• 6 Nations 2018 - Maxime Machenaud contre l'Angleterre
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Entretiens

Machenaud : "Si j’étais si lent sur les libérations, je ne serais pas là"

Il fut l’une des surprises de la liste de Jacques Brunel. Passée une saison difficile sur le plan sportif et émotionnel, Maxime Machenaud s’apprête aujourd’hui à toucher des doigts son rêve. Au passage, il répond à ses détracteurs.

Le 18 juin dernier, le sélectionneur Jacques Brunel donnait la liste des 31 joueurs amenés à disputer la Coupe du monde au Japon. Où étiez-vous, ce jour-là ?

J’étais à Bordeaux, en vacances. On se baladait en ville, avec ma femme. (Il soupire) Ouais… C’est une joie assez difficile à décrire, en fait… Je crois avoir accueilli cette nouvelle comme une première sélection.

Il y avait pourtant plus d’un an que vous n’aviez pas disputé un match en équipe de France…

Oui, la dernière fois, c’était pour le Tournoi 2018, à Cardiff.

Franchement, pensiez-vous vraiment faire partie du groupe ?

Avec tout ce qu’il m’est arrivé, je sais que ce n’était pas gagné d’avance. Je savais quels étaient les prétendants. Je connaissais la concurrence à ce poste et personnellement, la fin de saison du Racing avait été difficile à vivre. D’un autre côté, je me disais aussi que j’avais quitté l’équipe de France sur une blessure après avoir enchaîné cinq titularisations dans le Tournoi. Finalement, je n’ai jamais perdu la foi. Je n’ai jamais baissé les bras.

Avant votre blessure, votre pourcentage aux tirs au but flirtait avec les 90 % de réussite. Avez-vous retrouvé de telles statistiques ?

Cette saison, j’ai raté quelques coups de pied importants avec le Racing. Je me souviens d’ailleurs de ce tir au but, à Clermont, qui nous coûte une belle victoire. Mais, au fil des mois, j’ai globalement retrouvé l’efficacité de l’hiver 2018.

Vous n’avez pourtant pas toujours buté, au Racing. Pourquoi ?

J’ai souvent été second parce que j’avais de grands buteurs internationaux devant moi. Vous comprendrez qu’il est difficile de dire à Johnny Sexton ou Dan Carter : "Laisse, je la prends !"

Et puis ?

Au club, les ouvreurs ont changé. Finn Russell ne tape pas en sélection et, de mon côté, j’ai toujours su que le tir au but serait une arme supplémentaire au moment de postuler en sélection. Dans ce secteur de jeu, j’ai mis les bouchées doubles.

Vous allez disputer votre première Coupe du monde. Comment l’appréhendez-vous ?

Vous savez, j’ai toujours été un dingue de rugby. Depuis tout petit, je suis les Coupes du monde sans manquer un seul match ou presque. En tête, j’ai l’épopée des Français de 1999, le drop de Jonny Wilkinson quatre ans plus tard et un millier d’images de ce genre. Pour moi, c’est la compétition ultime.

Pensez-vous que le titre mondial est vraiment abordable ?

Si c’est pour sortir en poule, autant rester à la maison. Moi, quand je participe à une compétition, c’est pour la gagner.

On dit Fabien Galthié, le bras droit de Jacques Brunel, très exigeant avec les demis de mêlée qu’il entraîne. Vous y êtes-vous préparé ?

Fabien Galthié connaît le poste et le haut niveau. Mais ça ne me fait pas peur : j’ai toujours été très exigeant envers moi-même.

Les Jaguares ont signé une belle épopée en Super Rugby et les Pumas, leur clone, seront vos premiers adversaires en Coupe du monde. À quoi vous attendez-vous ?

À un immense défi. Ces Argentins jouent douze mois de l’année ensemble et se trouveront les yeux fermés, sur le terrain. Mais on va s’y préparer…

Cela vous surprend-il que les Argentins se passent d’un joueur comme Juan Imhoff, votre coéquipier au Racing ?

Juan est un ami et je suis triste pour lui. Mais les Pumas ne sont pas idiots. S’ils se passent de lui, c’est qu’ils doivent avoir quelques excellents ailiers au pays…

Que savez-vous du Japon ?

J’y ai fait une tournée avec France Universitaires, il y a quelques années. C’était sympa, un vrai choc culturel. On avait passé quinze jours à Tokyo : je me souviens d’une chaleur suffocante et de beaucoup d’humidité. Nous sortions de l’hôtel et cinq minutes plus tard, nous étions trempés…

De l’extérieur, il semble que le XV de France, avec Romain Ntamack, Camille Lopez, Gaël Fickou, Wesley Fofana ou Alivereti Raka, souhaite revenir à un jeu de mouvement. Est-ce exact ?

Oui. Toute notre préparation va d’ailleurs se faire en ce sens. À Marcoussis, on ne lâche jamais le ballon, on bosse beaucoup notre jeu, on essaie de trouver des repères communs sur le terrain. Le jeu de mouvement que l’on souhaite mettre en place passe par là.

On dit, au Racing, que vous êtes un grand fan de préparation physique. Est-ce vrai ?

Ça ne m’a jamais déplu, en tout cas. J’ai le goût de l’effort, j’aime m’entraîner.

Faites-vous toujours autant de musculation ?

Les gens pensent que je passe mon temps en salle de musculation, c’est faux ! Je fais surtout des choses qui m’aident sur le terrain pour être meilleur et la musculation en fait partie, c’est tout. Mais je bosse aussi beaucoup la technique individuelle, la vision, la vitesse… Je suis curieux de tout.

Les gens qui ne vous aiment pas disent que vous êtes lent sur les libérations de balle. Que répondez-vous à cela ?

J’écoute surtout mes entraîneurs et jusqu’ici, leurs retours ne font pas état de la lenteur de mes libérations… Vous savez, si j’étais si lent pour éjecter les ballons, je ne serais pas là. […] Ce débat est assez exaspérant : dans l’éjection d’un ballon, il y a aussi la qualité de libération du porteur de balle et la rapidité des soutiens. Ce n’est pas le seul fait du demi de mêlée. De toute façon, je sais que je ne ferai jamais l’unanimité. Mais c’est la règle du jeu et je l’accepte.

Après l’élimination du Racing en quarts de finale, Jacky Lorenzetti avait émis des réserves sur votre capitanat et vos performances. Comment l’aviez-vous vécu ?

J’ai eu une explication avec lui, tout est très clair et je n’ai pas envie de polémiquer. C’est son club et Jacky a le droit de s’exprimer à ce sujet. Si j’ai des choses à lui dire, je lui dirai en face. Pas dans les journaux.

Allez-vous laisser le capitanat, au Racing ?

Je ne sais pas. Pour l’instant, on a des discussions avec le staff et le président à ce sujet. On verra bien. Mon actualité, elle est ailleurs en ce moment.

Au fil de cette saison difficile, vous avez aussi eu la tristesse de perdre votre père Bertrand au matin d’un match à Bordeaux. Pensez-vous souvent à lui ?

Tous les jours. Papa était un amoureux de rugby. Il m’envoyait un message avant chaque match et ensemble, on regardait tout, on débriefait tout… Sa disparition m’a sonné. J’essaie désormais de m’en servir comme d’une force. […] Mon père stressait beaucoup par rapport à ma carrière et mes performances. Il s’inquiétait pour moi. Mais il rêvait aussi que je puisse un jour participer à une Coupe du monde et aurait été très fier, s’il avait encore été là.

 

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