Laurent Labit : « Macalou va peut-être plus vite que tous les trois-quarts de la planète »

  • Laurent Labit n'a pas tari d'éloges envers Sekou Macalou.
    Laurent Labit n'a pas tari d'éloges envers Sekou Macalou. Icon Sport
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Au lendemain de ce succès historique, l’entraîneur de l’attaque tricolore a accepté de revenir sur le scénario totalement dingue de cette rencontre. Entre le replacement de Sekou Macalou à l’aile et la stratégie sud-africaine parfois surprenante.

Aviez-vous déjà vécu un tel scénario de fou ?

Franchement, non. Évidemment, il y avait déjà eu cette finale de Top 14 à Barcelone avec le Racing en 2016 où nous avions perdu notre demi de mêlée (Maxime Machenaud, N.D.L.R.) au bout de vingt minutes sur un carton rouge. D’ailleurs, quand Antoine (Dupont) a été expulsé, j’y ai pensé immédiatement. Nous avons utilisé à peu près les mêmes leviers avec Sekou (Macalou) qu’avec le Racing. L’idée était de le faire monter devant sur nos possessions pour vraiment jouer avec huit avants et qu’il reprenne sa place à l’aile sur les autres situations. Après, j’avoue que ce scénario avec des rouges, des commotions dans tous les sens, des joueurs qui sortent, qui rentrent, une ambiance ahurissante dans un stade en feu, c’était vraiment dingue.

Lors de la blessure de Danty, n’avez-vous pas hésité à vous réorganiser différemment en faisant par exemple entrer Jalibert et en déplaçant Ntamack au centre ?

À aucun moment. Nous sommes restés sur ce que nous avions préparé. Ironie de cette histoire, nous en avions discuté le matin du match lors de la réunion des entraîneurs. Et pourtant, même si on essaie d’anticiper, de tout prévoir, on sait qu’il peut toujours se passer autre chose. Exemple : les Boks nous ont attaqués avec du jeu au pied dans les angles, alors qu’on pensait qu’ils allaient nous attaquer au centre du terrain. C’est pourquoi nous avons choisi l’option de Sékou à l’aile pour garder un milieu très fort et costaud, en décalant Yoram (Moefana) au centre.

Pourquoi les Sud-Africains n’ont-ils pas cherché à attaquer le milieu de terrain, privilégiant le jeu au pied dans les angles ?

Bonne question ! C’est la pire des situations quand tu es entraîneur (rires). On passe des heures à faire de la vidéo, à disséquer le jeu de l’Afrique du Sud, à analyser celui des Blacks, de l’Australie. Et bim, ça ne se passe pas comme prévu. On le sait ! Notre rôle est de trouver une parade rapidement, c’est d’ailleurs ce qui est passionnant.

Quelles consignes avez-vous données à Macalou à l’instant d’entrer sur le terrain ou à la mi-temps ?

Juste quelques rappels sur les placements. On lui a dit de bien penser à monter sur le jeu au pied, de bien marquer les touches. Ça paraît simple mais quand tu n’y es pas habitué, ce n’est pas si naturel que ça. Surtout qu’il avait en face de lui Cheslin Kolbe. Ce n’est pas rien. Au contraire. Après, on savait qu’entre sa taille et sa vitesse, on pouvait compter sur lui sur les ballons aériens. Sékou Macalou va peut-être plus vite que tous les trois-quarts de la planète. Et franchement, il a fait un super match, sans doute le meilleur de sa carrière en bleu. Il a vraiment été incroyable.

Paradoxalement, n’avez-vous pas le sentiment d’avoir gagné un des matchs que vous avez le moins maîtrisé au niveau de vos systèmes de jeu ?

On s’en doutait. C’est la première fois qu’on affrontait ce genre d’équipe, avec un tel potentiel technique. J’en parlais encore avec certains joueurs dimanche matin. La plupart me disait qu’ils n’avaient jamais joué un match d’une telle violence. Ils étaient proches de la rupture. Pourtant, nous avons affronté toutes les plus grandes équipes du monde. Par rapport à notre système, nous voulions surtout ne pas reculer sur nos animations car c’est une équipe qui trouve son oxygène et son énergie quand elle avance. Il fallait vraiment les empêcher d’avancer, de trouver des espaces sur le premier rideau, voir juste dans le dos pour les faire reculer.

En terme d’adaptation, votre équipe a su réagir au niveau des ballons portés, déficients en première période, efficaces en seconde, non ?

Ce n’est pas faux mais nous leur avons tout de même volé trois ballons en touche en début de match. C’était notre objectif pour les empêcher de structurer des ballons portés. Seulement, Karim (Ghezal) a eu du mal à communiquer avec l’alignement. Les joueurs n’ont pas toujours défendu comme Karim le souhaitait. Il voulait absolument priver Etzebeth de prendre les ballons car les portés les plus efficaces se structurent autour de lui. Les joueurs ont mis un moment à comprendre mais dès lors que la consigne est passée, ils l’ont fait. Et nous gagné en efficacité.

