• Antoine Dupont, ici à l’entraînement aux côtés de Cyril Baille, se connaissent depuis très longtemps. Les deux hommes se sont rencontrés enfant en bord de terrain.
    Antoine Dupont, ici à l’entraînement aux côtés de Cyril Baille, se connaissent depuis très longtemps. Les deux hommes se sont rencontrés enfant en bord de terrain. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Dupont, la passion comme moteur

Le Toulousain, Antoine Dupont, est un passionné de rugby. Il ne coupe jamais avec son sport et passe son temps à regarder des matchs.

Dans les couloirs du Nikko Hotel de Kumamoto, ce lundi soir, Antoine Dupont vient de terminer de répondre aux questions des radios. Détendu, le demi de mêlée de l’équipe de France en profite pour échanger avec Denis Charvet. La discussion tourne vite autour de Galles - Géorgie qui vient de débuter et son regret de ne pas avoir pu suivre vraiment les autres rencontres de la Coupe du monde. Pourtant en écoutant bien, le Toulousain avoue avoir regardé Afrique du Sud - Nouvelle-Zélande, livre son analyse sur la prestation de l’Irlande face à l’Écosse et reconnaît avoir jeté un œil sur Angleterre - Tonga depuis son portable. Autant dire que le demi de mêlée des Bleus n’a pas manqué grand chose du premier week-end de compétition. Rien de surprenant, Antoine Dupont est un fou de rugby.

Une addiction que l’on pourrait penser banale chez un joueur professionnel. Ce n’est pas toujours le cas, loin de là. Sans lui jeter la pierre, Yacouba Camara est resté coi quand on lui a demandé comment se passait l’intégration de Pierre-Louis Barassi. "Qui ?" a-t-il répondu dans un premier temps. Didier Lacroix, président au Stade toulousain, a été le premier surpris de la passion de son jeune joueur : "Ce qui marque chez Antoine, c’est qu’il aime profondément le rugby. Il adore ce sport, ce jeu et il en mange tout le temps. Quand tu proposes d’aller voir un match, il est le premier à accepter. Et si tu ne l’avais proposé, il y serait allé quand même (rires)." Aujourd’hui à Bath, Pierre-Henry Broncan connaît le joueur depuis qu’il avait essayé de le faire signer à Bordeaux-Bègles en 2014. Il l’a ensuite entraîné à Toulouse où il a tissé des liens forts avec le demi de mêlée : "C’est un garçon qui aime ça. Il est issu de nos campagnes, il a grandi dans un village où le rugby est central, où on en parle, où on va au stade. Je crois que c’était plus facile pour lui de s’immerger dedans que pour un joueur né en banlieue parisienne. Lui connaît l’histoire du rugby et les générations précédentes. C’est de plus en plus rare. Nous avons besoin de joueurs passionnés." Antoine Dupont a ainsi été le premier surpris quand, après un de ses premiers matchs en Bleu, Philippe Dintrans était venu se présenter. "Avant qu’il ne puisse dire qu’il avait aussi été international, il l’a tout de suite coupé, rigole Broncan. Antoine lui a dit : "Bien sûr que je vous connais." Il aurait pu lui raconter sa carrière."

Du niveau international aux divisions amateurs

Une passion qui a débuté à Castelnau-Magnoac (Hautes-Pyrénées). Antoine Dupont entre à l’école de rugby à 4 ans et se prend d’amour pour ce sport, passant tout son temps avec un ballon ovale entre les mains : "Je me rappelle, au collège, quand on remplissait les fiches en début d’année scolaire et quand on demandait nos passions. J’écrivais "rugby". Mais le problème, c’est qu’il fallait en donner au moins une deuxième. Je ne savais pas quoi mettre (rires). En fait, je n’avais pas grand-chose d’autre dans ma vie ! Je ne m’intéressais qu’à ça et ça n’a pas vraiment changé, même si je suis peut-être un peu plus ouvert d’esprit désormais." Antoine Dupont est l’exemple même du gamin qui passait son dimanche à jouer dans l’en-but pendant les rencontres de l’équipe première, à s’épanouir derrière la main courante d’un club amateur, à s’y faire des copains comme Cyril Baille, rencontré à Lannemezan alors qu’ils n’étaient que des mômes.

