Fofana : « Ce XV de France va gagner des titres » (1/2)

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Avec quelques mois de recul, la colère apaisée et la retraite internationale désormais bien entamée, le trois-quarts centre international revient sur son départ polémique du Japon, ses dernières années de relation conflictuelle avec le XV de France et les actualités, nombreuses, d’un rugby à l'arrêt.

Dans le vestiaire après le quart de finale perdu face au pays de Galles, Guilhem Guirado affirmait des beaux jours à venir pour le XV de France. Et vous ?
Oui, ce XV de France va gagner des titres. J’en suis sûr. Son premier Tournoi n’a pas pu se finir mais il était super. Il faut prendre tout le positif qui arrive et construire là-dessus. Aller au bout de la logique avec les joueurs choisis et changer le moins possible, pour garder l’équilibre et la cohésion. C’est important car il y aura des périodes plus dures à encaisser. La pression sur eux va augmenter, il y aura des blessures, les adversaires vont aussi se méfier et s’adapter. Le rugby professionnel est un univers où tout bouge très vite et tout le monde s’adapte en permanence. Pour y faire face, cette équipe de France aura besoin de stabilité.

Vous avez pu côtoyer, au Japon, une partie du nouveau staff. Qu’ont-ils apporté de nouveau à cette équipe ?
Simple : Galthié, fidèle à ce qu’on connaît de lui, a amené sa science du rugby. Il a un flair pour les choses simples de la tactique.

Simples, vraiment ?
Oui, il laisse de la liberté mais au sein d’un cadre strict, fait de choses très basiques. Il y a quelques principes de jeu fondamentaux et il faut s’y tenir.

Lesquels ?
Énormément de jeu au pied, par exemple. Des jeux au pied d’occupation qui doivent se transformer en jeux au pied de pression, grâce à la chasse défensive organisée à la retombée. Là-dessus, il est inflexible et il y prête une grande attention. Il retranscrit tout en vert ou en rouge. Lors de ses débriefings, les bons coups de pied étaient marqués en vert à l’écran, les mauvais en rouge. Et il tirait des flèches un peu partout, dans tous les sens.

Ce cadre simple mais strict peut-il faire le renouveau des Bleus ?
Attention, il ne faut pas penser que le staff, seul, changera tout ! On ne parle pas assez des joueurs. Ce sont eux qui vont changer les choses.

Qu’ont-ils de plus que ceux de votre génération ?
Leur talent est indéniable. Plus important encore, ce ne sont pas seulement quelques joueurs, par-ci par-là, qui arrivent et apportent ce talent. ça, c’est ce que moi j’ai connu. Quand j’ai commencé, nous n’étions que quelques-uns de ma génération. Il y avait des écarts. Cette fois, on voit tout une génération qui débarque, d’un coup. Une vague d’une vingtaine de mecs qui ont les mêmes passions, les mêmes codes, les mêmes délires. Ils vivent tous de la même manière. Il y a une grande proximité entre eux et sur le terrain, cela se ressent.

Est-ce si facile que vous le décrivez ?
ça aide. Avec cette cohésion, ils vont tous dans le même sens, vite et fort. En quelques mois, ils arrivent à mettre en place ce qui nous a pris plusieurs années.

La personne de Fabien Gatlhié cristallise beaucoup d’attentions, que ce soit des critiques ou des espoirs. Que retenez-vous de votre cohabitation ?
Difficile d’en parler. Je ne l’ai pas côtoyé longtemps…

Quelques mois, tout de même, 24 heures sur 24…
Je ne sais pas trop quoi en dire. Au début, j’imagine que cela ne s’est pas trop mal passé. Ensuite, je crois qu’il pensait lui aussi que je me gérais, que je n’étais pas vraiment blessé. Au fond de lui, ça a dû l’embêter. Je peux le comprendre. J’espère seulement qu’il a compris, désormais, que cette blessure n’était pas du flan.

