Marchand : « Je n’avais pas envie d’être la victime »

  • Porté par Antoine Dupont et Maxime Médard, le capitaine toulousain Julien Marchand célèbre la victoire avec les supporters
    Porté par Antoine Dupont et Maxime Médard, le capitaine toulousain Julien Marchand célèbre la victoire avec les supporters Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Julien Marchand - Talonneur de Toulouse Suspendu pour la finale européenne, deux ans après avoir raté celle du Top 14, le capitaine rouge et noir raconte comment il a vécu cette période et comment il a rebondi - comme l’ensemble du groupe - pour aller chercher un doublé Historique. Sur le terrain, cette fois.

Après votre retour de suspension pour la 26e journée à Bordeaux, et avant les demi-finales, nous vous avions sollicité pour un entretien mais vous aviez préféré le repousser pour vous "concentrer sur les matchs"

Je ne voulais pas me disperser dans les à-côtés. Je n’ai, par exemple, fait aucun resto durant cette période. Je revenais tout juste et j’avais l’impression que je pouvais vite tomber dans le piège. Il ne restait que deux semaines de compétition, j’avais besoin de me recentrer sur le rugby.

Est-ce révélateur de la remobilisation du groupe, après le titre européen qui était l’objectif prioritaire ?

Franchement, nous nous sommes peut-être surpris de l’intérieur à trouver ces ressources. Repartir après ce que les mecs ont fait sur la finale européenne, qui avait été tellement engagée, où ça avait tapé tellement fort… Sans compter les quelques jours de fête derrière. Puis, ce match contre Clermont en Top 14 se présentait. Le groupe n’arrivait pas forcément dans les meilleures conditions.

Alors, comment expliquer ce rebond ?

Il ne faut pas minimiser la portée de la victoire, de la gagne. Dès le premier jour, au retour à l’entraînement, le groupe s’est remobilisé. Honnêtement, vu le contexte, la semaine avait été bonne et ça a payé contre Clermont. Après, c’était reparti et on s’est vite dit que nous ferions tout pour aller le plus loin possible. Encore.

Et il y a eu ce déplacement à Bordeaux, dans la foulée…

Nous n’étions pas totalement maîtres de notre destin pour une qualification directe en demie. Mais tout le monde a répondu présent : les joueurs et le club dans son ensemble. Et nous avons encore gagné. Cet état d’esprit, après le titre européen, a été le très gros point positif de la fin de saison.

à titre personnel, elle a été particulière. Comment aviez-vous vécu votre suspension de quatre semaines, pour un plaquage dangereux en demie de Champions Cup contre l’UBB, qui vous a privé de finale ?

Ce fut compliqué… Tu t’entraînes durant la semaine et tu vois tes potes partir pour Twickenham pendant que tu restes là. J’étais triste. Mais c’est aussi la règle du jeu.

Comment ça ?

Il ne faut pas faire des fautes comme celle que j’ai commise. Même si ce n’était pas du tout intentionnel et si je ne suis pas coutumier de mauvais gestes. Sur le coup, je n’ai jamais senti que je l’avais touché (Romain Buros, N.D.L.R.), sinon je me serais excusé immédiatement. J’ai appris le lendemain que j’avais été cité.

Comment s’était passée l’audition devant la commission de discipline ?

Ce fut le plus dur. On a attendu pendant cinq heures et demie, nous étions dans le bureau en train de parler avec les mecs, alors que, bon… (Il coupe). C’était vraiment très long. Voilà, c’est comme ça et ça m’apprendra pour la prochaine fois.

François Cros racontait que vous aviez pris la parole dès le lendemain devant le groupe, pour positiver…

Oui, parce que je recevais plein de messages de mes partenaires. Je n’avais pas envie d’être la victime à leurs yeux. Je voulais leur dire que, de toute manière, il y avait d’autres joueurs largement capables de répondre présents. Peato (Mauvaka) est un excellent talonneur, mon frère (Guillaume Marchand) aussi. Je n’avais aucune crainte là-dessus et ils ne devaient pas en avoir non plus. Notre force, depuis deux ou trois saisons, c’est que notre collectif sait trouver les ressources à chaque blessure ou à chaque absence. Il n’y avait pas de raison que ça change.

