Michalak : « Toulouse est un modèle à suivre, à récompenser » (1/2)

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Exclusif - L’ancien ouvreur du Stade toulousain, du RCT, du Lou et du XV de France, a accepté le principe d’un très long entretien pour évoquer sa carrière mais aussi se projeter sur sa vie actuelle. Frédéric Michalak, a gardé un petit côté facétieux, mais a aussi un avis pertinent et légitime sur toutes les problématiques actuelles du rugby français.

Comment se passe le confinement chez les Michalak ?

Nous sommes en famille, sur Lyon. Avec mon épouse, Cindy, comme pour tous les parents, nous sommes transformés en professeur pour nos deux garçons. J’essaye d’être le meilleur instituteur possible, même si j’ai pu me rendre compte que ce n’est pas simple. Pour tout vous dire, les deux premières semaines ont été difficiles à vivre... Depuis, nous avons trouvé un cap qui est plutôt intéressant. En plus des enfants dont il faut s’occuper, j’ai aussi une partie de télétravail, avec mes différentes activités basées à Blagnac ou à Toulon. Côté sport, j’ai un vélo d’appartement et un rameur dans une des chambres qui me permettent de me défouler et de faire un peu d’activité physique tout en restant dans notre logement.

On a aussi appris, au tout début de la crise, que vous alliez quitter l’encadrement du staff du Lou. Pourquoi ?

Je ne peux pas trop m’étendre sur cette annonce, car contractuellement, les choses vont se mettre en place à partir du mois de mai. Je ne suis pas censé en parler. Oui, je vais m’éloigner du terrain, mais je reste dans le giron du club. J’ai de très bonnes relations avec Olivier Ginon, Yann Roubert ou Pierre Mignoni. On sait se dire les choses. Ce que je souhaite, c’est avoir une mission claire dans un cadre bien précis. J’ai beaucoup appris durant dix-huit mois, mais je dois aussi mener une réflexion sur la suite de ma carrière professionnelle. Il y a d’autres choses qui peuvent m’intéresser : je me vois rester dans le milieu du rugby mais sûrement plus loin des terrains. Je ne m’imagine pas comme entraîneur. Mais bon, on ne sait jamais. Pour le moment, j’ai décidé de reprendre mes études avec une formation en Master business et administration, pour continuer à évoluer. Le terrain et le jeu vont me manquer et, d’ailleurs, ils me manquent déjà.

Quid de vos activités lyonnaises et votre salon du sport et des nouvelles technologies ?

La deuxième édition de Sport Unlimitech devait se tenir en septembre prochain. La première a été une vraie satisfaction. Je suis en pleine réflexion sur ce plan-là. Pas mal de mes activités sont liées à l’événementiel, que ce soit ce salon mais aussi au niveau de la marque de cross fit pour laquelle je suis associé à Toulon et le club de Blagnac. Actuellement, l’État s’est lancé dans une grande vague d’aides qui permettent de préserver l’emploi mais on est dans l’incertitude sur l’après-demain. Il faut être patient tout en s’assurant que tous les salariés, et aussi nos proches, restent en bonne santé. C’est une période difficile, il faut faire le dos rond.

Êtes-vous inquiet pour vous, vos proches, vos salariés ? Pour leur santé, et les emplois ?

Il ne faut pas l’être. Nous sommes sur un niveau d’incertitude sans précédent, aussi bien sur la partie médicale du Covid-19, sa possible mutation et le vaccin, mais aussi quant à la stratégie de sortie. Quelle sera la réaction macroéconomique pour tous, comment va-t-on relancer le pays ? On ne peut pas, aujourd’hui, regarder uniquement son nombril. Personne ne sait ce qui va se passer... Il faut ne pas paniquer, s’en tenir aux faits, se conférer aux directives gouvernementales et prendre, quand on le peut, des initiatives pour tenter d’anticiper.

Votre avis sur tous les scénarios de reprise évoqués ?

