2021, l’odyssée de l’espace pour les Bleus ?

  • Après avoir séduit le public français en 2020, les Bleus de Bernard Le Roux, Charles Ollivon et Antoine Dupont doivent confirmer cette année. L’an II du projet Galthié démarre en Italie ce samedi.
    Après avoir séduit le public français en 2020, les Bleus de Bernard Le Roux, Charles Ollivon et Antoine Dupont doivent confirmer cette année. L’an II du projet Galthié démarre en Italie ce samedi. Midi Olympique - Patrick Derewiany.
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Les Tricolores, huit victoires sur les dix matchs disputés l’année dernière, abordent 2021 en sachant qu’il leur faut désormais un titre, pour redevenir une grande nation du rugby mondial. Ça commence aujourd’hui…
 

Une nouvelle fois, la magie du Tournoi opère : les fédérations, toutes ou presque au bord de la banqueroute, vont partager la grosse meringue des droits télés en six parts égales et équivalentes à 18 millions d’euros chacune ; jusqu’au 20 mars, les gouvernements d’ici et d’ailleurs auront de quoi occuper les peuples déjà confinés ou ceux en passe de l’être ; l’équipe de France, désirable au point d’en être parfois ensorcelante en 2020, redevient pour quelques semaines le réceptacle de l’amour de tout un pays, reléguant sans le vouloir le Top 14, la Coupe d’Europe ou que sais-je encore au rang de simples palliatifs, de contrefaçons mal dégrossies. Finalement, il n’y a bien que sur Matteo Minozzi, le nouveau crack du rugby italien, que le sortilège du vieux Tournoi ne semble avoir la moindre prise et, peu avant que le sélectionneur italien (Franco Smith) ne dévoile son groupe, l’arrière des Wasps lui lançait posément : «Je suis trop fatigué pour vivre deux mois de plus dans une bulle sanitaire. Je décline, coach.»

Ben alors, choupette ? Vous n’appréciez pas les jeux de cartes et l’ambiance de caserne ? Dites-vous bien, Matteo, que les Bleus s’apprêtent de leur côté à vivre pendant huit semaines un intéressant tête à tête avec l’insondable Fabien Galthié, à propos duquel on écrivit tant de fois qu’un «rapport à l’autre» parfois déroutant ne pouvait finalement convenir qu’à une sélection, dont les rassemblements conservent un caractère exceptionnel que n’a pas le quotidien d’un club. Non, ce que l’on croit surtout, concernant l’inattendu désistement de Matteo Minozzi, est qu’il correspond en réalité à un profond malaise, au sein du rugby italien : de fait, la «squadra azzura» prend rouste sur rouste depuis des mois, reste sur une triste série de vingt-sept matchs sans victoire dans le Tournoi et, sans le vouloir, mutile en partie la «grande incertitude» du sport, dans cette compétition. «Le Tournoi des 6 Nations doit se réinventer, nous disait récemment Imanol Harinordoquy à ce sujet. Il y a en effet vingt ans qu’il débute avec la certitude que l’Italie n’y triomphera pas.» En tout état de cause, la sélection transalpine ne fait plus peur à personne et, si elle a encore son rond de table à la table de la société commerciale des 6 Nations, c’est surtout parce que sa télévision (Sky Sports Italia) génère plus de liquidités que ses homonymes géorgienne ou roumaine…

En pensant à Vakatawa et Alldritt

En théorie, il y a donc peu à craindre du premier adversaire des Tricolores dans la compétition, sinon qu’elle nuise, sur un malentendu, à l’intégrité physique d’Antoine Dupont ou Grégory Alldritt, par exemple. Après tout, les Bleus ont largement dominé l’Italie (36-5) fin novembre, restent sur une série de huit victoires en dix matchs et marquent deux fois plus d’essais (3,2 par match en 2020) que leurs prédécesseurs sous le maillot tricolore (1,6 essai aplati par match), de 2015 à 2019.

Mais quoi, alors ? Qu’on le veuille ou non, le XV de France a payé ces dernières semaines un très lourd tribut à son championnat, laissant Romain Ntamack et Virimi Vakatawa sur le bord de la route au moment d’entamer la reine des compétitions continentales. À ce titre, si Matthieu Jalibert possède en ce moment un rendement similaire à celui du numéro 10 du Stade toulousain, on se dit en revanche qu’il est en tout état de cause impossible de remplacer avantageusement Virimi Vakatawa et qu’Arthur Vincent a beau être courageux, il n’a pas encore la facilité des grands trois-quarts centre de la scène internationale.

Le besoin d’un titre

Ensuite - et c’est de saison - les corps des Bleus sont plus lourds, plus las qu’à l’automne : l’enchaînement des matchs a ici fait son œuvre et les terrains gras ont fini d’engourdir des hommes qui faisaient, fin novembre, jeu égal avec les colosses d’Eddie Jones dans le défi physique. Sera-ce toujours le cas, lorsque viendront des déplacements plus périlleux, que ce soit en Angleterre ou en Irlande ? La sélection nationale sera-t-elle aussi fringante ? Ce match en Italie aura au moins le mérite de donner quelques éléments de réponse quant à la sève actuelle des coéquipiers de Charles Ollivon que Thibault Giroud, le préparateur physique de la sélection, annonçait dans des états physiques bien plus disparates qu’il ne le pensait au départ.

Car ce n’est pas pour noircir un tableau déjà fort anxiogène que l’on écrivait, dans notre édition de lundi, que ce Tournoi 2021 serait celui de «tous les dangers» pour la bande à Galthié : surprendre est une chose, confirmer en est une autre et, de Twickenham à Dublin, ce sont autant d’armées blessées, battues, qui se dresseront bientôt sur le chemin de l’équipe de France.
À l’aune de son an II, celle-ci a néanmoins besoin de marquer l’histoire autant qu’elle ne le fit avec nos esprits, au cours de l’année passée : dauphin de l’Angleterre dans le Tournoi des 6 Nations et la Coupe d’automne des Nations, le XV de France se doit aujourd’hui de rafler une médaille d’or, le trophée Garibaldi mis en jeu ce week-end par les fédérations hexagonale et transalpine n’en faisant évidemment pas partie. «On ne peut pas se satisfaire de finir deuxièmes du Tournoi, expliquait récemment Antoine Dupont. Dans dix ans, on n’en parlera plus. Ce qui marque, ce sont les titres : il nous faudra donc gagner quelque chose, cette année.» Et ce «quelque chose» ne saurait être autre chose que ce bon vieux Tournoi, l’année 2021 ne comptant ensuite qu’un chapelet de tournées, par nature «amicales» et dépourvues d’enjeu réel, aux yeux du grand public…

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