Aguirre : « J’arrivais de loin »

  • Jean-Michel Aguirre
    Jean-Michel Aguirre
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Il est la légende des années 70, l’arrière roi du timing, celui du Grand Chelem 1977 et de la victoire en Nouvelle-Zélande en 1979. Jean-Michel Aguirre n’a connu qu’un club : Bagnères-de-Bigorre. Il revient pour Midi Olympique sur son florissant parcours commencé dans une improvisation géniale.

Pour l’éternité, il reste l’arrière du Grand Chelem 1977, artisan du formidable essai de Harize contre le Pays de Galles et de celui, décisif, de Jean-Pierre Bastiat contre l’Irlande. Il fut aussi l’arrière de la victoire historique à Auckland en 1979. Jean-Michel Aguirre, c’est un vrai tube des années 70, 39 sélections de 1971 à 1980 et 123 points ; plus ses deux finales sous le maillot de Bagnères-de-Bigorre en 1979 et 1981. Pour toute une génération, il fut un modèle d’arrière offensif, successeur de Villepreux et prédécesseur de Serge Blanco.

On pensait que vous étiez un pur produit du rugby bigourdan, biberonné au ballon ovale depuis l’enfance. Or, vous êtes venu au rugby très tard…

Oui, j’ai d’abord été un enfant du ballon rond. Mon choix en faveur du rugby s’est fait quand je suis entré en deuxième année de professorat de sport. J’avais 18 ans.

18 ans, c’est très tard. Mais vous n’aviez jamais joué au rugby auparavant ?

J’avais fait très peu de matchs. Quelques-uns au niveau scolaire, cinq ou six en cadets Gaudermen avec le Stadoceste Tarbais, une poignée l’année suivante avec les juniors B en fin de saison. Cette année-là, j’avais joué une saison dans le club de foot de mon village avec mon père comme coéquipier. Il était par ailleurs entraîneur et président. Je me suis retrouvé après mon bac dans une classe préparatoire au professorat d’éducation physique, c’était à Bagnères-de-Bigorre d’ailleurs. Et là, le rugby était carrément interdit, figurez-vous.

Comment s’est faite la bascule, alors ?

J’ai été admis au Creps de Toulouse. J’aurais pu aller jouer au foot en CFA, mais les gars de Bagnères m’avaient repéré à l’entraînement. Avec d’autres étudiants, nous avions piqué des ballons et nous butions pour nous amuser. Ils avaient repéré ma frappe de balle.

Ça paraît fou, aujourd’hui, de voir à quoi a tenu votre destin…

Oui, à l’image de Jean Gachassin (manitou de Bagnères à l’époque, N.D.L.R.). J’avais beau être footballeur, je connaissais sa carrière. Dans les Hautes-Pyérénées, on était entourés de rugbymen.

Ce qui est encore plus fou, c’est que recruté par Bagnères en 1970, vous vous retrouvez en équipe de France dès novembre 1971…

À peu près un an après mon premier match à Bagnères, c’est vrai.

Et en position de demi de mêlée en plus. On a du mal à le croire…

Il faut se souvenir qu’en plus, j’ai eu du mal à obtenir ma licence. L’affaire a traîné tout l’été et même au début de l’automne. Avant mon premier match de championnat, je n’avais donc fait que trois matchs de préparation avec Bagnères, à l’arrière, à l’aile, peut-être au centre, peut-être une mi-temps à la mêlée mais je ne m’en souviens pas. Ma licence est finalement arrivée un samedi matin, début décembre 1970 et Labazuy m’a appelé illico. « Jean-Michel, peux-tu venir cet après-midi à l’étude de Jean Gachassin ? Car tu joues demain contre Clermont, mais à la mêlée. » Il n’y avait personne pour occuper ce poste, tout simplement. Le samedi après-midi, Gachassin m’a appris quelques grands principes, m’a expliqué les lancements de la ligne de trois-quarts. Puis le dimanche, je suis arrivé à 11 heures pour rejoindre l’équipe. Avant de passer à table, François Labazuy a appelé les huit avants. En tenue de ville, ils ont simulé une mêlée et j’ai fait ma première introduction. L’après-midi, j’affrontais Clermont devant un monde fou avec en face de moi Michel Pébeyre, demi de mêlée de l’équipe de France. Et nous avions gagné.

De là à se retrouver en équipe de France… Aviez-vous réalisé ce qui vous arrivait ?

