Bayle : « Ce créneau du dimanche soir, c’est les Champs-Élysées de la télé ! »

  • Éric Bayle, la voix du rugby de Canal + se réjouit de l’instauration pérenne du Top 14 le dimanche soir en prime time. Photo Icon Sport
    Éric Bayle, la voix du rugby de Canal + se réjouit de l’instauration pérenne du Top 14 le dimanche soir en prime time. Photo Icon Sport Andre Ferreira / Icon Sport / Andre Ferreira / Icon Sport / Andre Ferreira / Icon Sport
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Éric Bayle, journaliste à Canal +. La voix du rugby sur Canal + explique pourquoi le repositionnement pérenne du rugby le dimanche soir est un pari osé, pour la balle ovale...

C’est le grand retour du rugby le dimanche soir, alors ?

Il ne s’agit pas d’un retour mais d’une grande première, de l’installation pérenne du Top 14 le dimanche soir. Jusqu’à présent, le rugby n’était là que de manière épisodique, c’est-à-dire quand la Ligue 1 faisait relâche.

Dès lors ?

On diffusait, la saison passée, entre cinq ou six affiches de Top 14 le dimanche soir. Cette fois-ci, on part sur vingt-six matchs sur ce créneau. C’est historique, ai-je envie de dire.

Pourquoi ?

Ce créneau horaire représente les Champs-élysées de la télé. On y retrouve tous les blockbusters des programmes en clair et les grandes affiches de foot, sur une nouvelle chaîne (Mediapro). Le dimanche soir à 21 heures, c’est le moment où il y a le plus de monde devant la télévision, l’horaire majeur du week-end.

Les Champs-élysées, alors…

Oui ! Parce que vous ne retrouvez sur cette avenue que les très grosses marques, les marques les plus prestigieuses. C’est là que les chaînes mettent leur programme phare. C’est là qu’était positionnée l’affiche de Ligue 1 depuis trente ans avant que les nouveaux contrats du foot ne fassent évoluer l’offre de Canal +. Nos dirigeants ont donc décidé d’y installer notre autre feuilleton majeur, c’est-à-dire le Top 14.

Quelles étaient les audiences pour les matchs du dimanche soir, la saison passée ?

Elles étaient bonnes, entre 500 000 et 600 000 téléspectateurs. Dans le cas contraire, nous n’aurions pas tenté ce défi. […] Jusqu’à maintenant, on retrouvait des affiches telles Toulon-Toulouse, Toulouse-Clermont, Clermont-Toulon… Ces événements seront toujours là mais seront aussi accompagnés d’autres affiches, lesquelles exposeront beaucoup plus de clubs. C’est donc un défi pour le Top 14 dans son intégralité : et si on crédibilise le championnat sur ce créneau horaire extrêmement concurrentiel, le challenge est relevé.

Vous y croyez ?

Oui ! Le Top 14 est un feuilleton merveilleux, indécis jusqu’au bout. Quel autre championnat offre-t-il un tel suspens ? La Ligue 1 ou la Liga ne peuvent se targuer de pareille variété de champions…

Pensez-vous que des clubs tels Agen, Brive, Pau ou Bayonne puissent intéresser le grand public, un dimanche soir ?

Le système de programmation pour les matchs du dimanche sera exactement le même que celui qui régissait le foot : on retransmet la plus grosse affiche de la journée. Si demain, Brive, Bayonne, Agen ou Pau sont en tête du Top 14 après un début de saison fracassant, la question pourra se poser. […] Comme au foot, où l’on retrouvait régulièrement Lyon, le PSG et l’OM, on retrouvera très souvent au rugby le Racing, Toulouse, Clermont, Lyon, Toulon, Bordeaux, La Rochelle, Montpellier ou le Stade français, si celui-ci se requinque. Et on commence d’ailleurs la saison avec Clermont-Toulouse, puis Toulon-Lyon, et Toulouse-Toulon lors de la troisième journée.

Pourquoi ?

Il y a un indice de notoriété qui se greffe aux clubs phares, lequel se greffe à un indice de performance. C’est aussi simple que ça.

Vous serez en concurrence frontale avec le foot, sur Mediapro…

Mais c’est par nature un créneau très concurrentiel ! Et on a tous conscience de la prise de risque ! […] Vous savez, quand on remplaçait il y a quinze ans l’affiche de foot par du Top 14, l’amateur de sports venait au rugby même s’il n’était pas un spécialiste. Depuis, l’offre a pourtant beaucoup évolué : avec la multiplication des chaînes et l’apparition de la télé à la demande, l’amateur de foot a toujours du foot quelque part. Il est plus difficile de ratisser large. Mais si on tente ce pari, c’est que nous avons conscience que le Top 14 est armé pour le relever. Il va réussir ce rendez-vous avec cette case historique.

Pas d’impasse, en somme…

Cela va de soi. C’est le devoir du Top 14 d’aller aujourd’hui conquérir un public au-delà des frontières de ses aficionados.

Quid du Canal Rugby Club ?

Il s’adapte. De 20 heures à 21 heures, le dimanche, le CRC occupera la case autrefois dédiée à son homologue du foot. Puis il y aura le match en lui-même. Et à 23 h 15, soit au coup de sifflet final, le Canal Rugby Club debriefera l’affiche. Le rugby est donc traité comme le foot. C’est un énorme dispositif.

Aujourd’hui, on ne sait toujours pas si les matchs se dérouleront à huis clos ou à jauge partielle. Quel regard portez-vous là-dessus ?

En Formule 1, le fait de ne pas avoir de public en tribunes ne se ressent pas à la télé, puisque le bruit des moteurs couvre les clameurs. Au rugby ou au foot, le huis clos est en revanche une catastrophe pour le diffuseur et l’organisateur. […] On m’a souvent dit que la configuration huis clos boostait nos audiences. Mais c’est faux : 15 000 spectateurs de moins dans un stade mais présents devant leur écran, c’est une goutte d’eau dans une audience qui tourne à 600 000 téléspectateurs de moyenne…

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