Jonathan Danty (XV de France) : « On ne s’imagine pas perdre si près du but »

  • Le trois-quart centre français et ses coéquipiers sont concentrés pour obtenir un grand chelem qui leur tend les bras
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Auteur d’une prestation majuscule en défense face aux Gallois, le trois-quarts centre des Bleus Jonathan Danty n’était pourtant pas un premier choix au début de l’ère Galthié. Aujourd’hui, il s’impose et devient légitime. Pour Midi Olympique, il revient sur ses dernières performances et sur les raisons de sa transformation.

La défense a-t-elle été la clé de ce succès ?

Je ne sais pas quel a été notre pourcentage de possession (46%), mais j’ai l’impression qu’on a passé notre temps à défendre face à une équipe qui a mis beaucoup de rythme à la partie. Après, je n’ai pas le sentiment, à l’exception d’une ou deux actions, qu’on ait vraiment été mis en danger. Ça n’a tenu, parfois, qu’à un fil, mais on a su faire le rond. Notre seul souci, c’est que les Gallois nous ont gardés dans notre zone des quarante mètres, une zone où l’on n’aime pas trop stationner. On les a trop laissés développer leur jeu. Heureusement, notre discipline a été plutôt bonne.

Avez-vous vraiment eu ce sentiment d’être parfois au bord de la rupture ?

Ce n’est pas exactement ça. C’est surtout que nous n’avons pas l’habitude de défendre autant. Habituellement, nous avons un peu plus la maîtrise de la possession, de meilleures sorties de camp et une occupation plus en notre faveur. Mais cette victoire nous montre que nous sommes capables de gagner autrement, de nous adapter et de bien défendre dans nos quarante mètres.

Vous avez infligé un énorme tampon à Liam Williams, en seconde période. Qu’est-ce que vous vous êtes dit sur l’instant ?

J’ai gueulé "Bien mon Paulo" parce que ce plaquage on l’a mis à deux avec Paul (Willemse). Et franchement, ce genre d’action, je sais que ça donne du baume au cœur à toute l’équipe. Un contact dominant, ça galvanise. Que ce soit moi ou un autre, peu importe. Mais ça fait du bien, surtout lorsqu’on est dans le dur, qu’on ne voit pas le ballon et qu’on passe son temps à défendre.

On vous a encore vu très efficace dans la zone de "contest". Avez-vous le sentiment d’avoir franchi un cap supplémentaire dans le jeu au sol ?

Je ne sais pas, mais c’est vraiment un truc que j’adore (rires). Ça peut paraître bizarre pour un centre, mais je me régale sur cette phase de jeu. Je ne la travaille pas particulièrement , mais j’essaie d’avoir un bon timing. Par le passé, j’allais d’ailleurs un peu trop dans les rucks. Je me souviens encore de Julien Dupuy (son ancien entraîneur au Stade français) qui s’arrachait les cheveux parce qu’il trouvait que j’y perdais beaucoup d’énergie. Et j’ai retenu son conseil : désormais, je tente de choisir les bons rucks, ceux où il y a réellement une possibilité de "contest". De cette manière, j’ai gagné en lucidité et en efficacité.

Vous étiez d’ailleurs par le passé beaucoup plus pénalisé sur cette phase de jeu…

C’est vrai, mais c’est une situation que nous travaillons beaucoup avec Jérôme Garcès. Cette zone est difficile à maîtriser. Ça reste très obscur parfois, même quand on connaît le règlement sur le bout des doigts. Aujourd’hui, dès que j’ai un doute, je préfère me retirer et lever les bras pour bien montrer à l’arbitre que je ne joue plus le ballon.

Comment expliquez-vous la domination gallois sur le jeu au pied ?

Ce n’est pas forcément cette stratégie qui nous a gênés, c’est plus l’intensité qu’ils ont imposée. Notre entame de match a été très bonne, nous avons marqué rapidement. Ensuite, j’ai le sentiment qu’on a pris la pression durant les 20 dernières minutes de la première mi-temps. Les Gallois ont beaucoup tenu le ballon et nous ont mis en difficultés sur les échanges de jeu au pied, notamment par leur arrière, Liam Williams. Nous avons eu quelques problèmes de communication. Après les ballons hauts, c’est du 50/50. On savait que s’ils récupéraient le ballon, on pouvait potentiellement être en danger. Heureusement, nous avons tous fait l’effort de nous replacer assez vite pour reprendre la ligne et défendre. En clair, on a pris beaucoup de pression sur ces phases de jeu, mais on a plutôt bien défendu. La preuve, les Gallois n’ont pas marqué. Et puis, pour positiver, c’est aussi un axe de progression. À chaque match se présente une situation différente à laquelle nous devons faire face, nous adapter. J’ai l’impression que de ce point de vue là, nous avons su trouver des solutions pour contrer les Gallois. On a parfois flirté avec nos limites, mais bon… Gagner de cette façon, c’est peut-être encore plus beau.