Pas vraiment, tout allait très vite. Je me suis retrouvé demi de mêlée et même capitaine de France B avec des victoires contre l’écosse et le pays de Galles. Et me voilà à Colombes en novembre 71, face à l’Australie et ça s’est bien passé (victoire 18-9 avec Jean-Louis Bérot à l’ouverture, N.D.L.R.). En revanche, pour ma deuxième sélection face à l’écosse en janvier 1972, j’ai montré mes limites et mon inexpérience. Je suis sorti du XV de France après une défaite 20-9.

Comment vous êtes-vous retrouvé à l’arrière ?

Après la défaite à Murrayfield, j’ai fini la saison avec difficulté. Se faire virer de l’équipe de France pour un gamin de vingt ans, c’est difficile à vivre. J’avais un orgueil blessé. À Bagnères, on a essayé de me maintenir à flot et j’ai fini comme j’ai pu jusqu’en juin 1972. Et là, la place d’arrière s’est libérée. François Labazuy m’a proposé de changer de poste. Je précise que quand j’étais arrivé à Bagnères, je pensais bien jouer avec le numéro 15, mais en fait le titulaire avait prolongé sa carrière d’une saison, c’est pour ça que j’étais passé à la mêlée. En juin 1972, Flo Tana, spécialiste de la mêlée arrive et l’arrière a arrêté. Il n’y avait plus personne pour occuper le poste d’arrière. J’y suis retourné.

Quand avez-vous retrouvé l’équipe de France avec le numéro 15 dans le dos ?

Dès février 1973, j’affronte les All Blacks avec une sélection du Sud-Ouest à Tarbes dans la foulée du fameux match qu’ils avaient perdu face aux Barbarians à Cardiff. Nous les avions sérieusement malmenés. Je gagne ma place pour le test du Parc des Princes, cette belle victoire avec Walter Spanghero capitaine et Max Barrau, étincelant à la mêlée. Mais le jeudi, je m’étais fait un étirement et j’ai déclaré forfait. Je pense que si cela m’était arrivé aujourd’hui, j’aurais joué. Mais à l’époque, il n’y avait pas d’ostéopathe, pas de kiné en équipe de France.

Quand on revoit les images de vos interventions, on s’aperçoit que vous n’aviez pas le style ondoyant de Serge Blanco votre successeur. Vous n’étiez pas non plus un grand sprinteur. Mais sur vos prises de balles, vous étiez très tranchant.

Disons que j’avais une vitesse normale, mais j’avais le sens du timing. Je pense que c’était mon point fort. Le jeu d’attaque de l’époque était basé là-dessus, le surnombre créé par l’arrière. À Bagnères on travaillait beaucoup sur ça. Mais nous avions développé la science des ballons récupérés. Je savais donner de la voix pour appeler les relances sur ce genre de munitions.

Sur la première phase de l’essai de Dominique Harize face au pays de Galles, en 1977, après le plaquage de Jean-Claude Skréla sur une contre-attaque galloise, on est frappé par l’intensité de votre intervention. Cette action apparaît très en avance sur son temps, non ?

Oui, j’essayais de venir de loin pour arriver à pleine vitesse. Je le répète, c’était l’influence de Bagnères. Un club où tout s’est parfaitement enchaîné quand on y repense. Il y avait une génération de trois-quarts rapides et un mentor, Jean Gachassin, qui nous avait inculqué des principes dont nous ne nous sommes jamais départis. Nous avons eu aussi la chance d’avoir des demis qui voulaient courir et des ouvreurs qui n’avaient pas de coup de pied long. Parfois, le style d’une équipe se jouait sur ça si vous aviez une charnière qui ne voulait pas se fatiguer, ça changeait tout. Le demi de mêlée surtout, c’était très important. Avec Adrien Mournet et ses démarrages, nous n’avions pas ce problème.

Vous avez donc fait toute votre carrière dans une ville de 6 000 habitants, sans moyens particuliers. N’avez-vous pas été sollicité par d’autres clubs ?

J’ai été sollicité au tout début, par Tarbes, par Lourdes, mais c’était la dernière chose à faire compte tenu de la rivalité régionale. J’ai été aussi approché par Toulon, mais très vite tout le monde a compris que j’étais bien à Bagnères. Mon rugby était là, ma vie était là. Ce que Bagnères me demandait, je pouvais le rendre. Je m’éclatais dans ce club.

Que faisiez-vous sur le plan professionnel ?

J’étais professeur d’éducation physique aux lycées Marie-Curie et Théophile Gautier. Oui, je travaillais à Tarbes.

Ce qui nous frappe avec le recul, c’est que dans le même département, on trouvait trois clubs de haut niveau. Étiez-vous conscients de ça ?

