Clermont qualifié, la fin des emmerdes ?

  • Franck Azéma (ASM).
    Franck Azéma (ASM). Icon Sport - Icon Sport
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Agressifs en défense et portés par une ligne de trois-quarts électrique, l'ASMCA s'est logiquement qualifiée pour les phases finales du Top 14. Doit-on y voir la fin des déboires auvergnats ?

Ce n'était pas grand chose, hein. Quelques deux cent invités, tous pourvus d'une dérogation préfectorale. Dans leurs mains, on voyait ces bâtons de plastique qui font du bruit, lorsqu'ils se percutent. Autour d'eux, une banda, un clairon, une grosse caisse et, en boucle, « les ananas de la belle nana ». Ce n'était pas grand chose, non. Mais il ne nous en aurait pas fallu beaucoup plus pour être, après ces longs mois de misère, les rugbyphiles les plus heureux de la planète. Sinon ? L'ASMCA s'est saignée pour arracher la qualif', a logiquement battu un cador du Top 14 et bon an mal an, Clermont va bien, ou plutôt mieux. Déjà, le retour à la compétition de Camille Lopez a comme changé le visage de cette équipe, soudainement moins dépendante du pied gauche de Morgan Parra lorsqu'il est question d'inverser la pression adverse.

Paradoxalement, ce retour au premier plan de Lopez souligne aussi le vide qui persiste derrière l'enfant de Soule, dont la doublure (Jake McIntyre) fut plus facilement libérée de son contrat que le malheureux (?) Franck Azéma, laissant Tim Nanai-Williams, Sébastien Bézy et le laborieux Rory Jennings se partager le rôle. Autour de Lopez, c'est l'une des meilleures lignes de trois-quarts du vieux continent qui s'est alors mise, par instants, à jouer dans un seul et même mouvement, quand elle eut, des semaines durant, tant de mal à placer George Moala ou Kotaro Matsushima dans la bonne intervalle. « Le job est fait, expliquait Camille Lopez en conférence de presse. Nous n'avons pas réalisé le match parfait mais l'important était de se qualifier. Sur l'ensemble, on a montré une belle agressivité nous ayant permis de marquer des points ». En souffrance sur les mauls pénétrants, plutôt dominés en mêlée fermée, les coéquipiers du Mauléonais Lopez ont néanmoins compensé ce déficit dans le combat collectif par une abnégation d'enragés dans la guerre des rucks où Etienne Fourcade, Peni Ravai et Alexandre Fischer posèrent de gros problèmes aux porteurs de balles rochelais.

 

Etienne Fourcade doit tenir

L'accident industriel que d'aucuns redoutaient en Auvergne ces dernières semaines, n'aura donc pas lieu : si en 2018, et après avoir mal géré son « après titre », l'ASMCA n'avait pu se qualifier pour les phases finales, elle est cette fois-ci prête à en découdre avec l'Union Bordeaux-Bègles, un adversaire à sa mesure. Car Lopez a beau jouer de la flûte comme on le fait généralement avant un match important (« Bordeaux, ce n'est pas un cadeau. Cette équipe a surfé sur le Top 14 l'an passé, réalisé une très belle épopée en Champions Cup et clairement, nous ne serons pas favoris »), la bande à Azéma a évidemment les moyens de s'imposer face à une équipe refusant d'admettre qu'en ayant perdu Semi Radradra, elle a aussi perdu 30 % de son rendement offensif.

Au printemps 2021, Clermont reste fragile et n'a probablement plus rien de l'ogre qui, il y a quelques années encore, effrayait le Top 14 au moment des phases finales. A l'heure de rejoindre la Gironde, Clermont pleure le grand « Vahaa », n'a pas le paquet d'avants le plus conquérant de la planète (lire ci-contre) et prie pour que le corps d'Etienne Fourcade, ce talonneur qui joue quatre-vingt minutes tous les week-ends, tienne encore un peu. Mais puisqu'il est écrit que l'UBB n'est pas mieux en point, que Toulouse ou La Rochelle paieront tôt ou tard leur campagne européenne et que le cinq de devant du Racing manque de densité, il est toujours permis aux Jaunards de rêver...

Azéma, l'étrange adieu...

Cette atmosphère d'après-match était assez bizarre, pour dire le moins. Sur la pelouse, Jean-Michel Guillon, ancien « Bibs » et nouveau résident de l'ASMCA, saluait les partants, qu'ils se nomment Peter Betham, Rory Jennings ou Tim Nanai-Williams. Vint alors le tour de Franck Azéma, onze ans de club, un bouclier de Brennus et trois finales de Champions Cup. Azéma, que l'ASMCA ne libérera pas sans avoir perçu des indemnités. Azéma, en guerre ouverte avec son nouveau président, timidement annoncé dans la province des Fidji Drua et à propos duquel son entourage nous disait la semaine dernière : « Franck n'a pas démissionné. S'il ne trouve pas de club, il se peut qu'il soit à Clermont à la reprise des entraînements, cet été ». Et escorté d'un huissier de justice, si l'occurence se précise. Il va de soi que Franck Azéma n'ira pas jusque-là. Il va de soi que ce fils de gendarme choisira la sortie la plus digne. Mais il est certain que cet épisode, où aucun camp n'a plus raison que l'autre, laissera des traces indélébiles sur la carrière de « Frankie » et, plus globalement, sur sa vie d'homme. Vincit qui patitur*... M. D .

 

Il l'emporte celui qui souffre *

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