Toulouse, le karma du caméléon

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    Toulouse, le karma du caméléon. Midi Olympique. - Patrick Derewiany.
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Que ce soit par choix en amont, par obligation au dernier moment, ou même par nécessité en cours de match, les Toulousains ont encore adapté leur composition d’équipe pour cette demi-finale. Ils ont été bousculés en deuxième période, mais s’en sont sortis.

À Toulouse, l’adaptation est une culture, une philosophie. Une raison de vivre même. Tout au long de la saison, les Rouge et Noir ont été servis. Samedi soir encore. La veille, Ugo Mola en souriait : « Cette année, il y a eu une forme de constance sur les blessures : nous avons été décimés en deuxième ligne, puis au centre, puis en deuxième ligne, puis au centre. » Pour cette demie, c’était donc en deuxième ligne ! Les indisponibilités de Richie Arnold et Emmanuel Meafou étaient actées depuis la semaine précédente, celle de Joe Tekori s’est ajoutée vendredi. Un coup dur, encore. Lors du stage à Saint-Lary, durant la fameuse semaine de repos dévolue aux deux premiers de la phase régulière, les choses avaient été anticipées et les fonctions définies en amont, par rapport à la finale de Champions Cup.

L’immense Jerome Kaino, champion d’Europe en numéro 8, savait qu’il aurait à dépanner dans la cage. Il était prévu qu’il débute sur le banc à Lille. Le forfait de Tekori en a décidé autrement… Rory Arnold, très longtemps incertain, a finalement tenu sa place à ses côtés. Du moins ce qui reste du Wallaby, évidemment amoindri et dont la présence releva davantage du leurre pour ses adversaires. Alors, Ugo Mola et Jean Bouilhou ont bricolé : pour pousser en fin de match derrière Rodrige Neti et David Ainu’u, troisième ou quatrième choix sur la grille de départ, le jeune Yannick Youyoutte vivait son baptême du feu dans ce genre de rendez-vous XXL et Thibaud Flament s’exerçait pour la première fois à droite.

« La rencontre nous a amenés à nous accommoder mais c’est le lot de toutes les équipes, note Mola. On a la capacité à le faire grâce à la polyvalence de beaucoup de joueurs, ce qui permet, en fonction des blessures et des besoins, de rectifier le tir. L’expérience donnée à des garçons qui arrivent de loin est intéressante. Voir un Thibaud Flament disputer une finale de Champions Cup, puis une de Top 14, c’est incroyable au regard de son parcours. »
 

Redistribution des rôles

Son pack a souffert et parfois plié en deuxième période mais son équipe n’a pas rompu, preuve de la résilience qui fut déjà sienne en finale de Champions Cup, face à des Rochelais qui leur promettent l’enfer dans cinq jours. « Même dans la difficulté, on peut exister », se réjouit Mola. Secoués et malmenés, les Toulousains ont tout de même arraché ce quatrième succès de la saison face aux Girondins.

Y seraient-ils seulement parvenus sans la virée dans les Pyrénées la semaine précédente ? C’est là-bas que les rôles ont été redistribués. Que Selevasio Tolofua a par exemple compris que son tour était arrivé, lui l’habituel « impact player » de luxe, chargé depuis trois ans de relayer Kaino dans les matchs capitaux. L’international français fut l’un des meilleurs joueurs sur la pelouse. C’est là-bas aussi qu’un Puma a officiellement succédé à un autre. Juan Cruz Mallia fut le héros de Twickenham, au tour désormais de Santiago Chocobares d’accompagner Pita Ahki au centre. L’Argentin fut précieux samedi, par sa puissance au milieu du terrain. Enfin, et c’était sûrement le choix le plus dur, Maxime Médard a appris à Saint-Lary que son nom pourrait ne pas être couché sur la feuille de match. Lui, la légende d’Ernest-Wallon, sacrifiée pour laisser place à un Thomas Ramos revenu au plus haut niveau. Pari gagnant puisque, malgré une partition inégale, Ramos a inscrit dix-neuf des vingt-quatre points des siens. Sans compter le retour du capitaine Julien Marchand à qui tous mecs voulaient enfin offrir une finale. Des bouts de fraîcheur dans un groupe qui en manque logiquement et cruellement au bout (du bout) de cet exercice à rallonge.
 

N’enterrez jamais Médard !

Indéniablement, et même si l’entame fut réussie, le Stade toulousain n’a pas présenté son plus beau visage dans la cité nordiste. Mais il s’est adapté, encore et toujours, pour s’en sortir. À l’état de son effectif à certains postes, à sa forme du jour et à tout le reste finalement. Y aurait-il seulement une raison que cela change aujourd’hui ? Poser la question, c’est y répondre.

Les champions d’Europe devront, quoi qu’il arrive, trouver de nouvelles solutions pour répondre au colossal défi rochelais. Un monde à retourner. Ils ont beau les avoir battus dans le temple du rugby et les avoir privés du fauteuil de leader en championnat, rien n’y fait : les impressions laissées par ce week-end lillois placent les Maritimes en position de force. Qu’ils soient audacieuses ou rassurantes, voulues ou subies, Ugo Mola cherchera les parades une dernière fois. « On fera avec l’effectif qu’on aura », dit-il. Espérant des renforts devant et comptant sûrement sur l’orgueil de Maxime Médard - le décalage attendu de Ramos à l’ouverture en cas d’absence confirmée de Ntamack devrait entraîner son retour à l’arrière - pour renverser une autre montagne. Médard, talent unique et compétiteur hors pair. Un nouveau guide dans la tempête. Mais Toulouse se nourrit tellement de ce désordre…

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