Macalou (rires). Franchement, il m’a bluffé en novembre. Moi, ancien troisième ligne, jamais je ne me serais senti à l’aise dans ce rôle-là. Avoir des repères sur deux postes très différents, ce n’est pas simple. Pour lui, ce n’est pas un cadeau. Après, quand tu cours aussi vite que lui, c’est plus facile (rires). En tout cas, cette option de six avants et deux trois-quarts sur le banc me plaît bien.

Le jeu de dépossession, souvent contré en novembre, a-t-il de l’avenir dans ce Tournoi des 6 Nations ?

Quand tu défends bien, que tu joues chez l’adversaire, le risque de s’exposer est mince. Ce jeu a donc de l’avenir. Après, il faut avoir cette capacité à tenir le ballon lorsqu’on est dans le camp adverse, ce qui n’a pas été notre cas lors de la tournée. Le jeu de dépossession ne suffit pas. D’autant plus qu’aujourd’hui, le XV de France est l’équipe à battre. Nos adversaires ont décrypté notre jeu et ont su mettre l’agressivité nécessaire pour contrarier nos libérations de balle. Dupont a d’ailleurs été en difficulté. Et on a été moins dangereux. Même le Japon nous a posé des soucis par moments. Cette tournée de novembre a montré que nous n’avions plus de marge de manœuvre.

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Arnaud Beurdeley
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