Avez-vous le sentiment que ce type de victoire obtenue de façon très différente que lors des précédents succès vous donne une corde supplémentaire à votre arc ?

Sur ce match, il y avait beaucoup de pression. C’est vraiment difficile de gagner ce genre de matchs. Et réussir à tenir notre objectif, dans des conditions extrêmes, très différentes de ce que l’on a connu jusqu’à présent, ça fait du bien.

Laurent Labit, l’entraîneur de l’attaque, a déclaré après le match : "On sait maintenant que l’on peut gagner moche". Vous partagez ?

Laurent a dit ça parce qu’on n’a pas pu mettre de rythme en attaque. Mais sur quelques rares occasions, nous avons su gagner du terrain et marquer des points. Après, ce match n’a rien à voir avec celui de l’Ecosse. On aurait pu faire mieux, mais le contexte était quand même très différent.

Sur le plan personnel, avez-vous le sentiment d’avoir commencé une seconde carrière en équipe de France ?

J’aimerais bien répondre oui mais je vais quand même attendre de voir la suite (rires). Au fond de moi, j’ai l’impression de progresser. Ce qui est plaisant à mon âge (29 ans). Pour répondre à votre question, j’ai eu plus de sélections en un an que sur les six dernières années. Quand j’ai connu mes premières capes, j’étais plus jeune et sûrement pas aussi doué que tous les joueurs d’aujourd’hui. L’équipe de France n’avait pas non plus les moyens mis aujourd’hui à sa disposition. Et si une nouvelle génération a émergé, on le doit aussi à la mise en place de la réglementation sur les Jiff. Avant, les jeunes joueurs français n’avaient pas la possibilité de s’exprimer en club. Désormais, j’ai vraiment le sentiment d’évoluer dans un contexte très différent. Maintenant, en étant resté éloigné du XV de France pendant un petit moment, je suis bien placé pour savoir que tout cela reste fragile. Je peux donc vous dire que je profite à fond de ces moments.

En quoi votre départ du Stade français pour La Rochelle a contribué à votre renouveau ?

D’abord, en signant à La Rochelle, je savais que j’allais pouvoir jouer le haut du tableau en Top 14, ce qui n’était plus le cas avec Paris. Ensuite, c’était vraiment afin de me relancer. Je cherchais de la concurrence, et de quoi me challenger. C’est ce que j’ai trouvé. À La Rochelle, je sais que pour jouer, je dois me remettre en cause à chaque match, à chaque entraînement. Parce que la concurrence est très forte. Et forcément, ça a des répercussions sur mes performances.

Comment appréhendez-vous cette dernière rencontre du Tournoi face à l’Angleterre ?

Nous voulions pouvoir nous offrir ce dernier match en guise de finale, nous avons réussi. Jusque-là, tout le monde nous parlait de Grand Chelem, ce n’était pas notre objectif. Nous voulions procéder par étapes. Et la prochaine étape, c’est de remporter le Tournoi. Ça passera par une victoire sur l’Angleterre. Franchement, quel que soit l’adversaire, on aurait été dans le même état d’esprit. On ne s’imagine pas perdre si près du but. On va donc se concentrer sur la victoire sans trop penser à ses conséquences. On pourra alors savourer, après.

Avez-vous pleinement conscience de l’attente qui pèse sur vos épaules ?

Tout le monde ne nous parle que du Grand Chelem depuis quelques semaines, on s’en rend forcément compte. Mais il ne faut pas que ça nous mette une pression négative. On doit se nourrir de ce contexte, de cette attente, du plaisir que cette équipe de France procure aux gens. Vous savez, j’ai connu l’équipe de France qui subissait surtout des critiques, qui perdait ses matchs, qui ne séduisait pas les spectateurs et qui jouait beaucoup de ses matchs dans des stades qui ne faisaient pas le plein. La différence, je peux vous dire que je la sens bien. Et tous les joueurs la ressentent. Forcément, tout ça va nous donner de la force. Et puis, pour tout vous dire : personnellement, je prends un pied immense à vivre cette aventure. Je ne sais pas où je serai dans un, deux ou trois ans, mais aujourd’hui quel "kif". Vraiment.

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Arnaud BEURDELEY
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