Ugo Mola a dit qu’il n’oublierait jamais votre regard sur le parking d’Ernest-Wallon, quelques minutes après l’annonce de la composition d’équipe pour la finale…

Je savais que l’annonce allait tomber que je n’y serais évidemment pas. Mais je m’étais entraîné dur et, avec la fatigue et toutes les émotions, tout était démultiplié et assez confus pour moi. Lire ses mots m’a beaucoup marqué aussi.

Ah bon ?

Oui, parce que ça fait plaisir quand ton coach parle de toi ainsi. J’ai senti que ça ne l’avait pas laissé indifférent.

C’est d’autant plus douloureux que le parallèle avec le fait que vous aviez déjà raté la finale du Top 14 en 2019, sur blessure, était facile…

Je me protège de tout ça et je ne regarde pas trop ce qui se dit là-dessus. Surtout dans ce genre de contexte. Vous imaginez si nous avions perdu la finale de Top 14 cette année ? Moi, je n’ose même pas… Tout le monde m’aurait pris pour le porte-malheur (rires).

Avez-vous eu l’impression d’être maudit, à un moment ?

Pas du tout. Au contraire, je voulais avancer. Et je me disais : "Au pire, qu’est-ce qu’il peut t’arriver ?" J’aurais perdu un match, ce n’est pas la fin du monde non plus. C’est la vie… Et, si tu gagnes, c’est pareil sauf qu’elle est plus belle (sourire). Je n’avais pas à me mettre cette pression supplémentaire sur les épaules. Je suis simplement heureux que nous ayons réussi à afficher un tel niveau en finale alors que nous sortions d’un match très dur contre Bordeaux, six jours avant.

Malgré votre préparation écourtée, votre maîtrise des événements a impressionné. L’aviez-vous senti ?

Oui. On a eu pas mal de repos en début de semaine, vu que le match avait lieu le vendredi et… (Il s’arrête). On ne va rien dire là-dessus. Si la semaine était à refaire, on referait la même. Chacun s’est penché sur les ordinateurs, plus que d’habitude, pour analyser les choses à travailler. Le gros du boulot a été réalisé à côté du terrain, sur les vidéos qui nous ont été présentées. Il y a eu aussi cette arrivée au stade à la bourre…

Racontez-nous…

Le jour de la finale, nous sommes arrivés vingt ou trente minutes plus tard que d’habitude. Mais cela a peut-être permis de nous enlever de la pression. Nous n’avons pas eu le temps de gamberger. La bascule s’est vite faite.

Cela prouve-t-il la maturité de ce groupe ?

Nous avons grandi ensemble et on vit quasiment ensemble. Par petits groupes, bien sûr, mais on est toujours en lien, même en dehors du rugby. Pour ce qui est de l’entraînement, nous faisons d’ordinaire deux séances à haute intensité. Mais il n’y en avait plus qu’une à la fin, pour garder de la fraîcheur en vue du match.

L’adaptation au contexte a été flagrante…

Oui, surtout si on prend la finale de Top 14 et le match de Thomas Ramos, par exemple… On l’avait travaillé en amont mais l’action de son drop est géniale. Il y avait un mur en défense. On savait qu’il serait difficile de le franchir. Quand tu butes dessus et que tu as Thomas qui convertit ce drop, ces points-là font un bien fou à la tête. Surtout pour nous, les avants.

Pareil pour le drop de cinquante mètres de Kolbe ?

Cheslin, je ne sais pas d’où il le sort celui-là ! Sur le moment, quand je le vois armer, je me dis : "Mais il est fou, qu’est-ce qu’il fait ?" Puis, ça passe et ça fait encore du bien.

En 2019, Jerome Kaino - capitaine en votre absence - vous avait invité à soulever le Brennus. Cette fois, c’est vous qui l’avez invité, ainsi que Yoann Huget, à le soulever. était-ce symbolique ?

Ce sont deux joueurs si importants pour le groupe, qui ont eu une grande carrière. C’était normal. Et ça me tenait à cœur par rapport à ce que Jerome avait fait… D’autres joueurs auraient aussi mérité de le soulever en premier, comme "Lucho" Madaule.