L’entrée en jeu efficace de plusieurs joueurs comme Falatea, Wardi et Chalureau, pourtant pauvres en expérience à ce niveau, n’est-elle pas la meilleure preuve de la pertinence de votre méthode de travail à quarante-deux durant la semaine ?

Il y a deux choses : d’abord notre méthode, effectivement. Ensuite, il y a l’état d’esprit des mecs. Quand Wardi a pris la parole devant le groupe, il a dit qu’il avait l’impression d’être là depuis cinq ans. À son arrivée, les mecs se sont occupés de lui, l’ont briefé. Il n’y a pas une once de rivalité entre eux. Quant à la méthode, elle permet à nos joueurs de s’approprier nos systèmes, nos habitudes de jeu. Travailler à trente-et-un ou trente-deux joueurs ne permet pas d’exister à ce niveau. Vous parlez des joueurs entrés en jeu mais il y a aussi tous ces absents comme Villière, Willemse, Cros ou encore Vincent. Et pourtant, des garçons tels Wardi, Chalureau et d’autres ont fait le job.

Comment expliquez-vous cette force mentale qui se dégage ?

D’abord, il faut féliciter les garçons pour cet état d’esprit. Ensuite, nous pensons que notre façon de gérer nos entraînements contribue à notre force mentale. Les joueurs sont confrontés à deux sortes d’entraînements : ceux en marchant, sans aucun rythme, ni contact ; ceux à haute intensité sur lesquels, par exemple, on ne refait pas un lancement raté. On s’entraîne à jouer des matchs, pas à faire des lancements. Ça oblige les joueurs à bien se préparer pour ces séances spécifiques, à être bien concentrés. On peut très bien débuter un match sans avoir forcément réussi à mettre en place ce que l’on veut à l’entraînement.

Avez-vous le sentiment que le XV de France est passé de l’équipe qui s’adaptait à l’adversaire à celle qui oblige les adversaires à s’adapter ?

Notre statut a changé grâce à nos résultats depuis trois ans. Aujourd’hui, les grandes nations cherchent à nous contrer, à nos surprendre. Or, nous avons passé des années à chercher des solutions, à essayer de copier d’autres pour essayer de gagner. C’est ce qui est passionnant dans notre travail : on doit anticiper ce que nos adversaires peuvent bien imaginer pour nous battre. On vient de le voir sur les deux derniers matchs. Tout le monde s’attendait à un jeu de possession de la part des Australiens, ils ont fait tout le contraire. Tout le monde pensait que les Boks nous prendraient sur des ballons portés et du défi au milieu de terrain, ils ont utilisé ce jeu au pied dans les angles. À nous de savoir anticiper et réagir.

Votre système offensif est source d’inspiration. L’Italie a beaucoup copié votre système d’attaque vertical. N’est-ce pas flatteur ?

J’ai vu ça en direct (rire). C’est évidemment flatteur mais j’ai beaucoup fait ça par le passé, en m’inspirant de ce que faisaient les Néo-Zélandais ou les Irlandais de Joe Schmidt. Personne ne détient la vérité, il y a des choses intéressantes partout. Mais ces attaques "verticales", nous y tenons, même s’il faut de l’alternance avec du jeu horizontal.

Pour ce dernier test contre le Japon, vous allez devoir encore faire preuve d’adaptation en raison de nombreuses absences. Êtes-vous inquiet ?

Il n’y a pas d’inquiétude. Certes, nous avons perdu des garçons comme Cyril Baille ou Thibaud Flament, sans doute Antoine Dupont. Mais les joueurs le savent : c’est un paramètre qu’ils ont intégré. Ce qui nous arrive, ça peut survenir en plein milieu de la Coupe du monde. On peut très bien croiser les Sud-Africains en quart de finale du Mondial, sortir avec de nombreux blessés et affronter l’Australie en demi-finale, puis éventuellement les Blacks en finale. On ne sera pas champion du monde à trente-trois, mais plutôt à cinquante ou cinquante-cinq.

L’absence probable de Dupont à Toulouse sera-t-elle préjudiciable ?

Max Lucu et Baptiste Couilloud sont avec nous depuis le début, ils connaissent nos systèmes. On en revient à notre méthode de travail. Voilà encore un bon exemple de son efficacité. Quant au capitanat, quand on voit encore la performance de Charles Ollivon, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Quelle performance ! Plus c’est dur, plus ça pique, meilleur il est.

Justement, la violence de cette rencontre vous a-t-elle choqué ?

Le rugby est un sport de combat. Certes, nous ne sommes pas autant habitués que les Boks. Pour eux, c’est juste normal, c’est leur oxygène. Surtout, qu’ils venaient de perdre en Irlande. Mais pour nous, c’est effectivement un paramètre auquel nous sommes confrontés tous les jours. D’ailleurs, la récupération va être importante. Affronter le Japon dimanche, avoir un jour de plus pour souffler, c’est une aubaine.

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Propos recueillis par Arnaud Beurdeley
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Les commentaires (2)
fifilongagien Il y a 18 jours Le 14/11/2022 à 15:37

allez les gars ça va le faire !!!

fojema48 Il y a 18 jours Le 14/11/2022 à 13:50

Tous nos encouragements, il faut boucler cette année sur une bonne note...