Non, aujourd’hui ça semble extraordinaire mais sur le moment ça me paraissait normal. Je vais peut-être vous surprendre mais Lourdes paraissait appartenir à un autre monde, ça nous paraissait loin. C’était un club huppé, différent.

Vous avez fait partie du XV de France qui a fait le Grand Chelem 1977, tout le monde s’en souvient. Une équipe commandée par un capitaine génial, Fouroux. Mais elle avait en théorie deux entraîneurs, Toto Desclaux et Jean Piqué. Quelle était leur influence ?

C’était plus des catalyseurs que des entraîneurs. Ils structuraient les stages, les entraînements mais la réalité de l’entraînement était prise en compte par les joueurs eux-mêmes.

On parle beaucoup ce pack de fer de 1977. Mais les trois-quarts aussi avaient brillé. Fouroux vous donnait-il des consignes ?

Cette équipe s’appuyait sur son pack d’avants bien sûr, composé de joueurs exceptionnels. Pour les lignes arrières, Jacques Fouroux s’appuyait sur Jean-Pierre Romeu, il annonçait les combinaisons. Mais moi aussi, j’en suggérais. Nous avions inventé des trucs mine de rien. À l’époque, les Anglo-Saxons essayaient de contrer l’intervention de notre arrière en mettant tous les trois-quarts dans la ligne. Ça veut dire que quand j’intervenais, je prenais mon vis-à-vis dans la tronche. Alors on a trouvé un truc, la « Bazet » du nom de mon village. Le premier centre faisait un cadrage débordement suivi d’une croisée avec moi. En fait, on l’avait trouvée à Bagnères et on l’a importée chez les Bleus où elle est restée longtemps.
Dans cette équipe, vous aviez un rôle particulier dans les après matchs. La presse vous aimait bien, non ?
Oui, après coup les journalistes m’ont dit que j’avais le sens de l’analyse. Je réussissais à sortir très vite du contexte. J’ai trouvé une forme de détachement, j’avais une certaine capacité à analyser nos performances et mes performances personnelles, y compris quand elles n’étaient pas bonnes.

Et Fouroux ? Était-il ce meneur d’hommes hors du commun qu’on a décrit ?

Son charisme était terrible. Il avait surtout le sens de la psychologie, il connaissait les points forts et les points faibles de chacun. Il savait où il pouvait aller nous chercher pour nous piquer au vif. Ce n’était pas le meilleur demi de mêlée mais c’était le demi de mêlée avec lequel les joueurs voulaient jouer.

Vous étiez l’arrière de la victoire d’Auckland 1979. Le 1er juillet 2019, vous avez revu ce match sur grand écran à Foix. L’avez-vous trouvé vieilli ?

Pas tellement, en fin de compte. Il n’a pas énormément vieilli. Je l’ai vécu comme un tournant dans l’histoire du XV de France. Nous avions trouvé une forme de continuité, un soutien des trois quarts aux avants et vice-versa. Quand on regarde le temps de jeu effectif ce jour-là, on se rend compte que ce Nouvelle-Zélande-France préfigurait le rugby moderne. Il fallait le faire à une époque où les joueurs restaient tous 80 minutes sur le terrain.

À cette époque, les matchs étaient souvent hachés aussi bien en championnat qu’au niveau international…

Ça c’est sûr. Il y avait beaucoup de non-jeu. Certaines équipes misaient tout sur le jeu au pied, les débats étaient plus âpres.

On a toujours senti chez vous une souffrance à l’évocation de la finale Narbonne-Bagnères de 1979. Des jets de pétards dans les jambes des Bagnérais pendant les tirs au but. Quarante ans après, est-ce toujours vivace ?

Je l’ai ressenti comme un vol, comme un viol même. Ce fut une vraie douleur de passer à côté de l’événement. Peut-être que nous n’avions pas su la préparer mais j’ai souffert de l’ambiance violente dans laquelle cela s’est déroulé, avec ces jets de pétard et de fusée sur le terrain. Cette finale, je l’avais même censurée dans ma mémoire. Je ne l’ai jamais revue, d’ailleurs. Je l’ai jouée avec de drôles de sensations. J’ai pensé que je pouvais perdre un œil dans ce match. J’ai regretté que le président de la Fédération n’intervienne pas à la mi-temps pour essayer de faire cesser ces comportements antisportifs.

Et les joueurs narbonnais, étaient-ils agressifs ?

On sentait bien qu’ils avaient déjà perdu une finale en 1974 et qu’ils ne voulaient pas perdre celle-ci.