Quoi d’autre ?
Je n’ai pas échangé plus que ça avec lui. On a surtout parlé de rugby et sur le rugby, je n’ai rien à redire. Il sait de quoi il parle, c’est une évidence. Il maîtrise son sujet.

On vous sent beaucoup moins enthousiaste à l’idée d’en parler que de Saint-André ou Novès…
J’ai besoin d’avoir un feeling fort avec la personne avec laquelle je travaille. C’est un truc un peu latin. Fabien est plus froid, il a moins ce truc latin. Par exemple, je suis plus à l’aise avec Franck (Azéma) à Clermont. Même avec « Lolo » Labit, j’ai plus accroché. J’imagine que nous ne sommes pas tous faits pour être amis. Avec Fabien, je n’ai pas ressenti ce truc en plus.

Est-il si dur qu’on le dit, dans son management ?
Ça, non. En tout cas, je ne l’ai pas vu tant que j’étais là. Il est exigeant, oui. Il est même très pointilleux, c’est son rôle. Mais je ne l’ai pas vu colérique, comme il peut parfois être décrit. Au contraire, il était froid, serein, focalisé sur son objectif.

La fin de votre carrière sera intégralement consacrée à Clermont. Quel objectif vous fixez-vous ?
Il serait prétentieux d’affirmer un truc du genre : « Je veux ça avant de finir ». Je n’ai rien à exiger. J’ai juste le rêve d’apporter la Coupe d’Europe à Clermont.

Sachant que son existence est actuellement remise en question. Un crève-cœur ?
Alors ça, oui, ce serait sacrément bizarre s’ils la supprimaient ! Surtout après l’avoir frôlée plusieurs fois, la voir disparaître ferait mal au cœur.

À la place, un projet de Coupe du monde des clubs est dans les cartons : le rêve pour un joueur ?
(Il souffle).

On ne vous sent pas emballé…
C’est toujours la même chose : sur le papier, ces idées sont toujours énormes. Quand vous tenez la manette de la Playstation, vous rêvez de voir de tels événements se monter. Des affiches incroyables, des matchs de fou dans le monde entier, bien sûr que l’idée est fantastique ! Le public en a envie, les médias et les partenaires aussi. Les joueurs ? L’idée est séduisante mais vous vous dites aussi que votre corps va encore prendre cher. Les trajets, la pression, les temps de jeu supplémentaires, les impacts, les coups…

Terminer votre carrière sur un Clermont - Crusaders en finale de ce Mondial, ça aurait de la gueule, non ?
Pour moi, ce serait le rêve vu que j’arrêterais là-dessus ! En revanche, pour les gamins de 20 ans auxquels on va encore ajouter des matchs, il faudra accepter que leur carrière ne dure que cinq ou sept ans…

Combien de temps vous donnez-vous avant d’arrêter votre carrière ?
À la fin de mon contrat, en 2023.

Est-ce déjà acté ?
Oui. Je sais que ce sera mon dernier contrat.

Pour vous, avec ce compte à rebours désormais enclenché, cette saison 2019-2020 inachevée est-elle une occasion manquée ?
Franchement, on s’en fout un peu, non ? Les enjeux de la période qu’on traverse sont bien plus importants que la carrière ou les états d’âme de Wesley Fofana. Il me reste encore trois ans à jouer, je ne vais pas me plaindre ! S’il faut s’inquiéter pour les sportifs, je préfère qu’on ait une pensée pour Dato (Zirakashvili) qui terminera son immense carrière là-dessus. Il aurait mérité une sortie bien plus glorieuse. Je ne suis pas le plus malheureux.


