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Entretiens

Reggiardo : « Il faut savoir admettre que l’on joue le maintien »

Mauricio Reggiardo, le manager de Castres, a déjà réussi plusieurs opérations de maintienau cours de sa carrière. Il donne ici quelques clés pour parvenir à sauver sa place.

Au cours de votre carrière d’entraîneur, vous avez réussi plusieurs opérations de maintien. On se souvient notamment de votre retour à Castres en cours de saison 2015 où vous aviez redressé une situation très mal engagée. Quelle est, selon vous, la clé du succès pour sauver un club en perdition ?

Il faut reconnaître et savoir admettre la situation. Se lever le matin et se dire : "bon, cette saison, on joue le maintien". Ne pas se voiler la face. Cela paraît évident mais c’est loin de l’être, surtout lorsque l’on évolue au sein d’un "grand" club habitué à jouer plutôt le haut du tableau. Il faut penser positif. C’est délicat parce que ces saisons-là sont émaillées de nombreuses défaites. Tous les lundis, on a la gueule cassée par le match du dimanche. Et il faut pourtant repartir au combat en trouvant de nouveaux leviers de motivation pour faire penser au groupe que les choses vont finir par tourner dans le bons sens.

Que conseillez-vous alors ? Élargir le groupe pour y injecter du sang frais ou au contraire le resserrer autour de grands leaders garants de l’esprit du club ?

Il faut tracer un chemin. Et inviter les gens à le suivre. Si un joueur ne rentre pas dans le cadre de ce chemin, il faut l’écarter du groupe. Quand on se lance dans la bataille du maintien, il faut des gens prêts à laisser leur chemise sur le terrain pour le club et son projet. Sinon, on ne peut pas s’en sortir. Je précise que le manager doit avoir un appui total de son président. Il faut être soudé, qu’il n’y ait pas de voix dissonantes. Dans de telles saisons, il faut savoir prendre des décisions parfois difficiles. Tout le monde doit tirer dans le même sens, sinon, cela explose.

Vous parlez d’amour du maillot. Quelle est la part de l’affectif par rapport au sportif lorsque l’on joue pour sa survie ?

Il ne faut pas se mentir. L’affectif, le mental, ça va bien pendant dix minutes. On se met des coups de casque dans le vestiaire et puis on entre sur la pelouse. Le match, lui, dure quatre-vingts minutes. Et là, sans un bon contenu rugbystique, on ne peut pas exister. Donc même si l’aspect mental est important, le sportif reste prépondérant. On peut avoir les plus grands guerriers, s’ils ne se font pas deux passes sans tomber le ballon, cela ne sert à rien !

Vous évoquez souvent la prépondérance du classement britannique sur le modèle traditionnel dans la construction de vos saisons. En quoi cet outil méconnu du grand public est-il plus utile ?

Disons qu’il permet de lisser les résultats. Cet outil nivelle les performances des équipes en fonction du nombre de matchs à domicile et à l’extérieur. Personnellement, je trouve cet outil plus précis. Il permet de relativiser les performances entre des équipes qui ne sont pas sorties aussi souvent l’une que l’autre. Il donne une bonne image de l’état de forme d’un club à un instant T de la saison. En le prenant en considération, il est plus facile de faire des calculs et de se projeter.

Vous avez réussi à maintenir Castres dans l’élite en 2015, puis Agen lors de vos deux saisons en Top 14 avec le club du Lot-et-Garonne. Quelle saison a été la plus difficile à gérer ?

Chaque saison, chaque expérience est différente. À Agen, c’était très simple : nous savions que nous allions jouer le maintien dès la pré-saison. Le plan et la feuille de route étaient prêts. À Castres, je disposais de moins de temps, il y avait urgence (il était arrivé en cours de saison, en remplacement de Serge Milhas, alors entraîneur des avants du CO, N.D.L.R). Une chose est certaine, ces saisons-là sont usantes. Elles véhiculent énormément d’émotions. Il y a de la frustration, de la tristesse et beaucoup de souffrance. Quand l’histoire se finit bien, comme ce fut le cas lors de ces expériences-là pour moi, la joie n’en est que plus forte.

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