Il y a eu des suréactions par rapport au risque, mais c’est normal et humain. Chacun peut avoir son scénario de reprise, mais ce ne sera ni les présidents de club, ni celui de la Ligue ou celui de la Fédération qui décideront mais l’État. Alors, mon avis… Que l’on reprenne en août, septembre ou plus tard, il faut chercher à en sortir par le haut et en fonction des règles sanitaires. S’il faut jouer à huis clos, et bien il faudra le faire ! Je crois qu’il faut profiter de ce temps d’arrêt qui nous est proposé pour mettre à plat l’un des gros chantiers de notre sport, le calendrier. Dans son ensemble, pas seulement celui des clubs ou celui des sélections. Il y a déjà des réunions en ce sens. C’est très bien. La bonne réflexion selon moi, c’est de partir avec un angle le plus large possible, du niveau international et les tournées. Que World Rugby se penche sur le rugby de demain, qui ne peut plus être celui d’hier. Cette crise aura des répercussions, il faut en tenir compte. Il y a un pendant, mais il va y avoir un après. Faut-il repartir sur les mêmes bases qui, sur le long terme, généreront les mêmes erreurs ? Il y a trop de matchs, c’est sûr. Il ne faut pas tenir compte seulement du niveau international, mais redescendre jusqu’aux amateurs, au derby et à la querelle de clochers qui doivent avoir leur place ; c’est notre spécificité. Est-ce que les internationaux doivent faire plus de matchs en sélections qu’en clubs, qui sont leurs employeurs, notamment lors des années de Coupe du monde ? Le raisonnement que Didier Lacroix a tenu dans vos colonnes est intéressant sur ce plan. Il a su partir d’un point de vue global pour rétrécir à la problématique de son club. Mais il évoque toujours l’intérêt général !

Vous évoquez Didier Lacroix, président d’un club qui reste à part pour vous...

Bien sûr ! Je vis à Lyon mais mon cœur est toujours à Toulouse ! C’est un vrai plaisir de voir le Stade toulousain se relever, grâce à son ADN : la formation. Bravo à Didier pour sa politique qui a su renouer les liens, notamment avec les petits clubs autour. Le Stade c’est un graal. Quand tu grandis dans cette agglomération toulousaine et que tu aimes le rugby, ce club est le phare de la ville. Son importance dépasse le sport, il a un rôle social et sociétal ! Toulouse est le bon modèle du rugby français, c’est un modèle que l’on doit récompenser ! Lui permettre de rester au haut niveau, sans dépendre d’un mécène. Je parle de Toulouse, mais j’ai aussi envie de citer Agen qui fait aussi un gros boulot là-dessus. De son côté, Mourad Boudjellal avait lancé l’idée d’une monétisation de la formation, je crois que c’est une voie à suivre.

Revenons à Toulouse et ouvrons le livre des souvenirs. Comment fait-on pour rentrer dans une telle équipe à 18 ans à peine ?

En se frottant les yeux, car c’était un rêve. Je jouais dans ce club depuis sept ans, et je me suis retrouvé aux côtés de mes idoles, c’était quelque chose… Bon, j’avais une certaine insouciance et pas mal de conneries en moi, donc je ne me suis pas trop rendu compte de ce qui se passait. Dans cette équipe, presque n’importe qui aurait pu jouer, il y avait de la qualité partout et à tous niveaux. C’était des grands noms de notre sport, qui en plus avaient du leadership, du talent, c’était facile de jouer avec eux. Contre en revanche… Je me souviens des oppositions du mercredi entre les espoirs et l’équipe première. On jouait le match du mois, mais pour passer face à de tels joueurs, c’était bien plus difficile... Une fois que tu étais dans le groupe, les joueurs te rendaient la tâche facile. Rappelez-vous, mes partenaires s’appelaient Pelous, Ntamack, Tournaire, Califano, Garbajosa ou Delaigue. C’était le grand Toulouse ! Ils venaient de me faire rêver en demi-finale mondiale face aux All Blacks (1999) et deux ans après, j’étais avec eux.

Rapidement, vous êtes devenu l’un des joueurs cadres du club, puis du XV de France. Avec du recul, comment avez-vous vécu la "Michalakmania " qui en a suivi ?

Tu ne contrôles pas ce qui t’arrive. Rien ! Notamment lors du Mondial 2003, je n’étais pas prêt pour tous les à-côtés. J’avais préparé physiquement une échéance sportive, mais pas effectué de media-training, de cours de communication ou de réseaux sociaux. Comme tous les sportifs, j’ai été à la merci des louanges puis des critiques. Les anciens m’avaient prévenu. Mais tant que tu ne le vis pas… J’ai essayé de toujours me recentrer sur les terrains, mon club et chercher à décrocher des titres, j’ai vite perçu que l’important restait ce qui se passait sur la pelouse. C’est bien beau de faire deux ou trois "stories" et devenir un influenceur comme c’est la mode, mais ces gens-là je ne les vois plus sur des terrains de rugby. Non, personnellement j’ai toujours privilégié le rugby.

