XV de France - 14 sur 20, mention bien : le vrai bilan de Galthié

  • 14/20, mention bien, doit encore mieux faire !
    14/20, mention bien, doit encore mieux faire ! Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

C’est peu dire que le XV de France a basculé dans une autre dimension, en triomphant de la Nouvelle-Zélande pour le 20e match de l’ère Galthié. À mi-mandat désormais, il est toutefois temps de se poser pour retrouver un embryon de lucidité, et d’effectuer le vrai bilan du sélectionneur.

C’est bon de s’enflammer, parfois. De lâcher prise et de s’enthousiasmer sans fioritures, comme le gamin dingue des Bleus que nous fûmes tous un jour, et de bomber le torse. Parce que le rugby français est aujourd’hui florissant, ainsi qu’on s’en est suffisamment vanté dans ces mêmes colonnes. Sauf qu’après l’euphorie vient aussi le nécessaire temps du recul et de l’analyse, dans lequel Fabien Galthié et son staff se sont déjà plongés. Parce que, si victoire et défaite sont deux menteuses que les hommes doivent savoir « recevoir d’un même front » ainsi que le chante si justement Rudyard Kipling, quelle analyse aurions-nous vraiment effectuée de la mi-mandat de Fabien Galthié si Romain Ntamack, Melvyn Jaminet et Antoine Dupont ne s’étaient pas fendus de cette incroyable contre-attaque qui brisa la remontée fantastique des Blacks ?

On ne le saura jamais, au vrai. Mais pour Galthié et son staff, la limonade n’aurait pas été la même, ainsi que le confiait William Servat jeudi soir sur Canal + : « avant la rencontre, nous nous sommes parlé avec le staff, en nous disant que si nous devions perdre, cela ne devait rien changer, tout comme une victoire ne devait rien changer. » Une victoire qui a toutefois permis à Galthié et aux Bleus d’atteindre la barre des 14 victoires en 20 matchs, soit la note symbolique d’une mention bien. Probablement la meilleure appréciation que l’on peut finalement donner aux deux premières années en Bleu de Galthié, si séduisantes et pleines de promesse, tout en conservant une grosse marge de progression qu’il s’agira de valider lors des 18 matchs qu’il lui reste à disputer avant la Coupe du monde 2023…

Une progression qui passera, désormais, par remporter des compétitions… Car le XV de France de Galthié n’est rien d’autre, pour le moment, qu’une équipe de (gros) coups. Capables de battre les vice-champions du monde anglais pour leur grande première ou de briser de longues séries (10 ans sans victoire au pays de Galles ou en Irlande, 20 ans à domicile face aux Blacks, 30 ans en Australie…) les Bleus n’ont toutefois jamais réussi à s’inscrire dans la durée ni à soulever de breloque, à l’exception de cette coupe Dave Gallaher à laquelle les All Blacks accordent à peu près autant d’importance que nous vis-à-vis de la coupe Garibaldi.

Une équipe de « coups » qui doit maintenant gagner des titres

Voilà pourquoi il s’agira très vite de gagner, le mandat de Galthié ayant été jusqu’ici autant ponctué d’exploits que d’échecs marquants dans les matchs décisifs, que ce soit lors des Tournois 2020 et 2021 face à l’Écosse, lors de la coupe d’Automne 2020 ou du Tournoi 2021 en Angleterre, ou même lors du troisième test en Australie (à 15 contre 14). Des loupés récurrents qu’on ne saurait occulter dans le vrai bilan de cette mi-mandat, indivisibles du mélodrame de la "bulle percée" du mois de février qui gâcha la belle dynamique d’un possible Grand Chelem. Un épisode qui compte inévitablement dans le mandat de Galthié, que sa légitimité sportive et les bons résultats acquis sur le terrain ont toutefois très vite permis d’effacer, avec la complaisance des sphères politiques…

Et en ce qui concerne le sportif, justement ? Les points positifs sont légion, à l’évidence, à l’image d’un paquet d’avants qui atteint enfin des données statistiques dignes du très haut niveau international, première condition du retour des Bleus au premier plan… Un come-back fracassant qui a porté les Bleus jusqu’à la cinquième place au classement World Rugby et qui a surtout eu le mérite de s’effectuer par paliers. Axé dans un premier temps sur une très forte défense et la volonté de jouer les ballons de récupération, le jeu des Bleus a progressivement évolué vers davantage de possession et de prise d’initiatives. Un équilibre toujours délicat à trouver et dans lequel les Bleus doivent encore progresser, eux qui marquent certes beaucoup de points (pratiquement 30 par match en moyenne) mais en encaissent aussi un peu trop pour une nation favorite au titre mondial (plus de 20). Ce qui ne pourra s’améliorer que par l’acquisition de repères supplémentaires, qui constituent précisément l’un des derniers chantiers du staff tricolore.

En effet, selon le théorème d’Eddie Jones que Galthié a depuis longtemps épousé, les champions du monde utilisent une équipe dont la moyenne d’âge est de 28 ans et la moyenne de 50 sélections. Un objectif plus si loin d’être atteint, puisque l’équipe alignée samedi dernier face aux Blacks aurait une moyenne d’âge de 27,5 ans pour le match d’ouverture de la prochaine Coupe du monde, et 38 sélections de moyenne en jouant tous les matchs d’ici là. Autant dire que pour mettre en œuvre son plan, Galthié ne devrait plus beaucoup retoucher son XV de départ pour lui fournir « l’expérience collective » qu’il appelle plus que jamais de ses vœux.

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