En 1981, Bagnères perd une autre finale, face à Béziers, mais vous avez toujours tenu un discours positif sur cette défaite.

Oui, ça me semblait important de revenir au Parc des Princes et de pouvoir jouer vraiment notre jeu. Malgré la défaite, nous avions montré cet état d’esprit qui voulait que tout ballon pouvait être attaqué, et faire l’objet d’appels : « Hop, elle est bonne ! ». Notre premier essai conclu par Jean-François Gourdon sur une attaque de 80 mètres derrière une mêlée qui reculait me semble emblématique. Mais je reconnais qu’avec ma carrière internationale, j’ai eu des satisfactions multiples dans le rugby. Alors je pouvais me permettre de vivre une défaite comme un moment de fête. Peut-être que ceux qui n’ont connu qu’un ou deux grands moments, l’ont plus mal vécu que moi.

Ce fameux jeu ultra-offensif, pouvait-il se retourner contre vous ?

Ce rugby ne nous faisait pas passer des hivers sereins, c’est une certitude. Sur des terrains gras et humides, on souffrait pas mal. Il nous tardait le printemps.

En 1981, vous aviez un jeune troisième ligne nommé Albert Cigagna. Aviez-vous pressenti qu’il ferait une très grande carrière ?

Oui, il était déjà très fort. Mais il y avait aussi des Frutos, des Derghali ou des André Cazenave. Tiens, Dédé Cazenave, voilà un numéro 8 qui avait le rugby au bout des doigts. Il mettait la tête dans tous les regroupements mais en demi-finale 1979, à Toulouse contre Agen, c’est lui qui, sur un ballon récupéré, me fait une passe magnifique quasiment sans regarder.

Comment s’est passée la fin de votre carrière en Bleu ?

Le XV de France, je l’ai quitté plus prématurément que prévu car j’ai décliné ma sélection pour la tournée en Afrique du Sud de 1980, tournée montée rapidement par Ferrasse et Craven. J’avais fait six tournées en suivant et j’avais annoncé que j’arrêtais après celle de 1979, car j’avais déjà un enfant.

N’était-ce pas lié à l’apartheid ?

Non, j’aurais décliné pour tous les pays. Je m’étais déjà exprimé sur le sujet de l’apartheid. J’avais reçu des messages d’associations qui me demandaient pourquoi j’allais là-bas. J’ai répondu que j’y allais pour voir vraiment ce qui se passait. J’avais expliqué ce que j’avais vu depuis ma chambre d’hôtel, cette fête foraine interdite aux noirs. Un truc à avoir les larmes aux yeux. J’avais ensuite montré les images à mes élèves, je faisais mes albums photos et je les montrais les jours de pluie.

Vous a-t-on fait des reproches en 1980 ?

On ne m’a rien dit. Je n’ai plus été pris chez les Bleus. Je n’en ai parlé que six mois plus tard, en février 1981 en Irlande en allant chercher des places à l’hôtel des Bleus que Roland Bertranne m’avait laissées. Je suis tombé sur Jacques Fouroux, devenu entraîneur et qui m’a demandé pourquoi j’avais arrêté. Cette non-réaction m’a montré aussi qu’il était temps que j’arrête.

Vous passiez pour un joueur qui avait une conscience politique. Revendiquiez-vous cette identité ?

Je revendiquais le fait d’être un homme, tout simplement avec ses idées, son intelligence, ses responsabilités. En 1980, j’étais excédé de sentir que je ne devais pas avoir d’idées. La FFR ne voulait pas qu’on sorte de notre réserve.

Aviez-vous de bons rapports avec Albert Ferrasse ?

Je l’avais traité de « dictateur », c’est vrai. Nous n’étions pas de la même mouvance, mais on se respectait.

Comment s’est passée la fin de votre carrière ?

J’ai arrêté à 33 ans, assez naturellement. Mais si je dois avoir un regret, c’est celui-là : ne pas avoir changé de club à ce moment-là. Je faisais l’année de trop. Pour me donner un petit sursaut parce que je faisais partie des meubles et je sentais que les jeunes voulaient que je laisse ma place.

On oublie parfois que vous avez été entraîneur…

J’ai entraîné Bagnères pendant quatre ans, tout seul. Je faisais les avants, les trois-quarts et le collectif. Je passais trois heures sur le terrain à chaque séance. On était encore en première division, émergeait par exemple Aubin Hueber. J’ai ensuite passé deux ans à Trevise, puis j’ai voulu changer de vie professionnelle. J’ai créé le golf de Bagnères, puis le maire m’a fait entrer comme attaché territorial à la mairie. Les années ont passé et vers la fin des années 90, j’ai eu envie de retrouver le haut niveau à la tête d’un club et de découvrir le professionnalisme. Pau m’a choisi.