Un temps cet automne, Morgan Parra a souhaité quitter l’ASM avant la fin de son contrat. Le compreniez-vous ?
Nous sommes quelques joueurs a en avoir parlé avec lui. Je n’ai pas trop compris, non. Pour moi, quand tu es Morgan à Clermont, que tu représentes autant de choses dans ce club, tu ne bouges pas. Quand on pense à Clermont, on pense à Morgan Parra. Il avait peut-être besoin d’un autre air, de voir autre chose. Il fut un temps où je m’étais aussi posé cette question. Mais quand tu es si emblématique d’un club, comme il l’est… Je ne suis pas dans sa tête et je ne lui jette pas la pierre mais, franchement, je n’ai pas compris. Ça m’aurait vraiment embêté qu’il parte.

La reprise du rugby est encore assez floue. Souhaitez-vous reprendre le plus vite possible, en septembre ?
J’attends surtout de voir. Je n’aime pas parler sans savoir et, pour l’instant, il y a trop de paramètres que j’ignore pour m’exprimer. Au déconfinement, il y aura une réunion au club où on nous exposera la situation en détail. Ce sera certainement beaucoup plus précis que tout ce qu’on voit circuler un peu partout. À ce moment, quand j’en saurai plus, j’aurai une position plus arrêtée.

L’éventualité de jouer à huis clos est-elle stressante pour un joueur ?
On va entendre des fous (les joueurs) crier au milieu de la pelouse ! Ça va être bizarre, oui. Je préférerais jouer en public. Toutefois, si la sécurité impose le huis clos, on le fera.

La question de la baisse des salaires des joueurs est très commentée : quelle est votre position ?
Question difficile. Si j’écoute le premier petit chimpanzé qui se pose sur mon épaule, il me dit : « N’accepte pas, tu vas perdre beaucoup trop ! ». La première réaction, c’est de penser à soi. J’ai des projets, des investissements. En baissant mon salaire, cela remettra certaines choses en question. C’est la première réaction, à chaud. Ensuite, l’ego revient dans quelque chose de plus rationnel. Un autre petit chimpanzé se pose sur l’autre épaule et me rappelle que des gens sont dans des situations bien pires que la mienne. Que je suis un privilégié, que je n’ai pas le droit de me plaindre et que les efforts à faire, on les fera.

La DNACG préconise un abattement de 31 % des masses salariales en Top 14. Est-ce un effort qui vous semble réaliste ?
Je ne suis pas assez calé en comptabilité pour vous répondre avec précision. Je sais juste que notre président prendra la parole au déconfinement et nous présentera la situation exacte du club. On verra ce qu’il en est. Il y aura des concessions à faire de notre côté, aussi du côté du club. On trouvera un juste milieu.

Vous faites partie des gros salaires de votre club et du Top 14. Par solidarité, seriez-vous prêt à aller encore plus loin dans votre effort, pour protéger les plus petits salaires et éviter qu’ils soient impactés  ?
Forcément, ça me traverse. On en revient aux deux chimpanzés. Au début, on pense à soi, on calcule combien on va perdre et on se dit que c’est énorme. Ensuite, à froid, on ouvre un peu son esprit et on pense aux autres. Je suis passé par là, j’ai été un jeune joueur avec un petit salaire. Si une telle situation s’était alors présentée, j’aurais aimé que les plus anciens, ceux qui gagnaient bien leur vie, aient cette démarche envers moi. Désormais, j’ai la chance d’être de l’autre côté, d’avoir un salaire plus conséquent mais je ne veux pas oublier le jeune joueur que j’étais. S’il n’y a aucune autre solution, bien sûr qu’on fera le nécessaire pour protéger les plus petits salaires. Cela me paraît évident.

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Les commentaires (1)
sebhengy Il y a 27 jours Le 09/05/2020 à 16:34

Bravo monsieur Fofana, un grand monsieur. Vous faites plaisir à voir sur le terrain, et vous faites plaisir à lire.
On sent beaucoup de sérénité en vous, et j'espère que vous arriverez à atteindre votre objectif, vous le méritez. Et puis bon, étant supporter de Clermont, on n'en serait pas malheureux non plus! Portez-vous bien, belle pensée pour Dato et tous les autres collègues qui vont quitté le club de manière bien inhabituelle... Grosso, Bendy, Toeava, etc...