Les exigences du sport professionnel, où les joueurs sont de plus en plus centrés sur leurs performances, n’ont rien changé à son approche : "J’ai grandi mais mon amour pour ce sport est intact. Je regarde du rugby tout le temps. Même quand je ne joue pas, je suis toujours devant une rencontre… J’avoue que certains de mes partenaires ne me comprennent pas trop. Ils me disent : "Moi, lorsque je ne joue pas, je m’en fous du rugby et j’ai besoin de couper." Ce n’est pas du tout mon cas. Il faudrait sûrement que je fasse une pause mais je trouve tout le temps une bonne raison de regarder un match (sourires)."

Son ancien colocataire à Castres, Anthony Jelonch, peut en témoigner : "On peut dire qu’à la maison il y avait souvent du rugby à la télévision. Surtout, il avait toujours un ballon dans les mains. Il veut tout le temps jouer." L’amitié de ces deux garçons part certainement de là : "Nous sommes un peu pareil. On aime toujours aller voir des matchs amateurs. Je vais souvent à Vic-Fezensac (Gers) et lui va voir son frère jouer." Et pas simplement pour faire plaisir à Clément, selon Pierre-Henry Broncan : "Il est capable de regarder un match international et un match de Fédérale avec la même attention. Quand il va voir son frère jouer à Lannemezan (aujourd’hui à Miélan-Mirand, N.D.L.R.), il raconte le match avec autant de détails et de passion."

Incollable sur ses adversaires

En assistant ou en regardant autant de rencontres, Antoine Dupont est devenu incollable sur les joueurs du championnat, même ceux qui débarquent de Pro D2. Incontestablement un atout supplémentaire pour trouver des failles chez ses adversaires même s’il n’est pas catégorique : " Certains sont totalement détachés de ça et ne connaissent pas la moitié des joueurs du championnat. Cela ne les empêche pas d’être très bons sur le terrain. Je crois qu’il faut juste être fidèle à soi-même et ne pas se forcer si on ne ressent pas le besoin de manger du rugby tout le temps […] Je ne suis pourtant pas du style à passer une heure tous les jours dans la salle vidéo pour analyser toutes les rencontres. Quand je regarde un match, c’est d’abord pour mon plaisir. Mais il est vrai que ça me permet de plus ou moins connaître tous les profils des autres équipes."

à tel point que Pierre-Henry Broncan, reconnu pour son travail de recruteur, n’hésite pas à le solliciter : "Il m’arrive de lui demander son avis, d’autant plus qu’il a des idées bien arrêtées. Pour lui, c’est noir ou blanc. Je lui pose des questions sur des joueurs qu’il a pu affronter comme l’Argentin Tomas Cubelli. Et quand je lui parle de quelqu’un qu’il ne connaît pas, je sais qu’il va faire des recherches pour se faire un avis et qu’il va me donner toutes les statistiques le lendemain." C’est presque devenu un jeu entre les deux hommes. Une réflexion permanente sur le rugby qui explique pour Didier Lacroix la bonne entente entre son demi de mêlée et Ugo Mola : "Ça ne m’étonne pas que le courant passe entre eux. Ils ont en commun de penser tout le temps au rugby."

Pourtant, Antoine Dupont se défend de vouloir outre passer son rôle : "Je n’ai pas encore ce côté des entraîneurs qui ne peuvent pas être devant un match sans tout analyser : la défense, l’attaque, les points forts, les points faibles… Bon, il y a quand même quelques trucs qui me sautent aux yeux parce que je suis habitué à bosser sur le jeu en général. Quand on regarde une rencontre, même sans le vouloir, on se fait son propre avis. Mais je laisse la partie purement tactique et technique aux coachs." Mais difficile de ne pas laisser parler la passion et de ne pas partager ses connaissances, notamment sur les équipes adverses : "Il est vrai que si je ne suis pas forcément d’accord ou si j’ai des choses à ajouter par rapport à ce que j’ai pu observer, je n’hésite pas à en faire part aux entraîneurs." Simplement guidé par sa passion.

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