Cette expérience à la tête d’un club professionnel d’élite n’a pas duré très longtemps. Auriez-vous pu faire mieux ? En gardez-vous un bon souvenir ?

Oui, même si j’ai compris que le contexte avait changé. L’ordre des valeurs n’était plus le même. En fait, je ne me suis pas senti capable de faire trop d’amendements à mon éthique, ma vision des rapports humains, mon investissement dans la mission.

Mais encore…

J’ai compris que pour évoluer dans le professionnalisme, il faut savoir se distancier, faire preuve d’une certaine réserve et avoir des valises toujours prêtes. Je me suis aussi aperçu que certains joueurs étaient en attente de feuille de route et de consignes. Moi j’étais dans une approche Deleplacienne, j’avais travaillé avec Pierre Villepreux sur la méthodologie d’entraînement. Ma méthode n’était pas de donner des consignes, mais des principes collectifs. Quand j’ai vu que les joueurs me disaient face à telle ou telle situation : « Tu ne me l’as pas dit. » Je l’ai vu comme un début de « déresponsabilisation ». Ça ne m’allait pas, je n’ai pas voulu faire d’efforts. Et après deux belles années à Pau, je suis parti.

Que pensez-vous du rugby d’aujourd’hui ?

Justement, ce qui me déplaît, c’est le « mono-rythme » et le « mono-style ». J’ai la sensation que si on changeait les maillots, ce serait la même chose. Il n’y a plus d’opposition de style comme pour notre fameux Béziers-Bagnères de 1981. Si on rajoute à ça, la profusion de matchs diffusés, on s’ennuie un peu. Je sens comme une emprise de la préparation, de l’observation de l’adversaire. La vidéo décortique tout. Le jeu s’est déshumanisé. On voit des travailleurs froids, plus qu’auparavant où l’on voyait sur le terrain des hommes qui faisaient des erreurs.

1979, est-ce votre meilleur souvenir ?

Oui, la tournée 1979 pour être précis. Avant le test d’Auckland, il y avait eu des matchs de province prometteurs avec une génération de jeunes trois-quarts, les Codorniou, les Blanco qui débutaient.

Quel est le joueur qui vous a le plus impressionné ?

En définitive, c’est l’un de ceux avec qui j’ai le plus joué : Roland Bertranne. Quand il est arrivé, il s’est heurté à une certaine idéologie, le mythe des centres à la Maso, à la Boniface. Les plumes des années 70 étaient bercées par ça. Mais Roland était un joueur moderne, athlétique, il avait beaucoup travaillé à Bagnères et il savait tout faire. Regardez la finale de 1981, il est au sommet offensivement. C’est drôle par ce que l’arrivée de Roland a coïncidé avec la montée en puissance de Béziers, c’était une époque de changements. Certains joueurs, certaines équipes n’étaient pas dans les canons d’une certaine presse.

Sur le plan international, d’autres individualités vous ont marqué ?

Oui, l’écossais Andy Irvine par exemple, je jouais une sorte de match de tennis contre lui. Il m’a fait ça, je réponds par ça. Je voulais être à son niveau, je voulais briller face à un tel talent.

Que pensiez-vous de JPR Williams, votre vis-à-vis gallois ?

Oui, sa présence physique était extraordinaire, il remontait les ballons et la continuité du jeu s’articulait autour de lui. Il allait défier les avants, qui étaient contents de le voir venir (ironique, N.D.L.R.). Dès qu’il touchait un ballon, il y avait huit paires d’yeux braqués sur lui pour le croquer. 

*Lire notre article sur Bagnères-de-Bigorre dans Midi Olympique du 27 juillet 2020. Disponible aussi sur midi-olympique.fr

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Les commentaires (1)
hommageanoves Il y a 1 mois Le 08/08/2020 à 14:59

A Toi Jean Mi Aguire que l'ont sois Tarbais,Lourdais,Lannemezannais ou d'ailleurs Jean Mi restera dans nos Coeur,soyons fiers de nos Gars,Aguite,Dintrans,Garuet,Armary,Bertranne,Rodriguez,Berbizier,et tant d'autres enfants du Pays,a l'époque nous aurions pu faire un seul Club digne d'un top 14,pas comme cette fusion avortée du Tarbes Pyrénées Rugby,fait n'importe comment avec des gens venus d'ailleurs,et sans âmes de notre Bigorre natale.