Danger sur les portés

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    Danger sur les portés Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Souvent mise en difficulté sur les ballons portés adverses, la défense tricolore dans ce secteur de jeu pose question. Un secteur identifié comme faible par le nouveau staff du XV de France…

Entre le mois de janvier 2018 et le début du dernier Mondial, le XV de France avait encaissé six essais sur ballons portés. Le chiffre n’a pas manqué de faire réagir les adversaires des Français au Japon. Au contraire. Rien de surprenant donc à voir les Pumas, lors du premier match de la Coupe du monde, user de cette stratégie pour mettre à mal les Bleus. Deux mauls coup sur coup pour deux essais lors de la seconde période. Forcément, ça coince dans ce domaine et ça inquiète. "Karim Ghezal est aussi parti de ce constat selon lequel nous étions trop friables dans ce secteur de jeu, et qu’il fallait absolument nous améliorer là-dessus", a glissé cette semaine à Nice le troisième ligne toulousain François Cros.

Force est de s’interroger sur les raisons d’une telle carence. Est-ce un problème d’agressivité ? Un réglage technique à affiner ? "La défense des portés, c’est quelque chose de profondément collectif, qui permet de jauger l’état d’esprit d’une équipe, répond Cros. Quand on prend un essai sur ballon porté, souvent, on accuse le coup, alors que quand on met les adversaires en échec on enclenche une dynamique positive." Les images du pack tricolore partant trop souvent à reculons n’ont sans doute pas manqué d’interpeller Eddie Jones, le sélectionneur de l’Angleterre…

Alors, quelles sont les solutions ? "Pour défendre, l’idéal c’est de faire tomber le sauteur le plus vite possible, de sorte à ce que l’équipe adverse n’ait pas le temps de structurer le ballon porté, avance le manager du Racing 92, Laurent Travers. C’est quelque chose qui se travaille assez facilement sous forme d’atelier. D’un côté un bloc de saut, de l’autre trois défenseurs pour qui le but est de faire tomber le sauteur dès qu’il a les pieds au sol. L’objectif, c’est de bloquer le bas du corps de l’adversaire et de faire basculer le haut. La jambe du défenseur doit être au milieu des deux du sauteurs. Ça demande vitesse et dextérité. C’est une vraie prise de judo. Et ça, on le répète dix, quinze ou vingt fois de suite. L’idée, c’est donc de déstabiliser le soutien en impactant fort et faire tomber le sauteur."

Une question d’état d’esprit

Depuis sa prise de fonction, le nouveau staff technique des Bleus a pris conscience de la problématique. Le sujet a été étudié, développé, travaillé. "Je ne demande aux joueurs rien de génial, rien de révolutionnaire, jure Karim Ghezal, l’un des adjoints de Fabien Galthié. Simplement qu’ils soient bien connectés et travaillent ensemble, par chaînes de deux ou de trois. Après, il y a des attitudes qu’on peut travailler, comme le positionnement des pieds ou le passage de l’air au sol, qui doit être le plus rapide possible. Mais la défense d’un porté, c’est d’abord et avant tout une question d’état d’esprit. Contrer un maul, c’est un travail collectif, où aucune tête ne doit dépasser." Avec un objectif individuel pour chaque défenseur : éliminer un attaquant. L’infiltration a aussi du bon. L’idée a été soumise à François Cros qui excelle avec le Stade toulousain. "Est-ce que j’ai des aptitudes particulières pour ça ? Je n’en sais rien. La chance que j’ai, en club, c’est d’évoluer avec des partenaires très costauds. Grâce à eux, j’ai plus de facilité pour m’infiltrer et trouver des failles dans la structure des adversaires. C’est vrai que j’aime bien ce rôle, oui…" Et Ghezal de conclure : "à mon sens, la capacité à bien défendre cette phase de jeu est le vrai baromètre de l’état d’esprit d’une équipe."

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