• Incroyables Bayonnais qui renversent Oyonnax et s’offrent une finale de Pro D2 au terme d’un match très mal engagé. Que le rugby peut être beau ! Photo Carine Monfray
    Incroyables Bayonnais qui renversent Oyonnax et s’offrent une finale de Pro D2 au terme d’un match très mal engagé. Que le rugby peut être beau ! Photo Carine Monfray
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Bayonne époustouflant !

À la mi-temps, Oyonnax semblait avoir gagné sa place en finale, mais Bayonne a réussi une formidable remontée pour s’en emparer. Un scénario rocambolesque !

Mardi dernier, à l’issue d’une intense journée d’entraînement, Thierry Emin avait réuni joueurs et staff pour un repas en commun. Le président oyonnaxien s’était alors adressé au groupe : "Nous sommes là où nous voulions être à ce moment d’une saison qui n’a pas été tranquille. Il y a eu des hauts et des bas, nous en étions avertis dès le départ. Nous ne sommes pas au bout. Vous allez vivre quelque chose que notre club n’a jamais connu en disputant une demi-finale à Mathon. Ce sera une borne de passage, mais aussi un moment historique." Ce rendez-vous avec l’histoire, Oyonnax Rugby l’a manqué alors qu’à la pause tout semblait lui promettre cette place en finale tant attendue et cette possibilité de tenter, sur un match sec, de retrouver sa place en Top 14, un an après l’avoir perdue lors d’un autre match couperet, un duel avec Grenoble, au stade des Alpes. Le poids de ce souvenir toujours douloureux a-t-il été trop lourd à porter ? Impossible de le dire, mais l’abattement était le même, à un an d’écart, après ce nouveau terrible échec. Yeux rougis, visages fermés, mots difficiles à exprimer… le camp oyonnaxien est resté comme sidéré par l’incroyable scénario de cette demi-finale. Tout aussi surprenant, d’ailleurs, pour le camp basque.

"À la mi-temps, après les trois essais d’Oyonnax, et avec un score de 27 à 9, j’ai téléphoné à mon fils, à Cambo, pour lui demander comment on pouvait s’en sortir", témoigne, aussi incrédule qu’heureux, Jean, Basque pur jus, établi en Haute-Savoie mais au cœur bleu et blanc à jamais. À ses côtés, ils sont quelques dizaines, venus des rives de l’Adour et de la Nive, à clamer leur joie, à grand renfort de chants, aux portes du vestiaire bayonnais. "Nous sommes partis de Bayonne à 4 heures du matin et franchement nous ne pensions pas à assister à un tel match. Ce que les joueurs ont fait est énorme. Nous ne regrettons pas les douze heures de bus", affirme une supportrice, en acclamant les joueurs qui se faufilent au milieu du groupe en lâchant des "mercis, mercis".

L’exemple du football

Quel que soit le camp, tout le monde se pose la même question: comment ce match qui semblait plié à la pause a-t-il pu générer un tel renversement de situation ? La réponse se trouve peut-être quelques heures avant le coup d’envoi, dans une salle de l’hôtel dans lequel les Bayonnais ont séjourné… et elle repose sur une référence qui pourra surprendre le monde de l’ovalie puisque venant du milieu du football. S’agissait-il d’un quelconque pressentiment ? Toujours est-il que Yannick Bru, le directeur sportif, a abordé devant ses joueurs le thème de la "remontada" en s’appuyant sur l’exemple récent de la demi-finale de ligue des champions entre Barcelone, auteur d’un 3 à 0 à l’aller, et Liverpool, qualifié en signant un 4 à 0 au retour. La similitude avec l’incroyable scénario du duel entre Oyonnax et Bayonne est saisissante. "Un manager doit savoir faire basculer son groupe, et il l’a fait avec ce clip. Je lui dois une bière", savoure Joël Rey qui très volontiers lève le voile sur les propos tenus dans les vestiaires bayonnais à la mi-temps : "Nous ne leur avons demandé des choses simples, sans leur mettre de pression. Nous leur avons demandé d’avoir de la fierté, de montrer qu’ils étaient eux aussi capables de tenir le ballon et de marquer au moins une fois."

Les Bayonnais auraient pu baisser les bras, ils ont relevé l’impossible défi : "C’est un groupe généreux, avec un état d’esprit fabuleux", apprécie l’entraîneur basque. Les Bayonnais poursuivront leur saison à Pau, avec en toile de fond la perspective de pouvoir retrouver le Top 14. "L’an passé une partie de ce groupe disputait la demi-finale espoirs contre Pau, aujourd’hui ces mêmes joueurs sont en finale de Pro D2", constate Joël Rey.

Questions d’avenir

Dans le camp oyonnaxien, la question des lendemains se pose, elle aussi, et le président Thierry Emin ne l’élude pas : "La déception est énorme. Mais il ne faut pas en rester à une analyse qui se contenterait de souligner qu’à un an d’intervalle nous avons perdu deux occasions d’être en Top 14. Aujourd’hui nous devons tous être conscients que l’avenir d’Oyonnax rugby ne s’écrira pas uniquement sur le terrain. Pour le préparer nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur le projet sportif que portera Joe El Abd et sur un vrai groupe. Sur les 23 joueurs alignés face à Bayonne, avec les départs de Botica, Hall et Etienne, vingt seront encore à Oyonnax la saison prochaine. Ce groupe sera renforcé grâce au recrutement que nous avons mené. Sur le plan sportif, Oyonnax Rugby est prêt à repartir avec des ambitions… mais cela ne suffira pas. Cette saison, notre position en haut du classement a peut-être été l’arbre qui cachait la forêt. Il n’y avait pas l’engouement attendu, pas le soutien nécessaire. On ne peut pas focaliser uniquement sur les aspects sportifs. L’expérience vécue cette saison doit nous conduire à construire un nouveau projet qui nous permette de nous réapproprier notre territoire, avec l’appui des collectivités, des entreprises, des supporters. Cela passera peut-être par un changement de gouvernance, mais nous devons avancer."

L’incroyable scénario a bousculé les certitudes, mais il offre aux deux clubs de nouvelles perspectives que chacun, dans des registres différents, devra tenter d’assumer.

Jean-Pierre Dunand
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