Yoann Huget nous a avoué que vous lui aviez dit dans la semaine : "T’inquiète, tu vas soulever le Bouclier". Il vous avait répondu : "On verra si tu nous offres l’issue de secours ou la grande porte"

(Il rigole) Oui, je lui avais lancé que si on avait la possibilité de le faire… Mais à vrai dire, c’est surtout lui qui est venu en chambrant : "Je ne joue pas mais on va voir si je le lève."

Vous avez tout gagné en club. Qu’est-ce qui va vous faire avancer, désormais ?

Il est inconcevable d’entamer une saison sans avoir l’envie d’aller au bout. C’est vrai pour toutes les équipes. Ce sont des moments tellement magiques, dans une vie… C’est à chaque fois différent et on veut tous le revivre. Bon, après quelques semaines de repos, il va falloir vite se remettre au diapason.

Comment définir votre usure, au bout de treize mois et six compétitions officielles pour les internationaux ?

Sur la finale, j’ai ressenti une douleur qui n’était jamais apparue, à un tendon d’Achille. J’avais du mal à la supporter. Repartir sur un autre match aurait été très dur.

Il fallait donc que ce soit le dernier ?

Ouais… S’il avait fallu, j’y serais retourné et j’aurais encore serré les dents ! Mais, sérieusement, il fallait couper un peu. Les corps et les têtes étaient fatigués.

Vous avez encore franchi un cap en équipe de France cette saison et réalisé un magnifique Tournoi des 6 Nations. êtes-vous d’accord ?

Il y a toujours une part de réussite. Des fois, les choses nous sourient… Un mec se trompe en défense en face et ça offre une opportunité. Oui, ce fut une période chouette pour moi mais je sais aussi tout ce qu’il me reste à faire pour progresser encore.

Vous n’aimez pas trop parler de vous. Mais, on insiste, on a l’impression qu’il n’y a plus de débat sur le poste de talonneur en sélection…

Quand tu joues, tout est plus facile. Tu enchaînes, tu t‘exposes et la confiance est là.

Vous êtes considéré comme un des meilleurs talonneurs du monde…

ça fait bien sûr plaisir d’entendre ça. Mais tout peut aller tellement vite, dans un sens comme dans l’autre. Mieux vaut ne pas trop s’emballer. Sur cette question, je ne me suis jamais vraiment mesuré à mes concurrents de l’hémisphère Sud. Sincèrement, je sais qu’il me reste beaucoup de choses à améliorer.

Vous avez été nommé capitaine du Stade toulousain en 2018, à 23 ans. Avez-vous évolué sur le leadership ?

En tout cas, il ne s’est pas développé différemment chez moi. Je n’ai rien changé dans ma manière de faire. Même si, parfois, il faut trouver de nouveaux leviers. J’ai beaucoup appris auprès de mecs comme Titi Dusautoir, Flo Fritz, Vincent Clerc ou Yoann Maestri. J’en oublie plein d’autres. Ils avaient appris le respect avec les anciens et ils nous l’ont transmis. "La Huge" (Huget) et Max (Médard) ont repris ce flambeau.

Jerome Kaino va-t-il vous manquer dans le vestiaire la saison prochaine, même s’il sera dans le staff ?

C’est quelque chose que je n’ai pas encore appréhendé. Je n’y pense même pas… Pour l’instant, j’ai l’impression qu’on va retrouver le même groupe et repartir tous ensemble (rires). Même par rapport à mon frère, je n’ai pas encore réalisé…

Justement, Guillaume va être prêté à Lyon…

Nous sommes fusionnels tous les deux. On se comprend en un regard et nous étions tous deux très émus après la finale de Top 14, sans avoir vraiment besoin de se parler. Je sais que son départ est une bonne chose pour lui. C’est une nouvelle aventure et il va se régaler. Quelque part, j’ai réussi à vivre la finale de 2019 et celle européenne à travers lui, qui m’avait remplacé dans le groupe et avait été très bon.

Et il n’est pas interdit de se retrouver, vu que c’est un prêt ?

Exactement, c’est ce que je me dis. (rires)

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