• Les Bleus poursuivent leur préparation dans le cadre si particulier du stade Louis II de Monaco. Photo Max PPP
    Les Bleus poursuivent leur préparation dans le cadre si particulier du stade Louis II de Monaco. Photo Max PPP
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XV de France

XV de France : Le rallye de monte-carlo

Débarqués jeudi en Principauté, les Bleus ont redoublé d’intensité à l’entraînement pour parvenir à combler leur retard par rapport à leurs concurrents. Reste que le temps file inexorablement avant la période des matchs amicaux, dont la fuite complique d’autant plus la construction d’un groupe homogène sans lequel le XV de France ne pourra envisager passer les poules. De quoi conférer à cette préparation des faux airs de course contre-la-montre.

Monaco, son rocher, son tunnel, ses plages, et ses clichés. Du bling-bling des Lamborghini stationnées à chaque coin de rue aux blondasses siliconées trimballées par la laisse d’un infâme toutou. Du bruit ronflant des moteurs à celui des derniers ragots concernant la famille princière. De l’activité fourmillante de son casino, au désert du stade Louis II… Enfin, désert, ou presque. Parce que depuis ce jeudi, c’est une drôle de troupe qui s’est installée dans l’hôtel Marriott du Cap d’Ail, et traverse chaque jour la frontière séparant la France de Monaco, matérialisée en l’espèce par l’avenue des Castellan. Un micro-trajet de cinquante mètres que le XV de France effectue à raison de quatre à cinq fois par jour, pour souffrir, sous les yeux étonnés des ouvriers travaillant à la réalisation des nouvelles loges du stade monégasque. Suivant un rituel immuable, qui consiste en une micro-séance vidéo avant le temps de travail à proprement parler, les entraînements intensifs se succédant jusqu’à laisser place à des séances plus light, censées préparer une autre session plus sévère. Et inversement, sous la chaleur étouffante de la Côte d’Azur… "On cherchera durant toute la préparation à travailler en hyperthermie, sous la chaleur, parce qu’il nous paraît important de s’acclimater à ces conditions, avançait le sélectionneur Jacques Brunel. Il ne fera peut-être pas aussi chaud au Japon mais il y aura de l’humidité, à laquelle il est toujours dur de s’accoutumer. " Le bagne ? N’exagérons rien. Mais un rythme qui ne laisse assurément pas beaucoup de répit. Et pour ceux qui en doutent, on leur recommande simplement de regarder ces Bleus aux regards harassés regagner leur chambre, pour se jeter dans leur lit ou se presser chez les kinés, pour les moins éreintés. La preuve ? Même l’entraînement de samedi matin a été annulé, pour permettre aux joueurs d’enfin s’offrir une grasse matinée…

Falgoux, deuxième forfait

Difficile de s’étonner, donc, si depuis le début de la préparation, les Tricolores n’en finissent pas de déplorer des bobos, comme cette mauvaise blessure à l’aine qui laissa sur le carreau Paul Willemse, avant qu’Étienne Falgoux ne jette lui aussi l’éponge dans la journée de samedi, remplacé en tant que suppléant par le Toulousain Cyril Baille. Le prix logique à payer, paraît-il, pour une préparation toujours en flirt avec le seuil de rupture, et pourtant nécessaire après un championnat à la formule trop lourde et aux standards de jeu encore insuffisants. "Globalement, on sent quand même une belle progression depuis dix jours, souriait Brunel. Nous, le staff, on le ressent, et les joueurs constatent aussi qu’ils se sentent plus à l’aise dans le rythme, dans les enchaînements de travail qu’on leur propose. La récupération reste difficile mais le rythme est mieux assimilé. " Suffisant pour se satisfaire ? Malheureusement non. Parce qu’à Monaco, pays natal de Léo Ferré, on sait mieux qu’ailleurs à quel point avec le temps, va, tout s’en va. "Tous les jours, je fais le décompte du temps qu’il nous reste à travailler, avouait Brunel. Il y en avait vingt lorsque nous nous sommes réunis, huit à notre arrivée ici, et après ce stage, il en restera quatre lors de notre stage à Valence, en Espagne… C’est tout ! Ensuite, les matchs vont arriver, et on se retrouvera en configuration compétition, avec tout ce que ça comporte. Les blessures, les temps de repos nécessaires… L’enchaînement ne sera pas le même. "

La métamorphose de Brunel

Une gageure, avec un temps de préparation plus court et moins de matchs de préparation que n’importe quelle autre nation ? "Je ne vais pas y revenir, s’agaçait Brunel. À chaque fois que j’ai dit qu’on commençait les choses après les autres, on dit que je me plains. Alors, je ne vais pas plaindre. On est des privilégiés, on prépare une Coupe du monde. En ce qui me concerne, c’est ma quatrième et dernière, alors je ne veux pas la manquer. " Un discours aussi posé qu’autoritaire, à des années-lumière de celui du Tournoi où le Gersois n’incarnait que l’ombre de lui-même. Qu’on se le dise, à défaut d’avoir déjà trouvé une condition physique et un jeu, les Bleus ont au moins retrouvé un patron davantage boosté que plombé par l’intégration au staff de son ancienne charnière de Colomiers, Galthié-Labit. Au point d’avoir fait le grand saut à l’élastique devant tous les membres du staff, lors de la journée de cohésion de la semaine dernière avec le GIGN… "J’ai hésité, parce que j’ai quelques ressorts là-dedans (référence à son accident cardiaque survenu voilà quelques années, N.D.L.R.) et qu’à un moment donné, je me suis dit qu’il ne valait mieux pas qu’ils sautent… Mais bon, je suis content de l’avoir fait. " Parce que, l’air de rien, Brunel s’est de nouveau imposé en chef, ainsi que le soulignait l’air de ne pas y toucher le tweet des militaires. Et s’il se refusa à le commenter lorsqu’un confrère lui en fit la remarque, il faudrait être aveugle pour ne pas voir en cette reprise en main et ce regain d’autorité la meilleure nouvelle de ce début de séjour à Monaco. Et ça, c’est déjà extra…

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