• Makazole Mapimpi (Afrique du Sud) salué par ses équipiers après avoir inscrit le premier essai contre l'Angleterre
    Makazole Mapimpi (Afrique du Sud) salué par ses équipiers après avoir inscrit le premier essai contre l'Angleterre PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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Coupe du Monde

Une mixité forcée

Ce succès est aussi celui d’une politique, celle des quotas. A-t-elle favorisé la victoire, on n’en est pas sûr. Mais elle ne l’a pas empêchée, c’est déjà un… succès en soi.

L’Afrique du Sud est la seule nation dont le rugby évolue dans un contexte aussi brûlant politiquement. Rarement un sport aura été lié à ce point à un régime politique décrié, l’apartheid, supprimé en 1994. Le rugby a toujours été le sport de la communauté blanche, la fédération sud-africaine (SARFU puis SARU) a très longtemps administré uniquement rugby des Blancs par opposition à trois autres organismes qui géraient les équipes noires, métisses et indiennes. La SARFU se refusa longtemps à sélectionner des non-blancs même si Errol Tobias fit figure de précurseur en 1981. Après la chute de l’Apartheid, le nouveau régime s’engagea en réaction dans une politique de quotas ethniques. Le rugby ne devait pas, ne devait plus être le sport d’une seule communauté. Les gouvernements indiquèrent donc des "proportions" de non-blancs à sélectionner. Ceci commença en 1999 avec le Cricket, les pressions sur le rugby étaient fortes mais non chiffrées. Mais en 2015, la Saru annonça qu’il faudrait au moins sept non-blancs à chaque équipe des Springboks, décision prise sur l’injonction du gouvernement. En anglais, on appelle ça l’Affirmative Action, politique imaginée aux Etats-Unis dans les années 60. la SARU annonça même le projet d’atteindre les 50 pour cent en 2019 (lire en page 4, la façon dont Rassie Erasmus s’en est affranchi).

Am et Mbonambi ont levé les doutes

On peut soutenir moralement cette politique ou la combattre (au nom de l’équité sportive) d’ailleurs Siya Kolisi s’est prononcé contre. Mais on est obligé de constater qu’elle a constitué une forme de contrainte supplémentaire aux différents sélectionneurs des Springboks. En clair, l’entraîneur n’est plus libre de sélectionner qui il veut. Nous avons souvent entendu dire de-ci de-là que tel joueur ne jouait pas à cause de valeur, mais à cause de la couleur de sa peau. On nous a aussi souvent expliqués que dans les faits, les blancs restaient les plus doués au rugby, question de tradition et que l’arrivée des noirs et des métis ne pouvait qu’affaiblir la sélection. On n’a pu le croire au gré des saisons et de quelques mauvaises passes, mais la victoire de la sélection de Rassie Erasmus démontre finalement le contraire. Ils étaient bien sept non-blancs sur la feuille de match à Tokyo. Preuve que cette Affirmative Action a finalement réussi, grâce aussi aux efforts de formation de la SARU dans les milieux moins favorisés. On avait quelques doutes sur Lukhanyo Am (pris à la place de Jesse Kriel, blessé entre-temps) ou sur Bongi Mbonambi titularisé à la place de Marx. Les deux hommes les ont levés magistralement. L’Affirmative Action à la sud-africaine n’a pas été un échec. C’est le moins qu’on puisse dire.

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