Lamerat : « C’est la biodynamie qui m’attire »

  • Le centre de l'UBB, passé par Clermont ou Castres, prépare déjà son après carrière et commence à consacrer grandement son temps à la production de vin bio.
    Le centre de l'UBB, passé par Clermont ou Castres, prépare déjà son après carrière et commence à consacrer grandement son temps à la production de vin bio. / Icon Sport
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Le Girondin, Rémi Lamerat, prépare activement sa reconversion dans le monde du vin et il sait qu’il veut devenir un vigneron préservant son terroir. En travaillant en biodynamie.

Vous préparez activement votre reconversion dans le monde du vin. La terre est-elle un enjeu majeur pour vous ?

Bien sûr, c’est très important. Il faut prendre soin du patrimoine dont nous avons hérité mais surtout savoir comment nous voulons le léguer à nos enfants et petits-enfants. C’est primordial et je pense que c’est un sujet qui devrait toucher toutes les industries. J’ai l’impression que cela gagne du terrain. Forcément, quand on parle d’agriculture, on parle de produits de la terre et donc si nous ne prenons pas en compte cette problématique, on donnera de la merde à manger ou à boire. L’agriculture biologique est un gros enjeu de la profession depuis quelques années et pour le futur. Il est important d’aller toujours vers un modèle plus sain.

Comment se prépare-t-on à entrer dans ce monde en voulant être "bio" ?

J’ai fait une formation assez conventionnelle avec un chapitre sur le vin biologique, que j’ai donc étudié. Mais en ce qui concerne le bio, et surtout la biodynamie, nous n’avons pas vraiment de formation diplômante sur ce sujet. Personnellement, s’inscrire dans cette volonté va au-delà de la façon de travailler, respectueuse d’un cahier des charges, et de pouvoir apposer sur une bouteille un label à la mode. C’est vraiment une philosophie : que vais-je donner au consommateur dans la bouteille ? qu’est-ce que je veux laisser plus tard ? Le bio et la biodynamie représentent un tout, où beaucoup de choses sont faites, mais chacun doit s’approprier sa philosophie. J’aime bien l’idée de berner le moins possible le consommateur avec mon produit. Surtout, j’ai aussi un devoir de transmission et l’envie de laisser mon domaine à quelqu’un qui puisse s’y installer sans qu’il se dise que j’ai bossé avec de la chimie pendant des années.

C’est assez vaste l’univers du vin bio…

Oui, il existe plusieurs labels. Les vins travaillés en biodynamie ou les vins naturels reviennent très à la mode en ce moment mais il n’existe pas vraiment de labels. Certains viennent d’arriver très récemment. On va dire que c’est la façon la plus naturelle de travailler le vin. Mais c’est une équation un peu compliquée dans notre métier car on sait que si on laisse le vin à l’état naturel, ça devient du vinaigre. Il y a donc différentes obligations, selon les cahiers des charges, pour rester le plus naturel possible, tout en amenant un produit consommable à la fin.

Étiez-vous déjà intéressé par l’écologie et la préservation du terroir avant de penser à votre reconversion ?

Je n’avais pas conscience de toutes ces choses-là avant de travailler dans le vin. Maintenant que j’ai l’idée de ce que je veux faire dans mon exploitation, c’est mon quotidien. C’est vraiment la biodynamie qui m’attire. Après, je ne veux pas faire de la biodynamie pour faire de la biodynamie. Ce n’est pas celle des recettes qui m’attire. C’est un gros travail d’observation, de ressenti dans ses terres, dans ses vignes, de son sol. C’est donc quelque chose qui demande beaucoup de réflexion, plus que des formations en réalité. Ne pas encore être sur le terrain au quotidien me permet d’anticiper beaucoup de choses mais ça ne me permet pas d’être sûr à 100 % de la façon dont je vais travailler mes vignes et mon vin. Comment va-t-on faire le vin ? Cela dépend surtout de Dame Nature. C’est aussi ce qui est beau dans la biodynamie car elle est juste là pour accompagner ce que la nature va nous donner, en essayant de transformer le produit le moins possible, voire pas du tout. C’est le bonheur de ce métier. Il faut avoir quelques années de recul pour connaître ses terres. Cela passe par une grosse capacité d’observation, voir au jour le jour comment réagissent les éléments sur la parcelle et s’adapter au mieux.

Est-ce possible de ne faire que du vin bio ou en biodynamie sur son exploitation ?

Le bio est maintenant bien valorisé dans les circuits de consommation et cela a permis de récompenser les gens qui travaillaient bien. C’est donc possible de produire seulement du vin biologique et il a tendance à être très présent dans les régions plus réceptives que chez nous, à Bordeaux. Ici, c’est un peu plus compliqué car on a le champignon de la vigne. C’est dû au climat océanique qui amène beaucoup de précipitations. Nous avons moins de vent que dans certaines régions où il fait chaud et où donc le champignon ne parvient pas à s’installer. On va dire que pour tout ce qui concerne les traitements, et c’est bien entendu la partie fondamentale de l’équation biologique, c’est plus facile dans le Languedoc, même s’ils ont d’autres problématiques notamment sur le travail du sol. Malgré cette difficulté supplémentaire, nous avons fait énormément de progrès ces dernières années et la majorité des professionnels travaillent maintenant en bio à Bordeaux. Non pas pour avoir le label mais car tout le monde a compris ce que cela pouvait amener de la qualité tout en préservant le terroir pour les années futures.

D’où est venue cette prise de conscience ?

La réflexion majeure, qui a poussé les gens à se questionner et à se convertir, c’est tout d’abord le sol. Il faut le préserver sur le long terme et donc lui mettre le moins de poison possible. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’un sol qui est vivant, que ce soit dans n’importe quelle culture, est un sol bénéfique pour la plante, chose que l’on avait paradoxalement opposée il y a quelques années. Les gens se sont aperçus qu’un sol qui vit, avec des insectes et des bactéries, s’autorégule avec tout un écosystème qui est préservé et la plante en fait partie. C’est donc un équilibre naturel. La chimie, même si elle devait avoir quelques bénéfices à une certaine époque, ne fait pas partie de cet écosystème.

Avez-vous le sentiment qu’une nouvelle génération de vigneron a fait bouger les lignes ?

J’ai l’impression que la nouvelle génération a fait énormément de bien à la façon dont les gens consomment. Je ne peux pas commenter les autres cultures car je ne connais pas les enjeux mais au niveau du vin, cela a été essentiel. Essayer de ne pas uniformiser le vin, même si chaque région et chaque terroir ont leurs particularités, est une bonne chose. Les vignerons ne font plus un vin uniforme, en se basant sur un goût qui plairait au plus grand nombre. Ils sont sur la logique inverse : essayer de faire leur vin pour que les gens soient amenés à l’aimer. Cela a été une prise de conscience géniale et j’aimerais m’inscrire là-dedans dans les années futures.

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