• Iseleli Nakajima (Japon) après la victoire décisive contre les Écossais
    Iseleli Nakajima (Japon) après la victoire décisive contre les Écossais PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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Portraits

Nakajima : autopsie d’un phénomène

Terreur des terrains et coqueluche du public japonais en dehors, le puissant gaucher, Isileli Nakajima, a une trajectoire pour le moins étonnante. il y a moins d’un an, il n’avait jamais joué pilier. Jusqu’à cet appel téléphonique de Jamie Joseph...

Isileli Nakajima est en passe de devenir la coqueluche du Mondial. La preuve, la semaine dernière, il faisait la "Une" de Midol ! Et ici, au Japon, il est déjà le chouchou des supporters. Difficile de louper l’animal : avec ses cheveux et sa barbiche peroxydés, sa dent en or et son physique de buffle (1,86 m pour 120 kg), il ne passe pas inaperçu. En conférence de presse, le colosse enchaîne les vannes en japonais et déclenche, sous nos yeux incrédules, l’hilarité générale parmi la centaine de journalistes nippons systématiquement présents. Il est aussi la star des réseaux sociaux et un tee-shirt à son effigie a même été créé avec sa formule fétiche "Yeaboii" (contraction de "Yeah, boy" soit "Bien, garçon"). Un peu partout au pays, ses fans commencent à se décolorer les cheveux. Les filles ne sont pas en reste : comme le "nail art" (l’onglerie esthétique) fait fureur chez les Japonaises, ces dernières reproduisent son faciès rigolo sur leurs ongles. Avouez qu’on a jamais connu cela en France, même pour Chabal ou Michalak… Interrogé au sujet de sa nouvelle popularité, le golgoth s’en amusa : "Je suis content que les gens découvrent qui je suis. Mais ce qui m’importe le plus, c’est qu’ils découvrent le rugby. J’espère que des générations de gamins vont se mettre au rugby pour qu’un jour, le Japon soit champion du monde. Je suis sûr que ce pays peut le faire. Et j’espère que mon fils sera dans l’équipe !"

Mais d’où vient cet ovni au juste ? Isileli Vakatau, de son premier nom, est né le 9 juillet 1989 à Vaiola, dans le royaume du Tonga. Il a rejoint le Japon et l’équipe des Green Rockets en 2014, avant de signer pour la prestigieuse équipe des Kobelco Steelers l’année suivante où il évolue encore. C’est aussi là qu’il se maria à une Japonaise et adopta son nom en preuve d’amour. Un destin finalement classique pour un puissant îlien expatrié, à ceci près : il y a moins d’un an, Nakajima n’avait jamais joué pilier, mais toujours deuxième ou troisième ligne. La saison dernière, il a même remporté le titre national avec les Steelers au poste de… numéro 8.

"J’étais terrifié"

Alors, comme l’intéressé s’y est-il pris pour effectuer cette reconversion éclair ? "Comment j’ai fait ? J’ai utilisé la Tongan force, frère !", se marre le cube avant de livrer la vraie version des faits : "Jamie Joseph a commencé à m’en parler l’année dernière : "Tu ne voudrais pas jouer pilier gauche ?" Je pensais qu’il blaguait car on avait plein de bons piliers gauche alors je n’y faisais pas attention. En octobre dernier, il a appelé Wayne Smith, mon entraîneur de club. Sur le coup, je me suis dit pourquoi pas, que j’allais apprendre. Le problème, c’est qu’ils m’ont prévenu au dernier moment ! Cette semaine-là, on jouait le vendredi contre les NTT Docomo d’Osaka, l’une des meilleures mêlées du championnat. Wayne est venu me voir la veille : "Je veux que tu joues pilier demain." Là, j’ai halluciné. Je n’étais que remplaçant mais j’étais terrifié. L’entraîneur de la mêlée me donnait des tonnes de consignes et je répondais oui, oui sans même comprendre ce qu’il disait. Cela ne s’est pas trop mal passé. Au début, j’ai même cru que j’étais bon car ne faisais que pousser de travers. Résultat, je dominais le mec en face mais je prenais des pénalités. Alors, j’ai appris… Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un coup de fil de Jamie Joseph : "J’aimerais bien te prendre dans le groupe pour le Mondial mais je n’ai plus de place en deuxième et troisième ligne. Donc tu joueras pilier." J’ai dit OK !" Et c’est ainsi qu’en novembre 2018, il s’est retrouvé en première ligne face aux… All Blacks, venus à Tokyo faire un match de promotion.

En moins d’un an, Nakajima est donc passé de troisième ligne centre à pilier, forçant l’admiration de ses coéquipiers : "Isi est un joueur très spécial, expliquait le deuxième ligne Wimpie Van der Walt. Il possède une force hors du commun et bosse très dur. Je dois reconnaître qu’il m’a épaté. Je ne pensais qu’il réussirait aussi vite à atteindre un tel niveau. Il était déjà très puissant quand il poussait derrière moi en 8… Aujourd’hui, je le sens dominer ses adversaires devant moi." Contre les Samoa, Nakajima a remporté une mêlée cruciale qui donna la possession qui permit aux Asiatiques de marquer le point de bonus. "Isi nous a permis de gagner ce match grâce à sa performance en mêlée, se félicitait son sélectionneur Jamie Joseph. Pour un mec qui ne fait ça que depuis quelques mois, c’est une sacrée histoire non ?" Une histoire que l’on était ravi de vous raconter…

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