Arrieta, Twitter simple flic

  • Jamais à court d’une facétie, David est tombé sur un gros pardessus de la côte basque, l’ancien ailier international Laurent Pardo, président du Barbarians rugby club.
    Jamais à court d’une facétie, David est tombé sur un gros pardessus de la côte basque, l’ancien ailier international Laurent Pardo, président du Barbarians rugby club. Archives personnelles. / Archives personnelles.
Publié le / Mis à jour le

Sur la toile, l’ancien arrière du Biarritz olympique David Arrieta sévit nuit et jour, au gré de l’inspiration. La nuit venue, il se glisse dans le car de Police Secours…

Il fait partie des gens qui pèsent, dans le minuscule univers numérique du rugby. Il fait surtout partie des gens qui font rire, sur les réseaux sociaux. Pour quiconque traîne un peu ses guêtres sur Twitter, David Arrieta, c’est une vanne saignante par minute, dix photomontages tordants par semaine et, plus généralement, un recul exquis sur un sport qui a depuis quelque temps la fâcheuse tendance à se prendre trop au sérieux. Avant de faire le bonheur de la bulle « 2.0 », Arrieta sévissait au fond du terrain du Biarritz olympique avant de migrer, aux prémices du rugby pro, à Brive puis Pau, où il termina sa carrière en 2003. Vice-champion de France en 1992 aux côtés de Serge Blanco, le showman du net fait désormais carrière dans la police nationale. « Je me rêvais en inspecteur Harry, dit-il en préambule. Et j’ai fait une carrière à la Pinot. »

Simple flic ou pas, Arrieta est tombé chez les Bleus un peu par hasard. Il raconte : « C’était un jour de cours, au lycée. À la pause, trois potes viennent me voir et me disent : « On va tenter l’école de police, tu viens ? » J’y ai été pour me marrer. Et j’ai été le seul reçu ! » Dans la foulée, le jeune homme était soumis au traditionnel protocole qui précède toute entrée dans la police nationale. « Il y a eu enquête des Renseignements Généraux à mon sujet, poursuit-il aujourd’hui. Là, le mec des RG m’a fait comprendre qu’en entrant dans la police, ma vie de sportif de haut niveau en serait facilitée. Les premières années, j’étais détaché des services, en fait. Pendant quinze ans, jusqu’à ce que l’aventure rugby se termine, j’ai en quelque sorte mangé mon pain blanc. » Depuis 2003, David Arrieta (50 ans) est donc gardien de la paix à plein temps, au commissariat de Saint-Jean de Luz (Pyrénées-Atlantiques). « Au départ, explique-t-il à présent, la transition n’a pas été facile. Passer d’un salaire de rugbyman professionnel au revenu d’un homme lambda comporte sa part d’ajustement. Je ne roule pas sur l’or. J’ai dû réapprendre à compter, quoi… »

David Arrieta joueur,  sous les couleurs du Biarritz olympique, ici face aux Béglais et Sébastien Conchy.
David Arrieta joueur, sous les couleurs du Biarritz olympique, ici face aux Béglais et Sébastien Conchy. - Archives personnelles.


« Des fondus, on en a quelques-uns au village »

 

Le quotidien du gardien de la paix Arrieta est donc fait de rondes de nuit dans la voiture de Police Secours, d’interventions sur des cambriolages, sur des accidents de la route, du tapage nocturne ou des différends conjugaux. « On prend beaucoup de plaintes, raconte-t-il. Ce boulot, c’est pas mal de paperasse mais de nuit, l’adrénaline peut aussi rapidement monter. Des fondus, on en a quelques-uns au village. Mais globalement, on rend plus service aux gens qu’on ne les emmerde. » à propos des chasseurs et des chassés, on raconte mille et une choses dans le monde du rugby. On dit qu’en province, les rugbymen ont parfois joui de mille faveurs de la part des forces de l’ordre, qu’elles soient policières ou de gendarmerie, à la sortie des boîtes de nuit.

A contrario, Julien Malzieu nous avait un jour raconté que les joueurs de l’ASM, traditionnellement sereins lors de leurs virées nocturnes, avaient, deux années durant, connu les foudres d’un gendarme muté à Clermont-Ferrand et bien décidé à leur faire payer chacun de leurs écarts : ils l’avaient surnommé entre eux « le monstre ». « Honnêtement, poursuit Arrieta, je n’ai jamais croisé de mecs de l’Aviron ou du BO sur mon lieu de travail. » Puis, faisant un clin d’œil à l’actualité récente du Pays basque : « De toute façon, si je les avais gaulés pour excès de vitesse, il y aurait toujours eu quelqu’un (à la préfecture) pour leur remettre des points sur le permis… » C’est ce qu’il se dit, oui. « En revanche, il y a toujours un type que je n’ai pas vu depuis 30 ans pour se rappeler à mon bon souvenir, quand il est attrapé par les collègues en sortie de boîte. Dans ces cas-là, les copains m’appellent en pleine nuit pour vérifier. Généralement, je raccroche assez vite… »
 

« Putain, c’est calme ce soir… »


Si l’adrénaline des rondes de nuit rappelle parfois à David Arrieta l’atmosphère électrique du tunnel d’avant-match, le quotidien a également son lot de routine. Il poursuit : « A Saint-Jean de Luz, j’ai longtemps fait équipe avec un type avec qui je m’entendais super bien. Un soir, on était dans la voiture et je lui ai dit : « Putain, c’est calme ce soir… » Il a jeté un œil à la radio, m’a regardé et m’a répondu : « Putain, on a oublié de l’allumer ! » La hiérarchie nous a séparés, depuis. »

Les sujets les plus sérieux se parent souvent d’une inattendue légèreté, lorsque David Arrieta s’en empare. Rien n’est interdit, chez lui. Il n’y a ni tabou, ni secret-défense. « Au boulot, explique-t-il, je ne joue pas au cow-boy. Je suis dans la prévention, je ne prends pas les gens de haut. Les personnes que je côtoie en service, je les connais pour la plupart depuis quarante ans. Je ne suis pas un fonctionnaire parachuté ici, un mec qui a besoin de marquer son territoire. Saint-Jean-de-Luz, c’est chez moi. » Et de se rappeler comment, le jour de l’anniversaire de l’ancien ailier international Laurent Pardo, il avait longé le lieu de la fête, le haut-parleur de la voiture de police hurlant « Joyeux Anniversaire », version Patrick Sébastien. Il conclut : « En ce moment, les fêtes sont rares et les plages sont vides. Au pays basque, les gens respectent le confinement et c’est une excellente chose. La semaine dernière, j’ai malgré tout chopé un couple de Belges qui bronzait tranquillement sur le sable. Quand je me suis approché d’eux, ils m’ont sorti l’excuse traditionnelle, la difficulté de vivre confiné en appartement et blablabla… Après avoir pris leur adresse, j’ai été vérifié sur place : ils habitaient une immense villa de la cote, avec des hectares de terrain. » Pinot mais pas trop, quoi…

Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir