Guirado : « Je suis resté moi-même, c’est le plus important à mes yeux » (1/3)

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Mercredi, entre deux sessions de révision et sur fond de jeux d’enfants, Guilhem Guirado nous a accordé plus d’une heure d’entretien pour évoquer trois sujets qui lui tiennent à cœur : la vie hors rugby, entre famille et études, son nouveau défi à Montpellier et sa décennie en Bleu. Le talonneur, qui fêtera ses 34 ans mercredi, s’est livré, avec la franchise et l’humilité qui le caractérisent.

Après onze ans en bleu et soixante-quatorze sélections, vous êtes depuis huit mois retraité du XV de France. Quel sentiment domine quand vous regardez dans le rétroviseur ?

C’est avant tout la fierté d’avoir représenté mon pays. Pour le reste, je ne suis pas dupe : je sais que ça coïncide avec une des périodes où les résultats ont été les moins glorieux pour la France.

À force, la frustration n’a-t-elle pas pris le pas sur le plaisir ?

On me pose très souvent la question… Mais quoi qu’il ait pu se passer, cela restait un rêve de jouer en Bleu et je me suis toujours rendu compte de l’importance que ça avait. Après, oui, il a manqué les résultats qui auraient fait tant de bien et auraient permis d’avoir plus de légitimité. L’équipe a pu être flamboyante par moments mais n’est pas arrivée à être constante, c’est comme ça : notre génération n’est pas parvenue à résoudre ce problème. Mais personne n’a triché de mon point de vue, que ce soit sur la motivation ou le travail.

Vous vous en êtes allé sur cette élimination si frustrante en quart de finale de Coupe du monde. Si proche du déclic tant attendu…

Oui, les planètes s’étaient enfin alignées : la préparation avait été pensée comme il faut, ce groupe avait énormément de qualités, il y avait un nouvel encadrement qui avait su nous mettre dans des bonnes conditions… Il se dégageait de la confiance en interne. C’était devenu un vrai club France. Grâce à tout le temps passé ensemble, quelque chose de bien était en train de se construire. J’aurais vraiment aimé jouer les Sud-Africains en demi-finale pour voir ce que nous aurions été capables de faire, si nous aurions pu tenir la distance. Je suis fier d’ailleurs de ce qu’a réalisé l’Afrique du Sud. C’est un bel exemple. J’en avais parlé avec Duane (Vermeulen) : deux ans auparavant, leur équipe était considérée comme la pire de l’histoire des Boks et, avec un bon manager, ils ont réussi à relever la tête. Nous concernant, je suis satisfait que l’on ait pu montrer un beau visage. Et l’aventure humaine restera un moment fort.

Vous parlez de la préparation de la Coupe du monde et du confort qu’elle vous a apporté, contrairement au reste de l’année. N’avez-vous pas l’impression d’avoir été en partie victime d’un système pendant toutes ces années ?

J’ai toujours défendu le système. Je ne veux pas cracher dans la soupe : c’est comme ça, les clubs nous payent allègrement et il est normal qu’on leur en soit redevable. On ne peut pas espérer avoir de bons contrats sans contrepartie. Personnellement, ça ne me posait pas de problème : quand je rentrais de sélection, j’avais toujours à cœur de représenter le club. Je n’aurais pas pu jouer ma carte personnelle, laisser les copains trimer, choisir mes matchs et me tenir prêt pour les phases finales. Je suis du genre à tout donner.

À ce sujet, ne pensez-vous pas que vous vous êtes grillé à vouloir tout jouer ?

Sincèrement, non. J’avais besoin de ça. Je voulais toujours jouer plus. Je suis comme ça et je ne peux pas m’imaginer autrement.

C’est quand même une drôle d’histoire, quand on y repense : vous, le petit timide de l’Usap devenu capitaine de la sélection…

Oui, c’est vrai que ça a pu surprendre. Ça m’a permis de repousser mes limites en tout cas. J’ai dû forcer ma nature. Mon caractère m’a servi aussi : il m’a permis d’analyser le comportement, d’étudier les fonctionnements. J’ai su m’affirmer à ma manière et me révéler aux yeux de certaines personnes.

N’avez-vous jamais eu de ras-le-bol ou la tentation de dire stop ?

Abandonner, non, ce n’était pas concevable. Je ne me suis même jamais posé la question. J’ai tellement eu de difficultés pour accéder à l’équipe de France et pour gagner ma place… C’est aussi lié à la manière dont j’ai été éduqué par mes éducateurs, mes parents… Les Bleus, ça m’a toujours habité et motivé. Je ne voulais qu’une chose : être le meilleur pour le bien de l’équipe.

Être capitaine d’un XV de France en crise de résultats, ça n’a pas dû être simple tous les jours…

Oui, ça a pu être dur. Il a fallu surpasser plein d’éléments, des changements d’entraîneurs à répétition, tout un contexte défavorable. Parfois, vous n’êtes pas d’accord, il y a des choses qui vous énervent, des paramètres que vous voulez voir mieux gérer… Mais il faut savoir rester à sa place, au sein du collectif. Je ne voulais pas tout confondre. Je me suis toujours vu comme un joueur avant d’être le capitaine. C’est la première des légitimités.

Certains m’ont dit qu’ils s’étaient trompés sur mon compte. Je leur ai juste répondu qu’ils avaient tout confondu.

Vous en avez fait une question de principe, on dirait…

J’ai été bien éduqué, du moins je le pense. J’ai franchi les paliers un par un, en tant qu’homme et en tant que joueur. Dans cette construction, je me suis beaucoup référé aux exemples que j’ai eus la chance de côtoyer : Bernard Goutta, Nicolas Mas, Thierry Dusautoir, Carl Hayman…

Quand on devient capitaine du XV de France, on n’est plus un joueur comme un autre, tout de même ?

Pour moi, le groupe a toujours passé avant tout et j’estimais ne pas avoir plus de droit qu’un autre. Ça m’a toujours obsédé. Je ne suis pas un manipulateur, je ne me suis jamais mis en avant, je n’ai jamais pris la parole pour me défendre. Je suis resté digne et fidèle à mes principes alors que ça aurait pu tirer dans tous les sens. Je peux me regarder dans la glace le matin.

Avez-vous conscience que ce tempérament a pu nuire à votre image ?

C’est sûr, j’ai déjà entendu des critiques sur ma manière d’être. Certains se sont plus acharnés que d’autres. Je ne préfère pas en parler. Que voulez-vous ? C’est souvent tout blanc ou tout noir dans l’esprit des gens.

Ce qui fait que vous êtes devenu, en tant que capitaine, une des incarnations de ce XV de France sans titre…

Oui, il y a eu des raccourcis faciles, bêtes et méchants. Ça ne m’a pas donné envie de changer pour autant. Les gens se font des idées. Vous savez, j’avais été touché dans mon intimité quand mon discours après la défaite face au pays de Galles en quart a fuité. Mais j’ai remarqué après que ça avait incité de nombreuses personnes à avoir un avis différent sur moi. Parmi ceux qui me trouvaient trop discret et qui se demandaient si j’étais la personne idoine pour représenter un groupe, certains m’ont dit qu’ils s’étaient trompés sur mon compte. Je leur ai juste répondu qu’ils avaient tout confondu, en fait. Quand je vois ce que l’on disait de mes conférences de presse de veille de match… Mais je n’étais pas là pour raconter ma semaine et dire que tout va bien.

Comment vit-on avec cette relative défiance ?

Je suis resté moi-même et c’est le plus important à mes yeux. Ma famille a toujours cru en moi. Elle m’a toujours soutenu. Elle a souffert, un peu, avec moi, aussi. Mais mes proches savent ce que je représente, qui je suis. Au sein du groupe, j’étais très bien épaulé aussi. Quant à ceux qui gravitent autour et qui ont pu être décevants ou indélicats… Je fais la part des choses.

Pensez-vous que la nouvelle équipe de France qui a émergé au Japon a plus de chances de succès que ses devancières ?

Les gars sont jeunes, talentueux et ont de l’envie. Ils sont aussi plus protégés que nous à l’époque avec des mesures concrètes. Mais le chemin va être long. Il va falloir qu’ils soient prêts à donner beaucoup pour atteindre leur but. Ils connaissent le contexte et savent qu’ils sont attendus.

L’avenir des Bleus s’écrira désormais sans Jefferson Poirot, qui a récemment annoncé sa prise de recul de la sélection. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

C’est un petit peu bizarre à 27 ans. C’est l’âge où je commençais à exploser en Bleu personnellement. Mais je peux le comprendre. Je sais que la vie de famille peut être compliquée avec toutes les absences. À la Coupe du monde, je me rappelle que ça lui manquait de ne pas profiter de ses enfants. Ça a surpris tout le monde mais je respecte son choix. C’est ce qu’il estimait être la meilleure décision pour son futur. Après, ce n’est pas irrémédiable, on peut toujours revenir dessus.

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