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Pro D2

Brive - Vannes : deux cafés gourmands

Difficile à imaginer à ce stade la compétition en début de saison, et présumée déséquilibrée quand les Bretons étaient repartis d’Amédée-Domenech les valises pleines en février, l’affiche entre un Brive meilleur élève de la phase régulière de Pro D2 et la surprise vannetaise qui a enchanté la France du rugby dimanche dernier a de quoi faire saliver.

"Brive, ce n’est pas notre championnat." La tirade serait-elle signée d’un Massicois ou d’un Burgien, tous deux rélégués en Fédérale 1 ? Ils ont beau avoir battu sur leurs terrains respectifs le meilleur élève de la phase régulière de Pro D2 cette saison, l’éventualité serait crédible. Il n’en est pourtant rien. L’auteur du constat sans appel n’est autre que Jean-Noël Spitzer, manager de Vannes. C’était le 22 février et son équipe venait d’encaisser un cinglant 61-14 à Amédée-Domenech. Ce jour-là, le CABCL avait rendu l’une de ses plus belles copies, du moins dans le deuxième acte quand il avait passé 41 points et 7 essais aux Bretons. Ce qui avait fait dire au talonneur Leeroy Cloostermans : "On a pris une leçon de rugby."

Mais tout va vite, très vite même, dans ce sport. Moins de trois mois et un barrage survolé par les Vannetais contre Mont-de-Marsan plus tard, l’adage de maître Spitzer est tombé aux oubliettes. C’est un fait : les deux formations évoluent bel et bien dans le même championnat, à tel point qu’elles se retrouveront ce dimanche en demi-finale d’accession à l’élite. Et, à la veille de savourer l’affiche, il n’y aura pas grand-monde pour bouder son plaisir de voir. Parce qu’elle réunira l’ogre de l’exercice, certes irrégulier mais dont la marge en termes de talents et de profondeur a permis de faire constamment tourner l’effectif sans se barrer la route de la première place, et la jolie surprise, dont la fraîcheur a enthousiasmé la France le week-end passé. Pour la défense du sorcier vannetais, Spitzer avait aussi ajouté ce fameux 22 février : "C’est le genre de match qui doit nous faire grandir car l’écart de niveau est réel." Est-il aujourd’hui suffisamment réduit pour croire en l’impossible ? "Il ne faut surtout pas qu’ils sinterdisent de rêver à une victoire à Brive", soufflait l’entraîneur montois David Auradou à l’attention de ses bourreaux après la correction infligée à ses troupes.

À vrai dire, ce n’est pas vraiment le genre de la maison. Et, si quelques membres plus expérimentés du groupe appelait à vite évacuer l’euphorie née de cette démonstration offensive, l’espoir guide cette bande à part. "Notre équipe se surprend elle-même, clamait le capitaine Anthony Bouthier. On a beau avoir pris soixante points là-bas, pourquoi ne pas y gagner cette fois ?" Que celui qui trouve une bonne raison de répondre par la négative se lève de suite ou se taise à jamais.

Davidson : "J’espère qu’on n’écoute pas autour de nous…"

Le seul bémol, c’est que les Corréziens ont aussi leur mot à dire. Et que la gestion de leur parcours, autant que leur maîtrise à domicile (Brive est la seule équipe à avoir remporté tous ses rendez-vous sur ses terres), laissent admiratif sur le potentiel des hommes de Jeremy Davidson. Lequel sait compter sur plusieurs joueurs dont la véritable place se situe à l’échelon supérieur. Alors, qu’est-ce qui pourrait guetter une armada programmée pour être exactement là où elle se trouve aujourd’hui et pour prendre la direction de Pau la semaine prochaine ? La suffisance ? L’histoire récente de ce groupe, qui a connu la relégation lors de la dernière intersaison mais a su conserver quelques-uns de ses maillons forts pour effectuer directement l’ascenseur comme ce fut le cas en 2013, plaident en défaveur de l’hypothèse. l’accident industriel du coup ?

Le CABCL a connu une bonne piqûre de rappel voilà deux semaines quand il a manqué de peu de subir une désillusion à la maison contre Bayonne (18-20). "J’espère que nous ne sommes pas en train d’écouter autour de nous les gens affirmant que nous sommes déjà montés, prévenait Davidson. Il reste beaucoup de travail, on n’est pas en Top 14 encore." Et Franck Romanet, un œil sur la demie à venir, de mettre en garde : "Ce ne sont plus les mêmes matchs, une autre saison démarre." Celle qu’une ville entière attendait depuis bientôt un an. Face à l’Aviron, elle avait enfilé sa tenue de gala pour réunir 12 107 spectateurs dans le stade, record de la saison, et réserver à ses troupes une arrivée triomphante dans l’enceinte. Dimanche, les Brivistes endosseront logiquement un costume de favoris dont ils tâcheront d’être dignes. "Ils ont mérité leur semaine de repos supplémentaire et ont eu la possibilité de mieux préparer cette demi-finale, mais je n’échangerais pas ma place", lance, un rien taquin, Spitzer. Le troisième ligne corrézien Mathieu Voisin en écho : "Je ne sais pas si c’est une bonne chose de souffler. Regardez Montauban l’an passé ! ça peut être à double tranchant car les barragistes sont dans le rythme. C’est donc à nous de répondre présent d’entrée." Voilà qui promet un appétissant menu.

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