N’attendiez-vous pas trop de vous, ressentiez-vous cette pression du résultat ?

Je sentais que j’étais un joueur clé, car j’évoluais à des postes clés, mais pas que j’avais le sort des rencontres sur mes épaules. Parfois, j’ai trouvé qu’on oubliait que j’étais juste un homme, que je ne pouvais pas rééditer à l’infini certaines de mes performances. L’être humain a ses faiblesses, ses peurs, il peut avoir des choses difficiles à gérer dans sa vie privée et, forcément, cela rejaillit sur ses prestations.

Antoine Dupont ne risque-t-il pas de vivre la même chose que vous ? On débat aussi en ce moment sur son poste de prédilection, 9 ou 10... On le présente comme la future star des Bleus…

Non, je ne crois pas qu’il soit confronté aux mêmes choses. Sur la polyvalence d’abord : aujourd’hui c’est devenu commun pour des trois-quarts de pouvoir jouer à plusieurs postes. A mon époque, le Stade toulousain et notamment Guy Novès était innovants. Guy avait anticipé le fait que le joueur de rugby allait évoluer en fonction du jeu et devrait pouvoir changer de poste. Ensuite, la grosse erreur à ne pas commettre pour Antoine Dupont, c’est chercher la comparaison. Chacun est différent et a un ressenti particulier. Il faut le laisser évoluer dans son coin, tranquillement. C’est un jeune joueur qui a un énorme potentiel. Mais il doit faire du Dupont. J’aime la spontanéité qu’il dégage sur le terrain, il respire le fait d’être heureux de jouer au rugby. Reste à voir comment lui et tous les autres jeunes vont évoluer sur le long terme. Avec les cadences actuelles, les contacts physiques qui ont évolué par rapport à mon époque, pourront-ils durer au plus haut niveau ? Est-ce que les carrières vont être plus courtes ? J’ai l’impression qu’ils commencent à se blesser beaucoup plus jeunes que nous... Ne faut-il pas les protéger ? Sûrement, oui. On sait qu’ils ont un très grand talent, mais ils l’expriment le plus souvent en club et pas en équipe de France, c’est la logique actuelle de notre rugby.

Faut-il les fixer à un poste ? Vous-même, on vous a baladé de neuf à dix, puis de dix à neuf…

Pourquoi trancher ? J’y reviens, dans le rugby moderne, les trois-quarts sont capables d’évoluer à plusieurs postes. C’est une force. Personnellement, j’ai joué aux deux postes. C’est la vie. Elissalde pouvait jouer dix, je pouvais jouer neuf. Il n’y a que Yann Delaigue, parce qu’il ne pouvait pas se lever, ne jouer qu’ouvreur (rires). Plus sérieusement, de ma génération, les joueurs de la charnière ont pratiqué les deux postes : Jean-Ba (Elissalde), Yachvili, Parra, Doussain…

Mais n’aviez-vous pas une préférence ?

J’ai souvent été neuf en club et ouvreur en équipe de France. On dit souvent que l’on performe à ce poste après 30 ans. Je n’ai jamais été d’accord. Pour moi, il faut s’installer à ce poste très jeune. On voit d’ailleurs que le jeune Ntamack est très fort, tout comme les Toulonnais Carbonel ou Belleau. J’aurai aimé avoir des outils pour travailler plus spécifiquement et plus tôt certains secteurs comme le jeu au pied. En France, ce n’était pas une priorité dans mes jeunes années. J’ai seulement eu un accompagnement sur ce travail par ateliers, sur la fin de ma carrière. Très tard. J’ai joué sur mes qualités d’instincts et perceptifs, trop d’ailleurs. J’aurai aimé avoir un cadre sur certains points techniques. Cela m’aurait aidé à être meilleur à 25 ans. Tout cela, je l’ai découvert lors de mon passage en Afrique du Sud et j’aurai aimé l’avoir lors de ma formation. Bon, aujourd’hui on a rattrapé notre retard.

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