Champions Cup - Racing 92 - La Rochelle : les liaisons dangereuses

  • Le demi de mêlée racingman Nolann Le Garrec face à La Rochelle en championnat.
    Le demi de mêlée racingman Nolann Le Garrec face à La Rochelle en championnat. Icon Sport
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Ce Racing - La Rochelle n’est pas seulement une magnifique opposition de styles. Cette demi-finale regorge aussi d’histoires dans l’histoire ou de destins croisés. Les voici contées…

Ce sont deux géants qui se regardent du coin de l’œil, deux mastodontes qui s’observent en chien de faïence. Entre La Rochelle et le Racing existe un passif, une histoire dans l’histoire, un antagonisme qui ne dit pas son nom et rend cette demi-finale plus alléchante que ne le laisserait supposer ce duel franco-français perché sur une scène originellement dédiée aux étreintes internationales.

Il y a déjà, entre ces deux entités, une opposition de styles a priori majeure et qui dresse l’équipe la plus dense, la plus lourde et la plus puissante du tournoi continental face à la formation la plus bohème, élégante ou spectaculaire de la compétition.

Et lorsque le Stade rochelais de Uini Atonio, Grégory Alldritt et Levani Botia croise la route de ce Racing, si bien incarné ces dernières semaines par Nolann Le Garrec, Finn Russell ou Teddy Thomas, on s’imagine brusquement projeté dans un remake musculeux de la « Belle et la Bête », un moment de pure grâce où un gros son d’heavy metal se mêlerait, de façon inattendue et pour notre plus grand bonheur, à une sonate de Chopin…

La caricature a beau être facile, on jure pourtant n’avoir plus assisté à pareil contraste entre deux équipes depuis la demi-finale européenne de 2006 entre le Leinster, alors hystérisé par une ligne d’attaque ébouriffante (Brian O’Driscoll, Johnny Sexton, Felipe Contepomi, Isa Nacewa…) et le Munster, porté à cette époque par Paul O’Connell, John Hayes, Denis Leamy et le pack le plus lourd du monde. Ce jour-là, la bête avait bouffé la belle (30-6). Mais le Racing d’aujourd’hui, plus léger que son homologue de l’Atlantique pour la simple et bonne raison que le semi-hybride Nanterre est grossophobe, n’a non plus rien en commun avec le pack en guenilles qui sévissait alors, du côté de la « dirty old town ».

Quand La Rochelle fait son marché en banlieue parisienne

Tout bien considéré, on aime déjà ce match. On aime ce match parce qu’au-delà d’incarner une épique guerre des mondes, il recèle en lui une foule d’historiettes. À ce titre, il n’a pu vous échapper que le Stade rochelais a récemment fait son marché dans les Hauts-de-Seine et, quelques années après avoir arraché Marc Andreu, Brice Dulin ou Donnacha Ryan au Racing, les dirigeants charentais ont récemment séduit Yoan Tanga, Teddy Thomas ou George-Henri Colombe.

Et si le club du 92 s’est plutôt laissé faire sur les dossiers « TT » et « GH », il a en revanche très mal digéré le départ de Tanga, le meilleur avant de la saison en cours : ici, les Ciel et Blanc avaient émis une offre qu’ils estimaient honnête, La Rochelle a surenchéri, emporté la mise et déclenché quelques mouvements d’humeur du côté de la banlieue parisienne. « Les Rochelais ont dû tomber sur un gisement de perles », nous soufflait-on d’ailleurs à l’époque, du côté du Plessis-Robinson.

Beau joueur, Jacky Lorenzetti avait de son côté évacué la problématique d’une pirouette : « On peut s’imaginer que les présences pendant quatre ans, chez nous, de Ronan O’Gara puis Donnacha Ryan, ont permis aux Rochelais d’avoir des entrées au Racing et la possibilité, plus directe, de démarcher nos joueurs. Ça fait partie du jeu… » 

Toutefois, le transfert de fonds entre les deux clubs s’est-il arrêté aux mouvements des hommes ? Il semblerait que non et en début de saison, un joueur Rochelais nous conta non sans humour que Donnacha Ryan, le patron des airs en Charente-Maritime, avait débarqué à Deflandre avec, dans les bras, toutes les annonces en touche du club francilien. Info ou intox ?

Des histoires dans l’histoire…

Qu’on le veuille ou non, la singularité de ce duel entre La Rochelle et le Racing n’a rien d’une invention médiatique. Au-delà du terrain, elle se prolonge aisément en coulisses. Hé quoi ? Ronan O’Gara, qui entraînait la défense francilienne de 2013 à 2017, est l’un des meilleurs amis de Mike Prendergast, l’actuel chef d’attaque du Racing, avec lequel il a connu quelques campagnes du côté du Munster.

Il va sans dire, aussi, que si Jacky Lorenzetti et Paul Goze, alors président des présidents, n’avaient poussé Vincent Merling à se présenter à la présidence de la LNR, le patron du Stade rochelais n’aurait probablement pas pris le risque d’une candidature qu’il savait, face à des gens plus « ronds » tels René Bouscatel, perdue d’avance. Dès lors, les rapports entre Lorenzetti et Merling ont-ils souffert de cette campagne électorale ratée ? Ça se pourrait bien… Mais les deux hommes, fort pudiques dans leur style respectif, ne l’ont en tout cas jamais montré…

Au bout du bout, on ne saurait décemment conclure cette bafouille sans mentionner le léger complexe que semblent cultiver depuis la saison dernière les Racingmen vis-à-vis de La Rochelle : à Lille, ceux que l’on avait alors trop rapidement surnommés « les Galactiques » avaient mordu la poussière en demi-finale du championnat (19-6) et dans la foulée, les innombrables interrogations entourant le cinq de devant francilien avaient germé. Depuis, Patricio Noriega a quitté la banlieue parisienne.

Didier Casadéi est arrivé au chevet des gros du 92 et le Racing s’est payé un pilier champion du monde (Trevor Nyakane), un ogre namibien (Anton Bresler) et de belles séances de rentre-dedans pour solidifier un axe droit jusque-là jugé trop fragile. À tel point que cette équipe, fort convaincante la semaine dernière face aux titans de Sale dans le combat collectif, estime aujourd’hui n’avoir plus rien en commun avec celle qui avait sombré dans le Nord. A-t-elle pourtant raison ?

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